*~Tetsuyaoi~*

Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

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Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:05

Prologue


Il avança lentement dans cette pièce sombre, prenant garde aux tessons de bouteilles qui jonchaient le sol. Il regarda ses parents, endormis et complétement saoûls sur l'unique canapé. Il sentit le dégoût s'emparer de lui. Vaillament, il s'empara du balais dont il ne restait plus que quelques poils afin de nettoyer le verre cassé.
Il aurait pu prendre le vieil aspirateur afin d'être sûr de retirer tous les débris de verre. Toutefois, ses parents avaient préféré acheter de l'alcool, ces derniers mois, que payer les factures d'électricité qui s'accumulaient. La même chose s'était répétée pour les factures d'eau et de téléphone.
Ainsi, cet enfant de dix ans vivait comme il le pouvait, vêtu en tout et pour tout d'un bermuda rouge taillé dans un de ses anciens pantalons. N'ayant rien à manger ou presque, il n'avait pas grossi. Son corps s'était contenté de grandir, et le pantalon était devenu trop court.

Ayant terminé son nettoyage, l'enfant se rendit à la salle de bains. Il se regarda dans le grand miroir et croisa de la colère dans ses grand yeux noirs.
Ses cheveux étaient gras, longs, sales, emmélés. Son corps, dont on voyait les côtes, était crasseux et couvert de cicatrices et de griffures, souvenir de ses parents lorsqu'ils perdent le contrôle d'eux-même, juste avant de sombrer dans le sommeil afin de cuver leur alcool.
Hors de lui, détestant l'image de son reflet, il flanqua son poing en plein dedans. Le miroir se brisa et des morceaux se détachèrent. L'oeil vif de l'enfant se posa sur un morceau particulièrement acéré. De son poing couvert de sang, il s'en empara sans prendre garde, et s'entailla la paume.

-J'ai trop mal, chuchota l'enfant. Je n'en peux plus. Je vais les tuer pendant qu'ils dorment.

Ses yeux froids s'emplirent de larmes, qui formèrent des coulées blanches sur son visage sale. Armé du morceau de miroir, l'enfant sortit de la salle de bains. Les larmes l'aveuglaient, et il ne se rendit pas compte tout de suite de la silhouette postée en face de lui.

-Lâche ça, fit une voix d'homme.

Sans réfléchir, l'enfant obéit. L'homme s'accroupit et décapsula un petit flacon.

-Bois ça, mon garçon.
-Qui êtes-vous ?
-Je viens t'aider. Tu sembles épuisé. Bois, c'est du jus de fruits.

L'enfant but. Et il tomba dans les bras de l'homme.



Chapitre 01


L'enfant se réveilla complétement nu, le corps immergé dans de l'eau chaude et bienfaisante. Il ouvrit les yeux et croisa un regard violet. Il hurla et sortit de la baignoire. Pour ce faire, il prit appui sur sa main droite bandée et la plaie se rouvrit douloureusement.
Il se prostra dans le coin le plus reculé de la pièce, accroupi, les bras croisés sur sa maigre poitrine afin de se protéger.

-Je vous en prie, pleura-t-il, ne me frappez pas, ne me touchez pas, ne me faites pas mal.

Le propriétaire du regard violet lui sourit. Il s'approcha lentement.

-Je ne compte pas te faire de mal. Bien au contraire, je veux juste prendre soin de toi.
-Qui êtes-vous ? demanda l'enfant sur la défensive.
-Je m'appelle Miguel. Et je suis celui qui distribue le malheur. Comme tu as cassé un miroir, je devrais te donner sept ans de malheur.
-Vous aviez dit que vous comptiez prendre soin de moi ! se récria l'enfant.
-Comme tu as déjà vécu dix ans de malheur, je vais bien prendre soin de toi, et t'offrir sept ans de bonheur.
-Je ne vous crois pas ! Vous mentez ! Tous les adultes mentent ! Ils font mal !

Miguel fixa l'enfant blessé, apeuré, et demanda d'une voix douce :

-Hatori, tends-moi ta main. Ta blessure s'est ouverte à cause de ton mouvement brusque.

L'enfant regarda le bandage qu'il n'avait pas remarqué plus tôt et demanda :

-C'est vous qui avez bandé ma main ?
-Oui. Tu saignais, et j'avais peur que tes coupures ne s'infectent.
-Pourquoi m'appelez-vous "Hatori" ?
-Tes parents ne t'ont même pas donné de nom, mon enfant. Du reste, ils n'ont jamais pris soin de toi. Allez, tends-moi la main. Je ne te toucherai que la main.

L'enfant grelottait, mouillé, dégoulinant. Miguel renonça.

-Dans ce cas, prends un bain. Tu pourras te laver autant que tu veux, tu sais. Tu te sentiras beaucoup mieux après ça.
-Je pourrai prendre un bain tous les jours ?
-Bien sûr. Je vais tout faire pour que la vie te soit agréable, Hatori. Même si certaines choses te paraîtront désargréables sur le moment.
-Je le savais, que je ne pouvais pas vous faire confiance ! s'écria l'enfant tout en se serrant davantage contre le mur de carrelage.
-Hatori, murmura Miguel de sa voix douce, prends ton bain. Nous parlerons lorsque tu seras sec et habillé. D'accord ?
-D'accord, mais je reste seul dans la salle de bains.
-Je t'attends à côté.

Miguel quitta la pièce. Il savait qu'il lui serait difficile de gagner la confiance de cet enfant. Hatori avait été trop maltraîté pour être docile. Mais qu'il serait bon de voir ce petit visage sourire... Et parole de Miguel, ça prendrait le temps qu'il faudrait, mais aussi sûrement qu'il savait semer le malheur, il parviendrait à semer une graine de bonheur.


Hatori vérifia que Miguel était bien sorti de la pièce, et il retourna dans la baignoire, laissant sa main bandée hors de l'eau. Il lui était difficile de se laver de la main gauche, mais jamais il ne demanderait de l'aide. Plutôt mourir !
Plus personne ne verrait son corps nu complétement décharné. Plus jamais il ne serait vulnérable. Plus personne ne le frapperait et ne lui ferait mal. Il se récrierait, il hurlerait, mais plus jamais il ne se laisserait faire.

L'enfant se lava les cheveux plusieurs fois, puis il passa à son corps qu'il frotta de vigoureux vas et viens au gant de crain. L'eau de la baignoire avait pris une couleur douteuse. Il la vida, la rinça, puis se fit couler un nouveau bain. Et il recommença. Les cheveux. Le corps.
Enfin, il vida la baignoire dont l'eau était restée à peu près transparente et se sécha.

Une serviette posée sur sa poitrine, il ouvrit timidement la porte. Miguel était assis dans un fauteuil, le regard posé sur un point du mur. Il dût entendre la porte car il tourna la tête. Un sourire éclaira son visage.

-Tu as terminé ?
-Où est mon bermuda ?
-Je t'ai fait faire des vêtements, j'espère qu'ils t'iront.
-Des vêtements ? rien que pour moi ?
-Oui, juste pour toi, Hatori, répondit Miguel en désignant une petite pile posée sur le lit. Habille-toi avant d'attraper froid.
-Ne regardez pas ! lança farouchement l'enfant.

L'homme lui sourit avec douceur et se tourna face au mur opposé.
Tout en se vêtissant, Hatori se demanda pour quelle raison il avait droit à tant de sourires.



Chapitre 02


-J'ai fini.

Miguel fit face à l'enfant. Et il le trouva adorable. Sans la crasse, sa peau était très claire, presque laiteuse. Il était vêtu d'un pantalon en soie violette et d'une chemise blanche qui faisait ressortir le noir de ses yeux et de ses cheveux. Il défit son bandage, et le refit, alors que Hatori tendait le bras au maximum afin d'être le plus éloigné possible de Miguel.

-Je vais brosser tes cheveux, annonça ensuite ce dernier. Ils sont tous emmélés.
-Vraiment ? On brosse les cheveux ?
-Oui, afin de les rendre plus lisses, plus brillants, et d'en défaire les noeuds.
-Vous êtes sûr ?
-Tout à fait, répondit Miguel en s'approchant.

Il baissa la tête pour avoir le visage au niveau de celui de l'enfant et proposa tout en désignant ses longs cheveux violets :

-Passe tes doigts dans mes cheveux.

L'enfant leva une main hésitante, puis recula.

-Non ! Ne me touchez pas.
-Je n'en avais pas l'intention. Je te demandais à toi de me toucher, moi.
-Même ! fit Hatori sur un ton boudeur. Je ne veux pas.

Miguel soupira. Il alla chercher une brosse et un peigne à la salle de bains.

-Dans ce cas, viens par là. Je vais déméler cette crinière.
-Ne me touchez pas !
-Je ne te toucherai pas. Seule cette brosse et ce peigne te toucheront. D'accord ?

Peu assuré, l'enfant hocha toutefois la tête avec circonspection. Il s'avança devant Miguel qui s'était assis sur le fauteuil. Et le jeune homme commença ce nouveau jeu de patience.

-Ca risque de tirer un peu, par moments, prévint-il.
-Ne me faites pas mal !
-Je vais essayer...
-Pourquoi est-ce que je suis ici au fait ?
-Tu vas être mon nouveau serviteur.
-Pas question ! J'ai servi mes parents pendant toutes ces années. Hors de question que j'aille vous chercher à boire et qu'à la fin, vous ne puissiez plus payer vos factures d'eau ou d'electricité.
-Tu n'auras pas à me servir. Toutefois, tu feras ce que je te dirai.
-Comme quoi ?
-Tu auras droit à plein de choses, comme manger quatre repas par jour...
-Quatre ?
-Petit déjeuner, déjeuner, goûter, et dîner. Je ne veux plus que tu n'aies que la peau sur les os. Tu pourras prendre des bains...
-Tous les jours ?
-Même plusieurs fois s'il le faut. Par contre, tu feras des choses moins agréables, même si tu me remercieras avec le temps.
-Non !
-Si ! Tu apprendras à lire, à écrire, à compter... à parler, notamment dire autre chose que "non".

Miguel espéra un sourire de la part de l'enfant, mais il se contentait de le scruter, semblant se demander pourquoi...

-Qui m'enseignera tout ça ?
-Un précepteur.
-Il va me toucher ?
-Peut-être, pour t'apprendre à positionner ta main sur un stylo, ou ce genre de choses.
-Je lui planterai le stylo dans le bras s'il essaye...
-Hatori, tout le monde ne te veut pas du mal, tu sais. Tu auras également des compagnons de jeu. Il y a des enfants de ton âge, au village. Tu pourras t'amuser avec eux.
-Comment ?
-Je suis sûr qu'ils se feront une joie de t'apprendre.

Sa tâche terminée, Miguel ne put s'empêcher de passer sa main dans les longs cheveux noirs et lisses de l'enfant. Ce dernier sursauta et bondit hors de portée de cette main.

-Ne me touchez pas !
-Maître.
-Quoi ?
-Tu m'appeleras "Maître". Tu es mon serviteur, Hatori. Je suis désolé de t'avoir touché, c'est juste que tes cheveux sont très beaux.

Miguel se leva et lança :

-Suis-moi, je vais te faire visiter la maison.


Hatori se regarda dans un miroir. Il ne se reconnaissait plus. La peau de son visage était blanche, ses cheveux ne ressemblaient plus à une botte de foin, tout son corps était habillé, et plutôt bien. Pour quelle raison Miguel faisait-il tout ça ? Car il y avait forcément une raison.
L'enfant était bien placé pour savoir que rien n'était gratuit. Alors à quoi rimaient les sourires et la gentillesse de Miguel ?

Songeur, il suivit son maître dans l'immense maison, admirant les fresques sur les murs, les fleurs dans les jardins. Tout était magnifique, ici. Des enfants courraient entre les parterres, certains sortaient de la propriété, un panier au bras, des jardiniers bêchaient, des lavandières étendaient le linge fraichement lavé sur des fils tendus.

-Hatori ?

L'enfant sortit de ses pensées et interrogea Miguel du regard.

-Je te demandais si tu avais faim.
-Non.
-Nous allons manger.
-Mais je n'ai pas faim !
-Ton corps s'est habitué à l'absence de nourriture. Il n'en réclâme donc plus. Mais ici, tu vas manger. Il est l'heure.

Miguel précéda son serviteur à la salle à manger, et s'assit. L'enfant l'imita et bientôt, un domestique vint servir le repas.
En sentant la bonne odeur de soupe, Hatori ne put s'empêcher de saliver. Il se jeta sur son assiette, et se serait certainement brûlé si Miguel ne l'avait pas prévenu.
Il avala deux assiettes de soupe, puis du porcelet cuit au feu de bois, avec de la crème et des baies. La viande cuite à point craquait sous la dent, et le pain à peine sorti du four pour éponger la sauce était moëlleux à souhait. Jamais l'enfant n'avait autant mangé.

Le ventre plein à l'extrême, il déboutonna son pantalon trop serré, et croisa le regard amusé de Miguel. Le jeune homme sourit et énonça comme s'il s'agissait d'une loi :

-A partir de maintenant, tu mangeras toujours à ta faim, Hatori.
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:07

Chapitre 03


Hatori vivait depuis plusieurs jours dans la maison de Miguel. Les cours de Larry, le précepteur, l'ennuyaient mortellement, mais conscient de sa bonne fortune, il n'osait trop rien dire. Tant qu'on ne le touchait pas, tant qu'on ne lui faisait pas mal, tout allait bien.
Larry était un homme d'une trentaine d'années. Il était instituteur en école primaire et avait cassé un miroir, en se rasant. Roux, les yeux verts cerclés de fines lunettes dorées, il était plutôt souriant, et ne semblait pas se plaindre de son sort. De plus, il expliquait bien, tout en douceur.
L'enfant était plutôt bon en calcul. Peut-être parce que depuis tout petit, lorsque son père lui demandait de remonter trois bouteilles, et que sa mère en demandait deux, il avait compris qu'il devait en remonter cinq de la cave.

Les matinées de l'enfant se résumaient donc à ces cours ennuyeux. Toutefois, les après-midi étaient encore pires. Assis sur le muret qui bordait le jardinet, il regardait avec envie les autres enfants jouer.
Hatori aurait aimé se joindre à eux. Il jalousait leurs rires.
Toutefois, il ignorait comment faire.
Or ce jour-là, pendant que les enfants jouaient au football, le ballon roula jusqu'à lui.

-Hé ! Tu peux le renvoyer s'il te plaît ?

Hatori fixa le ballon, se demandant ce qu'il devait faire.

-Hé ! Le nouveau ? tu m'entends ?
-Oui, je suis pas sourd, répondit froidement Hatori à un des enfants qui s'était approché.
-Pourquoi t'es tout seul ? Tu veux jouer avec nous ?
-Comment est-ce qu'on fait ?

Le footballeur expliqua rapidement les règles du jeu, puis annonça :

-Je m'appelle Tony, et toi ?
-Hatori.
-Voici Benoît, Yohann, Jeremy, et John. Ca nous arrange que tu te joignes à nous, comme ça, nous serons le même nombre par équipe.

Hatori rejoignit l'équipe de Tony et Yohann, et commença à courrir avec les autres. Il s'amusait plutôt, même s'il trouvait ce jeu plutôt stupide. Lancer un morceau de cuir gonflé dans des filets...

-On a gagné ! s'exclama Yohann en sautant de joie.

L'enfant flanqua une tape dans le dos de Hatori et ajouta :

-Merci ! Sans toi, nous n'aurions jamais pu remonter le score.
-Ne me touche pas ! s'écria Hatori.

Il partit en courant.


-Ca ne va pas, Hatori ?

Miguel avait remarqué la mine sombre de son protégé et était bien décidé à le faire parler. En vain. L'enfant était muré dans un mutisme absolu, bras et jambes croisés, la mine boudeuse.

-Très bien. Tu ne veux rien me dire, je comprends. C'est normal d'avoir des secrets. Mais viens au moins manger.

Aucune réaction.

-Si tu ne veux pas m'écouter, je vais être obligé de te porter...
-Ne me touchez pas, je vous l'interdis !
-Hatori... Tu sais, toucher ne signifie pas forcément faire mal.
-C'est moins risqué si on ne me touche pas, c'est tout. Je suis fatigué, je veux dormir, maintenant.
-Sans manger ?
-Je n'ai pas faim.
-Très bien. Alors passe une bonne nuit, Hatori.

Miguel était sur le point de quitter la chambre lorsqu'il se retourna.

-Hatori ? Si jamais ça ne va pas, tu peux me parler quand tu veux. Nos chambres communiquent par cette porte. Elle sera toujours ouverte pour toi.
-Pas question que j'aille dans votre chambre. Ca fait trop mal !
-Pardon ?
-Rien, laissez-moi.

Miguel soupira et abandonna le sujet. Il reviendrait à la charge lorsque Hatori serait plus loquace. Le jeune homme alla manger seul dans la grande salle à manger, puis il alla dans son bureau. Là, il fit face à l'immensité de travail qu'il avait à faire : gérer les habitants de la maison et du village, puis gérer les petits malheurs de chacun des habitants de la planète.
Il ne distribuait en général qu'un seul malheur à la fois. Mais sur certaines personnes, ce malheur avait un effet boule de neige. De ce fait, il suffisait que ces personnes soient particulièrement malchanceuses ou du genre à se plaindre pour qu'elle s'écrient "un malheur n'arrive jamais seul". Comme si Miguel y était pour quelque chose si une personne ne vérifiait pas l'état de sa voiture avant de prendre la route, si une personne ne se soignait pas ou n'avait pas une bonne alimentation, si on était distrait et manquait une marche d'escalier...

Absorbé dans son travail, Miguel n'entendit pas les larmes de détresse de Hatori.


Chapitre 04


-Pourquoi as-tu droit à des cours particuliers, au fait ?

Hatori regarda Larry qui lui souriait mielleusement.

-Je l'ignore. Sans doute parce que je ne suis jamais allé à l'école et que Miguel... mon maître ne veut pas que je sois en classe avec des enfants qui ont la moitié de mon âge.
-C'est possible. Tu sais, j'aime bien te faire les cours, Hatori. Tu es sage, disciplpiné, tu apprends vite. Pour te récompenser, à partir de maintenant, nous ferons les cours dehors afin de profiter du soleil.
-D'accord.
-Nous trouverons un endroit calme afin de ne pas être dérangés. Ca te va ?
-Oui.

L'après-midi, l'enfant regarda de loin Tony et les autres jouer, trop honteux de sa réaction de la veille pour oser se joindre à eux. Le soir, il dîna en compagnie de Miguel, mais demeura silencieux.

-Hatori ?
-Oui.
-Qu'est-ce qui ne va pas ?
-Rien.
-Pourquoi ne me parles-tu pas ?
-Qu'est-ce que je pourrais dire ?
-Tu pourrais me raconter ta journée, me parler de tes progrès avec Larry, de ce que tu veux...
-Je progresse bien avec Larry. A partir de demain, nous allons faire cours dehors. Sinon j'ai passé l'après-midi dehors.
-Tu t'es fait des amis ?
-Non : ils m'ont touché.
-Tu ne peux pas en vouloir à tous ceux qui t'effleurent par mégarde.
-Ils ont fait exprès !
-Mais ils ne voulaient pas te faire de mal, Hatori.
-Je n'aime pas qu'on me touche, c'est tout ! Et si tout le monde touche tout le monde, je préfère ne jamais avoir d'amis.

Miguel sourit. Un jour, Hatori se laisserait toucher, il ne fuirait plus devant un simple contact.


Le lendemain matin, Hatori rejoignit Larry dans le hall. Puis le lendemain, et le jour d'après. Les cours se passaient bien, Larry était toujours souriant, bien qu'un peu mielleux.

Les semaines se succédaient et se ressemblaient toutes.
Ce jour-là, comme tous les jours, précepteur et élève marchèrent jusqu'à un endroit désert de la propriété. Larry posa une couverture et demanda :

-Reprenons là où nous en étions hier. Ouvre ton livre page douze, et lis-moi les phrases qui sont dans la partie du bas.

Hatori obéit. Il avait encore un peu de mal à lire, même s'il apprenait vite. Et la présence de Larry, dans son dos, n'arrangeait rien. Ce dernier suivait le texte par dessus son épaule.

-Jardin, pas jardon, reprit Larry.
-Oui, répondit Hatori en frissonnant.

Le souffle de son précepteur lui brûlait la joue. Pourquoi était-il si près ?
L'enfant sentit une main se glisser dans ses cheveux.

-Tu as des cheveux magnifiques, Hatori. J'ai toujours rêvé d'y passer mes mains.
-Ne me tou...

Hatori voulut échapper à cette main, mais elle tenait fermement une méche de cheveux, ce qui l'interrompit aussi bien dans son mouvement que dans sa phrase.

-Hatori, tu ne vas pas me refuser un calin, n'est-ce pas ?
-Lâchez-moi !

Larry prit l'enfant dans ses bras et chercha ses lèvres. Hors de lui, Hatori lança son poing dans l'oeil de son précepteur, brisant les lunettes au passage. Les débris de verre s'enfoncèrent dans son oeil et de douleur, il lâcha Hatori qui en profita pour prendre ses jambes à son cou. Il passa la matinée entière dans sa chambre, et ne pipa mot lorsque Miguel l'appela pour le repas.


Miguel trouvait Hatori de plus en plus silencieux. Il savait qu'il ne devait pas le brusquer, mais lorsqu'un enfant ne parlait pas, il y avait un problème quelque part. Toutefois, l'homme ne chercha pas à approfondir la question pour le moment, espérant que l'enfant lui parlerait au moment venu.

Toutefois, durant la nuit, alors qu'il dormait, Miguel entendit des cris et des pleurs dans la chambre contigüe. Il se leva, passa un peignoir par dessus son boxer et se rua dans la chambre de son protégé.
Miguel fut surpris de voir que les longs cheveux noirs de Hatori avaient disparus. Non, ils n'avaient pas disparus. Ils gisaient en tas au pied de son lit. L'enfant n'avait plus qu'un centimètre de cheveux sur le crâne.
Hatori pleurait dans son sommeil.



Chapitre 05


-Non ! Ne me touchez pas ! Ca fait mal...

Miguel s'assit sur le lit et prit l'enfant dans ses bras. Tout en caressant ses courts cheveux, il murmura à son oreille :

-Chuttt... Hatori, calme-toi. Tu ne risques plus rien, ici. Tu es en sécurité.
-Ne me touchez pas... répétait Hatori comme une litanie. Non, ne me touchez pas... ne me touchez pas...
-Pleure si ça peut te faire du bien, mais calme-toi, mon enfant, tu vas finir par t'étouffer.
-Pas là ! Ca fait mal !

Miguel secoua doucement Hatori afin de le tirer de son cauchemar. L'enfant ouvrit ses grands yeux noirs, gonflés et rouges de larmes. Il pleura à nouveau lorsqu'il se rendit compte qu'il était dans les bras de son maître.

-Ne me faîtes pas de mal, supplia-t-il d'une voix rauque. Je vous en prie, Maître, ne me touchez pas... Pas là...
-Où, là ? demanda Miguel surpris tout en caressant à nouveau les cheveux de l'enfant.

Hatori renifla et désigna son entrejambe et son derrière. Puis il pleura à nouveau.
Hors de lui, Miguel le serra davantage dans ses bras. Comment avaient-ils osé ? Comment avaient-ils pu faire ça à un enfant ? A leur enfant !

-Maître... ça fait mal...

Miguel se rendit compte de sa force et déssera son étreinte. La main dans les cheveux en l'enfant, il appuya sa tête contre sa propre poitrine afin de le maintenir contre son coeur.

-Hatori, tu es en sécurité ici. Ce genre de chose ne t'arrivera plus.
-Vous mentez ! s'écria Hatori en se débattant afin de se dégager. Larry, il...
-Larry ? Qu'a-t-il fait ?
-Il m'a touché ! Il ne voulait pas me laisser partir !
-Tu ne verras plus Larry. Je te ferai les cours moi-même.
-C'est vrai ? demanda Hatori en posant les mains à plat contre la large poitrine protectrice de son maître.
-Oui. Je vais m'occuper de lui, et il ne t'approchera plus. Dors, maintenant.
-J'ai peur, Maître...

Miguel s'allongea, l'enfant dans ses bras, une main toujours dans ses cheveux.

-Je suis là. Tu peux dormir tranquille.

Hatori se blottit dans les bras de son maître et s'endormit en moins de dix minutes.


Le lendemain matin, de très bonne heure, Miguel appela Edouard, le capitaine de la garde, et lui demanda de retrouver Larry. Il vacqua ensuite à ses occupations afin de disposer de sa matinée pour Hatori.
L'homme sourit en se remémorant sa nuit. L'enfant était dans ses bras, il n'avait pas rejeté son contact. Un jour, il sourirait. Il s'en faisait la promesse !
On frappa à son bureau.

-Entrez !

Edouard entra avec le fugitif. Larry avait un oeil crevé. Hatori avait dû se défendre bec et ongles pour en arriver là. Miguel en aurait ri si l'enfant n'avait pas été aussi choqué.

-Au cachot ! annonça-t-il sans attendre. Pain sec et eau une fois par jour.
-Mais... protesta Larry.
-Je t'ai fait confiance. Je t'ai demandé de t'occuper de l'éducation de Hatori. Tout ce que tu trouves à faire est de tenter d'abuser de lui. Je ne permettrai pas que ça se reproduise. Edouard...
-Oui, Maître.

Le capitaine de la garde fit faire demi-tour sans ménagement à Larry. Ils sortirent de la pièce. Miguel reprit son travail, puis rejoignit Hatori à la bibliothèque. Il vérifia son niveau, et poursuivit les leçons de Larry. L'enfant avait une mémoire incroyable.

-Que dirais-tu de jouer avec les autres enfants, cet après-midi ? suggéra Miguel.
-Ils ne voudront pas.
-Pourquoi ? Tu leur expliques que tu n'aimes pas qu'on te touche, ils devraient comprendre.
-Vraiment ?
-Oui, je pense. Hatori, tu ne peux pas te couper du monde sous prétexte que tu n'aimes pas qu'on te touche.
-Je sais, Maître, répondit l'enfant d'une petite voix. Mais c'est plus fort que moi, j'ai peur.
-Je resterai vers vous cet après-midi, si tu préfères.
-Vous êtes sérieux ?
-Je suis bien resté près de toi cette nuit, non ? Je te l'ai dit, je veux prendre soin de toi. Je veux que tu sois heureux. Mais attention : ça ne m'empêchera pas de te réprimander si tu fais une bêtise ou si quelque chose ne me plaît pas.
-Oui, Maître.
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:14

Chapitre 06


Miguel avait consacré la totalité de sa journée à Hatori, et il avait pris du retard dans son travail. L'après-midi, il avait veillé sur l'enfant alors qu'il jouait avec des enfants de son âge.
Il semblait particulièrement s'entendre avec Tony. Tous deux avaient un caractère un peu fort, mais ils finissaient toujours par se comprendre.
Il termina donc son travail à une heure tardive. Epuisé, il se rendit dans sa chambre, se déshabilla et se coucha en boxer.
Moins d'une minute plus tard, il entendit la porte s'ouvrir. Gardant les yeux fermés, il perçut les pieds nus de Hatori sur le plancher. L'enfant se coucha près de lui se se blottit contre sa poitrine. Miguel passa une main dans ses cours cheveux et l'enlaça contre lui.

-Merci Maître.
-De rien, Hatori. Dors tranquille.

Six ans plus tard...


-Il fera un garde remarquable s'il reste.

Miguel sourit à Edouard. Les deux hommes regardaient Hatori s'entraîner à l'épée avec Tony. Les deux adolescents étaient devenus les meilleurs amis du monde, à tel point que Miguel en concevait un peu de jalousie. Il était heureux de voir son protégé en si bonne compagnie. Toutefois, il savait que jamais il n'aurait droit à de tels moments de complicité.

-Pour tout te dire, s'il reste, je ne pense pas qu'il sera garde.
-Vraiment ? demanda Edouard surpris.
-Oui, je compte l'élever à un rang beaucoup plus haut. Tu n'es pas sans savoir que je ne suis plus tout jeune... Mes pouvoirs font que mon corps ne vieillit pas, cela ne signifie pas que je sois immortel, loin de là. Je dois penser à ma succession.
-Ne pensez pas à cela, Maître, dit Edouard.
-Et pourtant, il faut bien que je l'envisage. Ce qui ne signifie pas que je sois déjà mort. Rassure-toi.

Edouard sourit et Miguel fixa à nouveau son attention sur Hatori. L'adolescent avait grandi, et il s'était étoffé même s'il restait très fin. Ses cheveux étaient à nouveau longs et d'un noir intense.

-Bon, j'ai du travail.

Miguel rentra et gagna son bureau, se demandant pourquoi celui qu'il avait connu haut comme trois pommes et maigre comme un clou lui faisait autant d'effet.


-Tu ne me toucheras pas ! s'écria Hatori en donnant le coup de grâce.
-C'est bon, je suis mort ! Ne me tue pas ! s'écria Tony en éclatant de rire.

Hatori retint son coup d'épée, faite en bois, fort heureusement, et il essuya de la manche la sueur qui coulait sur son front. Il jeta un coup d'oeil en direction d'Edouard et remarqua avec déception que son maître avait disparu. Etrangement, Miguel était la seule personne dont il supportait le contact. Déjà lorsqu'il était enfant, il aimait sa main dans ses cheveux, la chaleur de son bras, être blotti contre sa poitrine rassurante...

-On recommence ? demanda Tony ?
-Non, je n'ai plus envie...

Hatori rangea son épée dans une petite pièce prévue pour, puis il rentra dans sa chambre. Il se déshabilla et alla prendre une douche. Tout en sentant l'eau ruisseler sur son corps, il se demanda pourquoi il attachait autant d'importance à son maître. Parce qu'il l'avait sorti de sa galère ? Parce qu'il avait été le premier à le protéger ?
L'adolescent sortit de la douche et alla à la bibliothèque où il s'assit dans un fauteuil, un manga à la main.

-Rien de tel qu'un bon manga après un bon entraînement et une bonne douche !

Hatori leva les yeux. Tony arrivait à son tour dans la bibliothèque.
C'était étrange. Il aimait beaucoup son ami, il lui faisait confiance. Toutefois, l'idée dormir avec lui ou simplement de le toucher le dégoûtait. Pourtant, Tony était loin d'être laid avec ses courts cheveux châtain et ses yeux gris. Mais... il n'était pas Miguel.

-A quoi tu penses ?
-A rien, laisse tomber... Tu es venu discuter ou lire ?
-Lire, comme toi, non ? demanda Tony avec un sourire.

Tony souriait beaucoup également. Néanmoins, jamais aucun de ses sourires n'avait chamboulé Hatori. Pour quelle raison ?

-A vrai dire, j'aimerais te poser une question...

Hatori leva les yeux de son livre et interrogea son ami du regard.

-Voilà, je pars dans une semaine, annonça Tony.
-Tu pars ?
-Hé bien j'ai cassé le miroir il y a bientôt sept ans. Dans une semaine, j'aurai purgé ma peine de sept ans. Donc j'aurai l'autorisation de partir.
-Nous partons après sept ans ? demanda Hatori tétanisé.
-Non, ce n'est pas une obligation. Justement, ma décision dépend de toi.
-Pardon...

Tony s'avança près de son ami et l'enlaça.

-Je t'aime, Hatori. Et je resterai ici si tu veux bien de moi. En revanche, si tu n'éprouves pas les mêmes sentiments, dis-le moi, et je partirai.

Puis il l'embrassa. Par réflexe, Hatori repoussa Tony en s'écriant :

-Ne me touche pas !
-Je vois, répondit son ami en quittant la pièce.
-Tony...



Chapitre 07


Hatori soupira tout en se couchant ce soir-là. Il avait retourné la situation dans tous les sens. Et pourtant, même s'il adorait Tony, jamais il ne se laisserait enlacer par lui. Ce qui ne signifiait pas qu'il n'avait pas apprécié le contact chaud de ses lèvres sur les siennes. S'il avait su que cela se faisait, Hatori aurait depuis longtemps embrassé Miguel de cette manière.
Il en ignorait la raison, mais il aimait son contact, et un contact plus intime encore, serait bienvenu. De plus, son maître était vraiment très beau. Cela n'était pas uniquement dû à ses longs cheveux violets et à ses grands yeux de la même couleur. Mais sa bouche charnue, son corps mince et musclé, sa peau mâte et douce... Tout cela semblait l'appeler inexorablement.

Du bruit venant de la chambre de Miguel attira son attention. Alors l'adolescent se leva et se dirigea vers la porte qui séparait les deux pièces. Verrouillée. Il tenta de forcer la porte.

-Inutile de t'acharner sur cette porte ! Je ne l'ai pas fermée avec une clé, mais avec un sortilège.
-Maître ! Pourquoi ?
-Il est temps pour toi de dormir seul, Hatori.
-Vous m'aviez dit que cette porte me serait toujours ouverte.
-Je me suis trompé. Elle est à présent fermée.
-Maître ! s'écria Hatori tout en frappant du poing la porte scellée. Laissez-moi me blottir contre vous cette nuit encore. Jamais je ne pourrai dormir, sinon.
-Tu dormiras mieux la nuit prochaine, répondit Miguel d'un air peu concerné.

Hatori décida de se reprendre. Il était presque un homme, à présent, et devait être mûr.

-Maître, puis-je au moins vous parler ?
-N'est-ce pas ce que tu es en train de faire ?

Un soupir, puis :

-Allez, entre.

Hatori appuya sur la poignée, et la porte s'ouvrit. Miguel était couché au milieu de son lit, manière explicite de montrer qu'il n'avait pas l'intention de le partager. L'adolescent s'assit sur un fauteuil.

-Pourquoi ne m'avez-vous jamais expliqué que mon séjour ici ne durerait que sept ans ?
-Peut-être parce que je suis égoïste et que j'aurais aimé te garder pour toujours, répondit Miguel d'un ton las.
-J'aimerais rester, Maître. Mais pas comme ça. Pas si vous me fuyez et m'empêchez de vous voir. Pas si vous m'empêchez de dormir avec vous et de vous toucher.
-Touche quelqu'un d'autre. Tony, par exemple.
-Je n'aime pas le toucher. Et je n'aime pas qu'il me touche. C'est vous que j'aime, et je ne veux être touché par personne d'autre.

Stupéfait, Miguel fixa Hatori. Ses grands yeux violets témoignaient autant de surprise que de joie.

-Tu peux répéter ?
-Je vous aime. Et il n'y a que par vous que je veux être touché, Maître.
-Tu sais, il y aura un jour où je ne serai plus là. Que feras-tu à ce moment-là ?
-J'aviserai.

Hatori quitta son fauteuil, et sans détacher son regard des beaux yeux violets, il avança vers le lit. N'ayant pas de place pour s'installer à côté de son maître, il monta à quatre pattes et se plaça sur Miguel, le dominant de sa hauteur.

-Mais en attendant, je vous interdit de me priver de vous.
-Qui es-tu pour oser interdire quoique ce soit à ton maître ? demanda Miguel avec une pointe d'amusement dans la voix.
-Je suis celui à qui vous avez donné un nom.

Miguel plongea ses doigts dans les longs cheveux noirs et lisses, puis il exerça une légère pression sur la nuque de son protégé afin de rapprocher son visage. Et il put enfin faire ce dont il avait toujours rêvé : embrasser cette bouche qu'il n'avait jamais vue sourire. Le barrage des lèvres de Hatori céda facilement et bientôt, il explora cette bouche, joua avec la langue qui faisait face à la sienne.
Les gémissements de Hatori excitaient davantage Miguel et lorsqu'il sentit le corps de l'adolescent presser le sien, il crut perdre la raison. Une érection commença à tendre son boxer.

-Maître ? demanda Hatori surpris.
-Viens, répondit Miguel tout en roulant sur le côté. Je ne veux plus m'arrêter de te toucher. Je ne le peux plus.

Les joues rougies par le plaisir et l'excitation, le boxer aussi tendu que celui de son maître, Hatori hocha la tête.



Chapitre 08


L'adolescent ferma les yeux lorsqu'il sentit les mains de Miguel descendre sur sa poitrine tandis que sa bouche parsemait de baisers son visage et son cou. Des frissons naquirent sur sa peau au contact de ces mains douces. Miguel était d'une tendresse incomparable, cela n'avait rien à voir avec... STOP ! Sens interdit !
Comment pouvait-il penser à ce que lui avaient fait subir ses parents dans ce moment de pure félicitée ? C'était comparer l'enfer et le paradis.

Une langue douce se posa sur ses tétons durcis par l'excitation. Hatori passa ses doigts dans les longs cheveux violets qui le chatouillaient à chaque mouvement de Miguel. Les caresses de son maître étaient vraiment divines.
Hatori descendit sur son ventre, puis plus bas, commençant à saisir son caleçon.

-Non...

Miguel releva la tête et plongea dans le regard noir tourmenté. Il revint au niveau de l'adolescent et le serra contre lui.

-Je n'ai pas l'intention de te faire de mal, Hatori, murmura-t-il à son oreille. Toutefois, je comprendrais que tu ne veuilles pas continuer.

Hatori soupira en sentant ce corps rassurant contre le sien, ces mains douces dans ses cheveux, cette érection dûre contre la sienne. Il hésita, puis les yeux fermés, il se débarassa de son boxer. Il inspira une longue goulée d'air et dit :

-C'est bon...
-Tu es sûr, Hatori ?
-Oui, Maître, répondit l'adolescent en plantant son regard décidé dans les yeux violets soucieux. J'ai confiance en vous, je vous aime.

Miguel embrassa avec tendresse les lèvres de Hatori, puis il caressa son pénis dressé, faisant de lents vas et viens. Et l'adolescent devait bien avouer que cette main douce, mais ferme, faisait des merveilles.
Miguel descendit lentement et Hatori sentit quelque chose de lisse se dérouler sur son sexe, mais bientôt, la chaleur de la bouche de Hatori l'enveloppa totalement.

-Maître, soupira-t-il.
-Hatori, répondit Miguel. J'ai trop attendu, je ne peux plus m'arrêter...

Miguel chevaucha les hanches de l'adolescent et se laissa glisser sur le sexe dressé sous lui. Hatori ne put retenir un gémissement. Jamais il ne s'était senti aussi bien. Son maître bougeait lentement au dessus de lui et le plaisir montait inexorablement.

-Je ne peux plus...

La fin de la phrase de l'adolescent fut coupée par un cri de joussance lancé par Miguel. Hatori sentit un liquide chaud s'écouler sur son ventre et sa poitrine. Les spasmes de son maître fixèrent le point de non retour pour lui. Il tressaillit et jouit en un dernier coup de reins.

-Maître... gémit-il en serrant Miguel qui se laissait littéralement tomber sur lui.

Il glissa ses doigts dans les longs cheveux violets qui lui tombaient sur le visage, et embrassa ces lèvres à portée des siennes. Miguel sépara son corps de celui de l'adolescent, puis retira le préservatif qu'il noua et lança adroitement dans la poubelle.

-Pourquoi utilisez-vous ça ? demanda Hatori. J'aurais aimé vous sentir directement contre moi.

Miguel s'allongea contre son amant et le serra dans ses bras.

-La première fois que je t'ai vu, je me suis juré de toujours te protéger, sans aucune exception.
-Mais pourquoi me protéger de vous, Maître ?
-Il y a longtemps, je suis tombé malade. C'est une maladie qu'on ne peut soigner et qui se transmet par le sexe. Je ne tenais plus debout, j'étais décharné, je souffrais immensément. J'ai brisé un miroir afin d'utiliser ses débris pour me tailler les veines. Mon maître est arrivé. Il m'a arrêté, et m'a pris sous son aile. Il ne m'a pas guéri, mais il m'a aidé grâce aux pouvoirs de son statut. Il m'a transmis chaque jour de la force, pour que je puisse manger, marcher, courir. A présent, je survis grâce à mes propres pouvoirs. Mais jamais je ne prendrai le risque de te rendre malade. Tu comprends ?

L'homme sentit contre sa poitrine les larmes de son amant.

-C'est injuste ! s'écria l'adolescent.
-Hatori, ne pleure pas. Ce n'est pas parce que nous ne serons jamais vraiment l'un contre l'autre qu'il faut pleurer.
-Non... Je trouve juste ça dommage et triste que vous ayez autant souffert.
-Hatori... murmura Miguel tout en caressant tendrement les cheveux noirs de l'adolescent. Nous avons tous notre lot de souffrance, tu es bien placé pour le savoir. D'ailleurs... Voudras-tu prendre ma place une fois que je ne serai plus là ?
-Maître ! Comment pouvez-vous parler de votre départ aussi facilement ?
-C'est une éventualité à ne pas négliger, Hatori. Alors ? Voudras-tu, toi aussi, semer le malheur afin que l'on récolte du bonheur ? Je ne te propose pas de me succéder à cause de mes sentiments, sache-le. Je te le propose parce que pour moi, tu es le mieux placé, tu es celui qui sauras le mieux prendre ma place.
-D'accord. Mais à une condition.
-Comment oses-tu imposer des conditions à ton maître ? demanda Miguel en souriant. Alors, quelle est-elle ?
-Ne scellez jamais plus cette porte. Jamais, vous entendez ?
-J'avais l'intention de passer toutes mes nuits à tes côtés, Hatori.
-Merci, Maître, répondit l'adolescent avec soulagement.
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:17

Chapitre 09


Miguel fut réveillé par des baisers parcourant son visage, baisers aussi légers que des papillons. N'osant bouger, il se contenta d'attendre, et de laisser faire Hatori.

-Bonjour Maître, murmura l'adolescent avec tendresse.

Il poursuivit ses baisers dans le cou puis sur la poitrine de son maître, caressant, léchant, mordillant ses tétons érigés. Miguel ne put retenir un gémissement lorsqu'il sentit une main se poser sur son pénis. Hatori commença de lents mouvements qui le firent durcir presque instantanément.
Les yeux toujours fermés, Miguel sentit des lèvres se poser sur lui. Il faillit protester, mais sentit bientôt que Hatori le protégeait de sa bouche, déroulant un préservatif des lèvres.

-Hatori, gémit Miguel.
-Maître ? demanda ingénument l'adolescent.
-C'est une torture de sentir cette bouche sur moi.
-Je n'avais pourtant pas l'intention de vous faire du mal...
-Je le sais.
-Maître ?
-Oui, Hatori ? demanda Miguel tout en repoussant les cheveux noirs qui lui chatouillaient le ventre.
-J'aimerais...

L'adolescent rougit, puis se lança :

-Prenez-moi, s'il vous plaît.
-Tu es sûr ? demanda Miguel, interloqué.
-Oui. J'aimerais savoir ce que je ressentirais de subir ça avec douceur, par quelqu'un que j'aime.
-Hatori...

Emu, Miguel ne put en dire plus. Il embrassa les lèvres qui s'offraient à lui, puis caressa ce corps, pinçant légèrement les tétons dressés de l'adolescent, mordillant son ventre, taquinant son nombril. Il prit ensuite le sexe de Hatori et le caressa doucement, de haut en bas, tout en utilisant son autre main pour insinuer un doigt en lui. Le jeune garçon avait les yeux fermés, la mâchoir crispée.

-Hatori, je m'arrêterai dès que tu me le demanderas, n'aies pas peur. Si jamais tu n'aimes pas, si tu as mal, dis-le moi. Je veux que tout ça te fasse plaisir. D'accord ?
-D'accord, répondit Hatori, les yeux emplis de reconnaissance.
-Alors détends-toi.

Sentant l'adolescent se relâcher un peu, Miguel poursuivit sa symphonie à deux mains, et la mélodie du corps vibrant de son amant lui plaisait au plus haut point. Il poussait des petits gémissements adorables, et était tellement détendu que bientôt, Miguel put glisser un deuxième doigt, très lentement, sans forcer.

-Maître... Ha...
-Hatori ? Tu as mal ? demanda Miguel, soucieux.
-Non... C'est bon... Trop bon...
-Tu m'en vois heureux, Hatori. Veux-tu aller plus loin ?
-Oui, Maître... S'il vous plaît.

Miguel s'allongea sur le corps frémissant de l'adolescent. Il rentra en lui, d'un centimètre, puis se retira. Il recommença en entrant un peu plus, puis se retira à nouveau. Encore un peu plus loin, puis ressortit.

-Maître, gémit Hatori, accroché aux épaules de son amant.
-Doucement, Hatori. Si je vais trop vite, je vais te faire mal.
-Venez, répondit simplement l'adolescent.

Miguel ferma les yeux, tentant de reprendre contenance, et pénétra lentement ce corps si fin, si pâle, si doux.

-Ca va ? demanda-t-il en ouvrant les yeux.

Hatori planta son regard noir dans celui, soucieux, de son vis-à-vis, et passa ses mains dans les longs cheveux violets.

-Oui, Maître. Avec vous, ça ira toujours.

Miguel commença alors à bouger, tout d'abord lentement, puis de plus en plus vite. Ce corps le rendait complétement fou, à tel point qu'il en perdait le contrôle de lui-même. Il devait prendre garde à ne pas blesser Hatori, mais l'adolescent répondait si fébrilement à son étreinte, il le serrait si fort, ses soupirs étaient des drogues qui feraient tourner n'importe quelle tête.

-Maître ! cria Hatori.

Miguel sentit des spasmes agiter son amant. Il vit un liquide chaud couler sur le ventre de l'adolescent et bientôt, la vague de la jouissance l'emporta, lui aussi.


-Hatori ? demanda Miguel lorsqu'il revint près du lit.

L'adolescent demeurait allongé sur le lit, immobile. Il avait tout juste repris un souffle régulier, et ses profonds yeux noirs semblaient perdus dans la contemplation du plafond.

-Hatori ? répéta Miguel, angoissé. Ca va ?

L'homme s'allongea près de son amant, se demandant dans quel sens allaient ses pensées. Il lécha avec délectation le sperme encore tiède qui maculait le ventre de Hatori. Il sentit une main se poser sur sa nuque et il tourna la tête, anxieux.
Quelle fut sa surprise de voir un sourire illuminer ce visage qu'il avait toujours connu sérieux, triste, soucieux, apeuré...

-Merci Maître, dit seulement Hatori.

Miguel sentit des larmes couler sur ses joues. Il plongea sur son amant et posa son visage sur sa poitrine qu'il inondait sans retenue. Enfin, il avait eu droit à un sourire de sa part, pour la première fois.

-Hatori, murmura-t-il.

L'adolescent prit son visage entre ses mains et sécha ses larmes de minuscules baisers. Il s'attarda ensuite sur ses lèvres, et répéta :

-Merci, Maître.
-C'est moi qui te remercie, répondit Miguel avec émotion. Tu m'as tellement donné, aujourd'hui...

Fou de bonheur, il ne put s'empêcher de serrer Hatori dans ses bras.



Chapitre 10



-Ca fait plaisir de te voir avec un visage plus gai. Même si je sais que ce n'est pas grâce à moi...
-Ne dis pas ça, tu es mon ami, Tony. Que tu partes ou que tu restes, tu seras toujours mon ami, je ne t'oublierai pas.
-Je ne t'oublierai pas non plus, et c'est bien le problème, répondit Tony d'une voix lasse.
-Reste, dans ce cas. Nous continuerons à nous entraîner à l'épée, à jouer au foot, à courir dans les bois...
-Impossible pour moi de faire comme si de rien n'était, Hatori. Nous savons tous les deux ce que je ressens. Et nous savons tous les deux que tu aimes le maître. T'a-t-il déjà dit qu'il t'aimait, lui ?
-Il n'a pas besoin de le dire. Il a tant fait pour moi, c'est assez éloquent, je trouve.
-Quand on aime quelqu'un, on le lui dit ! s'écria Tony en quittant la bibliothèque. Adieu, Hatori, je ne pense pas que nous nous reverrons avant mon départ, demain.
-Tony ! appela Hatori.
-Oui ?
-Merci de ne jamais m'avoir forcé...
-C'est bien la remarque la plus débile qu'on m'ait faite, répondit Tony tout en cachant sa déception. Allez, prends soin de toi, Hatori.

Sur ces dernières paroles, il quitta la pièce. Hatori tenta de poursuivre sa lecture, mais ses pensées cavalaient dans tous les sens. Pourquoi Tony avait-il qualifié ses dires de débiles ?
Trop agité pour lire, l'adolescent quitta la bibliothèque à son tour. Il longea le grand couloir aux murs rouges et ors, descendit les escaliers, et sortit du bâtiment, puis de la propriété. Il était déjà tard, mais l'adolescent ne put résister à une promenade dans les bois.
Il s'en voulait pour la peine qu'éprouvait Tony. Toutefois, il ne pouvait se forcer à aimer son ami. Il n'aimait que Miguel, et seul ce dernier pouvait le toucher sans que la panique et la répulsion ne l'envahissent.
Songeur, il ne prit pas garde à son chemin et réalisa au bout d'un moment qu'il ignorait totalement où il était. Cette partie de la forêt lui était inconnue.
La faim commença à apparaître, ainsi que la soif. Quelle heure pouvait-il être ?
Hatori fit demi-tour et courut en direction de là où il pensait que la propriété de Miguel se situait. La noirceur d'encre de la nuit l'empêchait de voir où il posait ses pieds, et dans l'obscurité, les bruits nocturnes paraissaient décuplés.
Le vent faisant s'agiter les branches le fit frissoner tant par son bruit que par sa fraîcheur.
Hatori avait froid. Il décida de courir afin de se réchauffer. Mais courir dans le noir quasi-total n'était pas une des meilleures idées qu'il ait eu. Il trébucha sur une branche morte, tomba, et se cogna le front contre un tronc d'arbre.


Tony fut réveillé par un étrange présentiment. Sans savoir pourquoi, il se leva, se vêtit, et alla frapper à la chambre de Hatori. Il ignorait si son ami lui répondrait, et surtout, il ignorait ce qu'il lui dirait si tel était le cas. Mais personne ne répondit.
Tony retourna dans sa chambre, où il prit son manteau et une épaisse couverture, il alla chercher une lampe à la cave, puis une gourde d'eau à la cuisine. Enfin prêt, il quitta la demeure, puis la propriété.
L'adolescent n'avait aucune idée de là où il allait. Mais un mot, un seul, résonnait dans sa tête au rythme des battements de son coeur.
Hatori... Hatori...

Tony descendit la colline, puis entra dans les bois, éclairant ses pas grâce à sa lampe. Il ne jugea pas utile d'appeler Hatori. Il savait qu'il le trouverait sans problème. En réalité, il avait l'impression d'être un jouet commandé à distance.
La forêt se fit de plus en plus épaisse et sombre, et la pauvre lampe avait bien du mal à percer l'obscurité à plus de deux mètres.
Entendant un bruit dans les fourrés, Tony se retourna pour voir détaler un renard qui profitait de la nuit pour chasser.

-Désolé de t'avoir dérangé, vieux...

La seule réponse à laquelle eut droit l'adolescent fut un hululement de chouette.
Hatori... Hatori... Hatori...

-Mais où es-tu, espèce d'imbécile ? s'écria Tony.

L'adolescent commençait à avoir froid et à être fatigué. Il marchait depuis au moins deux heures. Il s'arrêta et but une gorgée à sa gourde. Puis il repartit, ignorant le vent qui traversait son manteau.
Hatori... Hatori... Hatori... Hatori...

Une tache blanche attira son attention. Tony se mit à courir sans hésiter, puis il s'agenouilla près de Hatori, allongé dans les feuilles mortes. Une énorme bosse ornait son front et son nez saignait. Toutefois, il respirait.

-Merde ! s'exclama-t-il. Hatori, réponds !

Il souleva la tête de Hatori et fit couler un mince filet d'eau dans sa bouche. Le jeune garçon déglutit mais ne reprit pas connaissance. Tony l'enroula alors dans la couverture, et il le porta dans ses bras, la lampe posée sur son corps inerte. Il avança le plus vite possible, prenant garde à ne pas tomber.
Ses bras le faisaient souffrir le martyre, et son dos ne valait pas mieux. Quant à ses jambes, elles ne le portaient que par magie, il n'y avait pas d'autre explication.


Hatori sentit qu'on le portait. Deux bras le tenaient fermement, et un souffle lui caressait le visage. Il se sentait bien, dans ces bras, contre cette poitrine plutôt large.
Il ouvrit les yeux. La première chose qui le frappa fut que les bras dans lesquels il se trouvait n'appartenaient pas à Miguel. La deuxième chose qui le frappa fut que les bras dans lesquels il se trouvait appartenaient à Tony. Enfin, la troisième chose qui le frappa fut que les bras dans lesquels il se trouvait ne le dégoûtaient pas.

-Tony ? côassa-t-il.
-Hatori ! s'écria Tony. Tu es réveillé ! Tu vas bien ?

La voix de son ami lui transperça les tympans, martelant au passage son cerveau. Tony le posa délicatement sur le sol.

-Ne crie pas... J'ai mal à la tête...
-Désolé. Tu veux boire ?
-Oui...

Hatori prit la gourde que son ami lui passa et but de tout son saoûl.

-Tu peux marcher ? demanda Tony.
-Attends.

Le blessé se releva, fit quelques pas afin de tester la solidité de ses jambes, et déclara :

-Je crois que ça va.

Subitement, il remarqua qu'il n'était plus en plein milieu des bois, mais sur la route, juste en bas de la colline sur laquelle était bâtie la demeure de Miguel.

-Tu m'as porté jusque là ?
-Il fallait bien, tu jouais à la belle au bois dormant, répondit Tony en suivant son ami. Que t'est-il arrivé ?
-Je voulais réfléchir... Je suis allé marcher... Je me suis perdu...
-C'est complétement stupide de partir marcher en forêt la nuit ! fit Tony en se frappant le front de la paume. Ah, Hatori, je ne peux décidément pas partir demain et te laisser seul.

Hatori manqua de répondre qu'il ne serait pas seul. Il stoppa ses mots à temps et dit :

-Je suis tellement heureux de savoir que tu as décidé de rester !

Impulsivement, il frappa le dos de Tony et lui sourit. Son ami le scruta, clignant des yeux, abasourdi, mais ne pipa mot.
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:20

Chapitre 11


Dès qu'ils arrivèrent chez Miguel, Tony ordonna à Hatori d'aller chez le médecin.

-Mais je vais bien, c'est juste une grosse bosse, répondit le jeune garçon.
-Tu vas voir Marc. Je préfère que tu le déranges pour rien, plutôt que tu ne le déranges pas et que demain, nous te retrouvions amnésique, voire pire.
-Ce que tu peux être butté ! Si je devais être amnésique, ce serait fait depuis longtemps. De plus, j'arrive à marcher et sans compter un léger mal de tête, je vais bien.
-Tu ne me laisses pas le choix.

Sans attendre, Tony se baissa et renversa Hatori par dessus son épaule, comme il l'aurait fait pour un sac à patates.

-Arrête ! s'écria Hatori.
-Pas question !
-Ne me touche pas !
-Change de disque ! Je t'ai porté pendant près de deux heures dans mes bras, alors tu ne peux plus me demander de ne pas te toucher !
-Ce n'est pas une raison !
-La ferme, tu vas réveiller tout le monde ! Tu as une idée de l'heure ?

Hatori lançait sa phrase fétiche plus par habitude que par réelle crainte. En effet, il savait que Tony ne profiterait pas de la situation. Il avait confiance en son ami. Toutefois...

-Je peux marcher, chuchota-t-il.
-Je sais, répondit Tony avec amusement. Mais comme tu ne le veux pas...
-Ce que tu peux être chiant quand tu t'y mets...
-Je le sais aussi.

Tony entra dans la demeure, et longea un couloir du rez-de-chaussée. Les habituels murs rouges et ors paraissaient noirs dans l'obscurité. Un bruit de grattement à une porte leur fit retenir leur souffle. Tony ouvrit doucement la porte afin de vérifier l'origine du bruit. Un chat noir bondit de la pièce et détalla.

-Un chat, soupira Hatori.
-Un chat noir, rectifia Tony. Rien de plus normal, dans la maison du malheur.
-Dis ? Si on casse un miroir ici, notre peine est-elle rallongée de sept ans ? demanda Hatori.
-Notre "peine" ? Jamais je n'ai été aussi heureux qu'ici !
-Moi aussi, répondit Hatori. Mais je suppose que certaines personnes aimeraient retrouver leur famille, leurs amis...
-Sans doute...

Tony se baissa, posa Hatori, et frappa à une porte, au bout du couloir. Quelques instants plus tard, un homme d'une trentaine d'années ouvrit.

-V.. vous n'êtes pas le Docteur Marc ? demanda Tony.
-Non, je le remplace, répondit le jeune homme. Je m'appelle Tanguy.
-Où est le Docteur Marc ? demanda Tony avec une pointe d'agressivité.
-Il est parti il y a plus d'un an, il a retrouvé sa femme, ses enfants, ses amis et ses patients. En quoi puis-je vous aider, les enfants ?
-Je ne suis pas un enfant ! s'exclama Tony.

Hatori scruta le nouveau médecin avec insistance. Ce dernier était plutôt grand, des cheveux blonds en bataille et d'immenses yeux bleus. Il paraissait plutôt musclé malgré la robe de chambre qui couvrait et cachait son corps.

-Je me suis cogné la tête, expliqua-t-il. Et Tony a tenu à ce que je passe voir le Docteur Marc. Etant donné que vous le remplacez, c'est vous que je viens voir...
-J'y vais, lança Tony par dessus son épaule.
-Tony, appela Hatori d'une petite voix.

Il ne connaissait pas cet homme et malgré lui, la peur se resserait autour de son coeur. Tony soupira et poussa son ami chez le médecin.

-Auscultez-le, je l'attends.

Tanguy fit assoir les deux adolescents. Il ausculta Hatori, verifiant ses prunelles, ses réflexes, sa vue, tâta légèrement la bosse. Il donna un tube au blessé.

-Il n'y a rien d'autre qu'une grosse bosse. Si jamais vous saignez du nez ou si votre vue se trouble, n'hésitez pas à revenir. En attendant, étalez un peu d'arnica sur cette vilaine bosse matin et soir.
-Merci ! grogna Tony. On y va.

Les deux garçons quittèrent l'appartement.

-Tu as été très désagréable avec ce pauvre docteur réveillé en plein milieu de la nuit, fit remarquer Hatori.
-Non mais tu as vu comme il me regardait ?
-Peut-être que tu lui plais !
-Il n'a qu'à utiliser sa main droite en pensant à moi car jamais je ne sortirai avec un type pareil ! s'exclama Tony avec véhémence. Pour qui se prend-il ?
-Tu n'as pas l'impression de faire tout un foin pour rien ? demanda Hatori amusé. Après tout, Tanguy t'a juste regardé, il ne t'a rien demandé, il ne t'a même pas effleuré. Mais peut-être est-ce là que se situe le problème...
-Retourne voir le docteur !
-Hein ?
-Tu commences à délirer et à dire n'importe quoi ! Retourne le voir !

Hatori éclata de rire.

-Je crois plutôt que je vais aller me coucher, je suis épuisé.
-Hatori ?
-Oui ?
-Tu as bien fait de refuser ma proposition de l'autre jour, et d'avoir choisi Miguel.

L'adolescent observa son ami, surpris. Ses yeux bleus étaient humides et il souriait à travers les larmes.

-Jamais tu n'avais ri, avant, poursuivit Tony. Te voir aussi heureux me fait chaud au coeur.

Spontanément, Hatori prit son ami dans ses bras.

-C'est grâce à toi aussi, si je ris, répondit-il. Tu es mon premier ami, tu sais.
-Va te coucher, lança Tony afin de cacher son émotion. Tu commences vraiment à dire n'importe quoi...



Chapitre 12



Cette nuit-là, lorsque Hatori rejoignit son maître dans son lit, ce dernier dormait déjà. L'adolescent ne sut comment réagir. Miguel ne semblait pas s'être inquiété pour lui. Etait-ce parce qu'il savait que Tony était à sa recherche ? Ou parce que son sort lui importait finalement peu ?
Rongé par le doute, l'adolescent se blottit contre le dos de celui qu'il aimait. Sa bosse l'élançait, mais il parvint à trouver le sommeil assez rapidement.
Toutefois, le lendemain matin, lorsqu'il se réveilla, Miguel avait déjà quitté la chambre.

-Espèce de vieil imbécile ! s'exclama Hatori en faisant le lit.

Il regagna sa propre chambre, se passa de l'eau sur le visage, étala de la pommade sur sa bosse, et descendit prendre son petit déjeuner.

-C'est à cette heure-là que tu te lèves, espèce de fénéant ?

L'adolescent se retourna sur Tony.

-Bonjour à toi aussi, répondit-il.
-Tu es prêt à prendre ta pâtée ? demanda Tony.
-Dans tes rêves seulement. Jamais tu ne me toucheras, même pas avec une épée en bois ! Je gagnerai encore aujourd'hui.

Une idée germa dans le cerveau de Hatori et lors de son entraînement avec son ami, il ne retint aucun de ses coups. Son but : blesser Tony afin que ce dernier soit obligé de rendre visite au Docteur Tanguy.

-Du calme ! lança Tony tout en reculant. A ce rythme-là, tu vas vraiment me faire mal.
-Désolé, répondit Hatori sans penser ce qu'il disait.
-Si tu ne voulais pas que je reste, tu aurais mieux fait de me le dire au lieu de me chasser à coup d'épée, plaisanta Tony.
-Du nerf ! Nous ne progresserons jamais en nous épargnant mutuellement.

Hatori fonça et abattit son arme sur l'épaule de son ami. Tony hurla.

-Mais tu es débile ! s'exclama-t-il. Ca fait mal ! Ta bosse à la tête a laissé pas mal de sequelles, si tu veux mon avis.
-Je t'ai fait mal ? demanda Hatori d'un air faussement contrit.
-Bien sûr que tu m'as fait mal, répondit Tony. Je crois même que tu m'as déboité l'épaule... si tu ne m'as pas cassé la clavicule.
-Attends, je t'accompagne chez le médecin.
-Si tu tenais tant que ça à le revoir, tu n'avais qu'à te blesser toi-même !

Hatori manqua d'éclater de rire. Tony n'avait rien compris à son plan astucieux.
Il accompagna son ami chez le médecin. Tanguy ouvrit.

-Encore vous ! s'exclama-t-il avec un sourire. Comment va ta bosse ?
-Bien, je vous remercie, répondit Hatori. La raison de notre visite n'a rien à voir. Je crois que j'ai blessé Tony en nous entraînant à l'épée...
-Entrez, dit le médecin.

Il sourit à Tony et demanda :

-Retire ta tunique que je jette un oeil.
-Je ne me déshabillerai pas devant vous ! Espèce de vieux vicieux.
-Comme tu voudras, répondit le médecin sans se départir de son sourire lumineux. Je vais essayer de sentir à travers ta tunique, dis-moi si je te fais mal.

Tanguy posa ses mains sur l'épaule de Tony et ferma les yeux. Il déplaça lentement ses mains.

-Aïe !
-Désolé...
-Tony, ce serait plus simple et moins douloureux si tu retirais ta tunique, dit Hatori. Tu veux que je t'aide ?

L'adolescent hésita, puis déclara, les yeux pointés dans ceux de Tanguy :

-Très bien, je retire ma tunique, mais ne me mattez pas.

Le médecin éclata de rire.

-Si beau sois-tu, je suis médecin. Je ne vais pas fantasmer devant un corps blessé qui necessite mon aide.

Hatori aida son ami à retirer son bras blessé du vêtement. Une marque bleue apparaissait là où il avait frappé. Le médecin posa ses mains sur l'épaule et annonça :

-Rien n'a été cassé. Les muscles et les nerfs sont simplement endoloris à cause du coup.

Il sourit à Hatori et conseilla :

-Vas-y plus doucement la prochaine fois.

Puis à Tony :

-Evite de bouger ton bras pendant deux ou trois jours si tu ne veux pas avoir mal.
-Oui Docteur.
-Je t'en prie, appelle-moi Tanguy.
-Tu peux toujours courir, vieux pervers !

Tony quitta le cabinet, sa tunique à la main. Hatori sourit au médecin et chuchota avec un clin d'oeil :

-La prochaine fois, je viserai la cuisse.
-Ne l'abime pas trop quand-même, répondit Tanguy en répondant au clin d'oeil complice.



Chapitre 13


Hatori étudiait tranquillement dans sa chambre lorsque Miguel fit son apparition.

-Bonjour, Maître.
-Bonjour Hatori. Comment va ta tête ?
-D'après Tony, je suis devenu débile. En ce qui me concerne, je dirais simplement que ça fait un peu mal.
-Et Tony, son épaule ?
-Les nouvelles vont vite, par ici... maugréa Hatori. Son épaule a l'air d'aller.
-Tu es un très bon apprenti, je suis fier de toi.
-Pardon ?
-La souffrance de tes coups d'épée sera guérie par la douceur et le sourire de Tanguy. Tony sera heureux, avec lui. Poursuis ton oeuvre.

Miguel prit entre ses doigts une mèche de longs cheveux noir qu'il laissa glisser.

-Maître ?

Miguel prit le livre que tenait son apprenti et le posa sur une table. Il chevaucha les cuisses de l'adolescent et posa ses lèvres sur les siennes.

-Hatori, tu m'as manqué hier soir.
-Alors pourquoi êtes vous parti ce matin ?
-Parce que j'ai du travail. Si je m'étais écouté, j'aurais passé la matinée au lit avec toi.

Hatori répondit à l'étreinte de son maître, le serrant le plus fort possible.

-Et maintenant, vous avez terminé votre travail ?
-J'ai un apprenti à former, mais avant les cours, pourquoi ne pas nous octroyer une petite récréation ?
-C'est vous qui commandez, je me contente d'obéir, répondit docilement Hatori.
-Tu m'en vois ravi.

Miguel embrassa à nouveau le jeune homme, mordillant au passage ses lèvres si tentantes. Il sentit une langue se faufiler à la rencontre de la sienne et réalisa que non seulement son apprenti obéissait, mais qu'en plus, il apprenait très très vite.
Il glissa une main sous la ceinture du pantalon de Hatori et prit à pleine main son érection. L'adolescent laissa échapper un râle de pure satisfaction.

-Maître, attendez, s'écria l'adolescent au bout d'un moment. Je suis encore tout habillé.
-Je ferai en sorte de ne pas te salir, répondit Miguel avec un sourire carnassier.

Il reprit ses mouvements de la main, accéléra tout en se baissant afin de positionner son visage au niveau du ventre de son apprenti. Lorsqu'il sentit Hatori sur le point de jouir, il s'approcha. Toutefois, il évita que ses lèvres n'entrent en contact avec l'adolescent. Il ouvrit la bouche et quelques secondes plus tard, il avalait la semence de Hatori.

-Maître, soupira l'adolescent.
-Tu vois, tu ne t'es pas sali.

Hatori ne put s'empêcher de rire. Ses vêtements étaient le dernier de ses soucis. En revanche, la bosse mûre à point qui le narguait sous le pantalon de son maître l'intéressait fortement. Il s'avança dans le fauteuil et défit la braguette de Miguel.

-Hatori, tu n'es pas raisonnable, dit Miguel en sentant une main s'emparer de lui.
-Maître, je ne fais que pratiquer ce qu'on m'a appris, répondit Hatori avec une innocence feinte.

Les yeux violets brillèrent de mille feux. L'adolescent se pencha et passa sa langue le long de ce pénis raide.

-Hatori ! gronda Miguel tout en reculant.
-Je ne vais pas jusqu'au bout, plaida l'adolescent. Je ferai attention... Maître, s'il vous plaît...
-Ne fais pas ces yeux-là, soupira Miguel. On dirait un cocker !

Il avança d'un pas, revenant à portée de son élève. Les yeux fermés, il sentit la langue douce de l'adolescent se promener sur lui, puis ses mains chaudes et humides l'emprisonner complétement.
Il était fou de le laisser faire, mais lorsque Hatori le regardait, les yeux suppliants, il ne pouvait rien lui refuser. Et puis ce gamin n'était pas stupide ! Il connaissait les limites.
Un déchirement de papier plastifié attira son attention.

-Maître ? Vous venez ?

Hatori avait retiré son pantalon et son boxer. Il se tenait à quatre pattes au bord du lit, soumis, offert.

-Tu es sûr ? demanda Miguel.
-Je ne suis pas maso...

Miguel s'avança vers son apprenti. Le lit était exactement à la bonne hauteur.

-Ca va ? demanda Miguel tout en commençant son entrée.

Pour toute réponse, Hatori recula le bassin en un gémissement.

-Tu t'es fait mal ?

L'adolescent tourna la tête et croisa le regard soucieux de son maître. Il lui sourit et déclara :

-Je vous l'ai dit : avec vous, ça ira toujours.

En rougissant, il ajouta :

-Et ça n'a rien à voir à la taille.

Miguel ne put s'empêcher d'éclater de rire. Il passa ses bras autour du bassin de son amant et prit dans une main son sexe à demi érigé. Il le caressa lentement tout en commençant des petits coups de reins. Bientôt, tous deux furent emportés par l'immense vague de la jouissance.

Finalement, Miguel abandonna toute idée de cours et préféra passer l'après-midi avec son apprenti sous la couette. Par moments, il fallait songer à revoir l'ordre de ses priorités...
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:23

Chapitre 14


-C'est la deuxième fois que tu me blesses en deux entraînements, s'écria Tony. Encore une fois et c'est fini, je ne m'entraîne plus avec toi !

Hatori aida son ami à marcher jusque chez le Docteur Tanguy. En effet, Tony avait cette fois reçu le coup à la cuisse.

-Je me suis excusé...
-Ce n'est pas une raison pour me faire mal à chaque fois. Je suis à peine remis de mon épaule que tu me blesses ailleurs.
-Tu n'as qu'à mieux te défendre, répondit Hatori d'un air boudeur.
-Si c'était aussi facile, ne penses-tu pas que ce serait fait depuis longtemps ?
-Arrête, Tony ! s'écria Hatori. Tu trouves encore la force de râler, c'est que tu ne vas pas si mal !
-A notre prochain entraînement, je vais te couper en lambeaux et nourrir les renards de la forêt de tes entrailles.

Hatori frappa chez le médecin. Tanguy ouvrit, son éternel sourire illuminant son visage.

-Encore vous ! dit-il. Entrez, je vous en prie.

Il détailla Tony.

-Tu es blessé à la jambe, aujourd'hui ?
-Ne pensez même pas à me mater en caleçon, grogna l'adolescent.
-Cela n'a même jamais frôlé mon esprit, répondit le médecin tout en prennant son air le plus innocent.
-Ben voyons...
-Tony ?
-Quoi ?
-Ca te dit de faire une promenade avec moi dans les bois, ce soir ?
-C'est ça ! Pour que vous abusiez de mon corps et que m'abandonniez livré à mon triste sort ! Les renards et les loups me dévoreraient et personne ne songerait à vous accuser.
-Je n'abuserai jamais de ton corps, je ne prendrai que ce que tu voudras bien me donner, fit le médecin avec un sourire confiant.
-La seule chose que je vous donnerai sera un coup de poing si vous vous approchez de trop près.

Hatori retint un éclat de rire en voyant la mine déconfite du médecin. Sans savoir pourquoi, il aimait beaucoup Tanguy. Peut-être parce qu'il maîtrisait ce que lui-même avait mis des années à apprendre : il savait sourire. En effet, les sourires de Tanguy étaient toujours sincères, francs, joyeux, et illuminaient mille fois plus son visage que l'or de ses cheveux.

-Je veux bien aller me promener ce soir, annonça-t-il alors.
-Toi ? demanda Tony éberlué. Et... et le maître ?
-Ce sera notre secret, répondit Hatori avec un clin d'oeil. Et puis...

Il sourit au médecin et poursuivit :

-Docteur Tanguy, vous aviez l'air si heureux à l'idée de cette promenade, et Tony a refusé si séchement. Alors si ma compagnie vous convient...
-J'ai compris ! s'écria Tony. Ce soir, à vingt heures, je vous retrouve ici, Docteur. Mais je vous préviens, si j'ai trop mal à la cuisse pour marcher, vous me porterez !
-Avec plaisir, répondit le médecin.

Hatori sourit discrètement. Tony était si prévisible...


-On dirait que tout se passe comme tu l'avais prévu, dit Miguel lorsque Hatori le rejoignit dans sa chambre, ce soir-là.
-J'ignore comment se passe leur promenade, répondit l'adolescent. Toutefois, Tony y participe, c'est déjà ça.
-Elle se passe plutôt bien, ne t'en fais pas. Ils sont descendus jusqu'aux premiers arbres, puis ont poursuivi sur la route pour éviter de se perdre dans la forêt. En ce moment même, Tony et Tanguy sont assis contre un tronc d'arbre et discutent. Ah...
-Quoi "ah..." ? demanda Hatori avec une curiosité non feinte.
-Attends, je vais te montrer...

Miguel enlaça Hatori et posa ses lèvres sur son front. Il descendit le long de sa pommette, prit ses lèvres, en traça le contour du bout de la langue. Subjugué, l'adolescent n'opposa aucune résistence lorsque cette langue insidieuse força le passage de sa bouche, partant dans une danse folle et frénétique.

-Ca devait ressembler à ça, expliqua Miguel.

Hatori, quant à lui, avait totalement oublié son ami et le médecin. Tout ce qui l'intéressait se trouvait dans ses bras en ce moment-même. Jamais il ne pourrait se lasser de ces caresses à la douceur hypnotique. Sans même s'en rendre compte, ses mains se promenaient sur le dos de son bien aimé, explorant chaque muscle, chaque vertèbre, chaque centimètre carré de cette peau lisse, douce et mâte.
L'adolescent humecta deux doigts dans sa bouche, puis sa main reprit sa caresse, traçant de légères et délicieuses arabesques sur les reins de son maître. Il descendit encore, passa sous la ceinture du boxer, pénétra du doigt ce corps tant aimé.
L'apprenti glissa légèrement dans le lit afin de faciliter son mouvement. Le souffle de Miguel lui caressait le front, faisant virevoleter quelques méches noires. Il leva la tête, passa sa langue sur cette bouche entre-ouverte qui semblait l'appeler. Son baiser ainsi que ses doigts se firent plus profonds, impérieux. Miguel s'accrochait à ses épaules comme il l'aurait fait à un rocher dans une mer mouvementée.
Une goutelette de transpiration roula sur sa tempe. Hatori la captura de la langue, puis descendit le long de la mâchoire de son maître, glissant sur sa gorge, atteignant sa poitrine.

-Hato... ri...

L'adolescent glissa une jambe entre celles de son amant afin de caresser son érection. Sa bouche se referma sur un téton aussi dûr qu'un petit caillou. Il l'aspira, le mordilla, le lécha, puis il passa à son jumeau. La respiration de Miguel était de plus en plus rapide, sa peau de plus en plus chaude, couverte de petits frissons.
Devinant que son maître ne tiendrait plus longtemps à ce rythme-là, Hatori cessa ses caresses. Il débarassa Hatori de son boxer, le caressa très lentement, passant sa langue sur la peau lisse de son pénis. Puis il se déshabilla et chevaucha la poitrine de Miguel, plongeant dans les magnifiques yeux brillants de plaisir.
Le maître caressa l'érection qui lui faisait face. Les yeux fermés, Hatori apprécia ces mains posées sur lui. Il sentit une bouche se refermer sur lui au même rythme que le plastique. Cette chaleur humide était merveilleuse. La langue de Miguel le taquinait sans retenue, elle savait exactement où se poser, où lécher pour envoyer un plaisir aussi intense qu'une décharge électrique.
L'apprenti quitta à regrets cette bouche magique et descendit le long du corps de Miguel. Il s'allongea sur lui, suréleva son bassin, et le pénétra. Le maître laissa échapper un râle de plaisir. Toutefois, le jeune garçon ne bougea plus. Il plia les jambes sous celles de son maître afin d'avoir plus d'amplitude de mouvement, puis commença enfin de lents vas et viens tandis que ses mains pinçaient les tétons érigés de Miguel. Il se sentait tout puissant, possédant entièrement ce corps, et les gémissement de son maître confirmaient son impression.
Il se prit à observer son amant. Ses yeux n'avaient jamais été aussi brillants. Des méches violettes barraient son front haut, cicatrices éphémères du plaisir. Ses joues rougies par la jouissance à venir étaient parsemées de goutelettes de sueur qui cherchaient leur chemin sur ce visage parfait.
Une expression de douleur apparut, mais ce fut si fugasse que Hatori pensa avoir rêvé. Au même moment, Miguel cria son plaisir alors que des spasmes agitaient son corps.
Electrisé, l'adolescent sombra dans la jouissance.

-Maître, gémit-il en s'écrasant sur le corps tremblant de celui qu'il aimait.



Chapitre 15


-Comment va ta cuisse ?
-Hein ?

Tony leva les yeux de son livre et regarda Hatori, qu'il n'avait pas entendu arriver.

-Ta cuisse ? répéta son ami.
-Ah ! Elle va bien, merci.
-Alors on peut aller s'entraîner ?
-D'accord, mais je vais passer voir Tanguy pour qu'il vérifie l'état de ma cuisse. On se rejoint vers les épées dans dix minutes.

Hatori hocha la tête et quitta la bibliothèque. Il se rendit directement vers l'appentis où étaient rangées les armes d'entraînement. Tout était méticuleusement tenu par Gérald, un membre de la garde. C'était un soldat d'une vingtaine d'années. A ce qu'on disait, il surpassait Edouard en combat singulier. L'adolescent songea que lorsque l'actuel capitaine serait trop vieux pour assurer ses fonctions, il proposerait le poste à Gérald... à moins que Miguel ne l'ait fait avant lui.
Honteux, il réalisa qu'il pensait déjà comme s'il était le maître des lieux, comme si Miguel n'était plus. Il s'était fait une raison, Miguel n'était pas éternel. Toutefois, il l'aimait. La vie sans lui serait totalement dénuée de sens.

-Maître... soupira-t-il.
-Non, ce n'est que moi.

Hatori se tourna sur Gérald, qui arrivait justement. Le soldat vérifia minutueusement les armes tout en demandant :

-Quelque chose ne va pas ?
-Non, je te remercie. J'attends simplement Tony pour m'entraîner.
-Tu ne devrais plus t'entraîner avec lui. Tony est très fort, mais il n'est plus à ton niveau depuis longtemps.
-Bah... De toute façon, il m'a dit hier que si je le blessais encore une fois, il ne s'entraînerait plus avec moi, alors...
-Si tu veux, je pourrais le remplacer, suggéra Gérald.
-C'est gentil, mais je m'entraîne avec Tony pour passer du temps avec lui. Je n'ai pas pour intention de devenir soldat.
-Je le sais, mais lorsqu'un chef sait se battre, ses soldats ont plus envie de lui obéir.
-C'est vrai. Je viendrai te chercher si jamais Tony met ses menaces à exécution.

L'adolescent se leva et prit congé. Il attendait Tony depuis plus de vingt minutes, à présent. Il retourna dans le bâtiment principal et longea le couloir. Une fois devant la porte des appartements de Tanguy, il allait frapper lorsqu'il entendit des sourds gémissements.
Un sourire aux lèvres, il rejoignit Gérald.

-Tony a mieux à faire, annonça-t-il.



Deux ans plus tard...


Les jours passaient, la vie était gaie pour chacun. Hatori et Tony étaient toujours les meilleurs amis du monde, tous deux poursuivaient leur entraînement sauf quand Tanguy appelait ce dernier sous un faux prétexte qui ne trompait plus personne, depuis le temps. Dans ces cas-là, Hatori s'entraînait avec Gérald.
Par la force des choses, l'apprenti et le soldat se rapprochèrent et devinrent de très bons amis. Hatori apprit que l'homme d'armes était né dans ce pays, et que contrairement à beaucoup, il n'avait cassé aucun miroir.
Ses parents en revanche, l'avaient fait. Ils avaient subi la malédiction des sept ans de malheur, ils s'étaient rencontrés alors qu'ils travaillaient pour Miguel, et avaient décidé de rester. Car le maître des lieux laissait toujours le choix à ses domestiques, après les sept années : rester ou partir ?

Hatori n'en revenait donc pas de son bonheur. Entre ses amis, et celui qu'il aimait, rien ne pouvait ternir sa bonne humeur. Aucun nuage ne pouvait assombrir son monde ensoleillé. Du moins, il le pensait...


Un jour, alors qu'il avait terminé son entraînement plus tôt, il remarqua que Tanguy sortait de la chambre de Miguel. Le médecin avait l'air préoccupé, et regardait de tous les côtés, comme s'il avait peur d'être vu.
Une angoisse sans nom étreignit le coeur de Hatori. Et si Miguel s'était lassé de lui, et lui préférait le médecin ? Cela serait compréhensible ! Quoi de plus naturel de préférer un homme qui ne comptait pas ses sourires ?
Le jeune garçon tenta d'ignorer ce qu'il avait vu. Il rentra dans sa chambre, prit une douche, se changea, et rejoignit son maître dans son bureau. Miguel était assis dans un fauteuil, le regard perdu.

-Je suis là, Maître.

Miguel sursauta et regarda son apprenti. Il se leva et lui sourit.
Son sourire était crispé, comme s'il avait quelque chose à se repprocher. Ses cheveux étaient emmélés, comme s'il venait juste de quitter son lit. Ses mouvements étaient saccadés, comme lorsqu'il souffrait de courbatures, après une étreinte.
D'un ton professoral, il expliqua à nouveau son rôle dans le monde, l'organisation de son travail, ses diverses tâches. Hatori ne put s'empêcher de regarder par la fenêtre, envieux de Tony et Gérald qui pouvaient profiter de l'air libre.

-Tu m'écoutes ?
-Pardon, Maître...
-C'est très important ! s'emporta Miguel. Si tu ne connais pas les bases du travail, jamais tu ne pourras me remplacer. Je commence à regretter de t'avoir choisi comme apprenti ! Tu es trop jeune, trop immature...

Hatori baissa la tête, les larmes aux yeux. Jamais Miguel ne lui avait parlé ainsi. Le jeune homme en était presque sûr, à présent : son maître n'était plus intéressé par lui.
Toutefois, il ferait tout pour regagner l'intérêt de son amant. Combatif, motivé, et amoureux, il releva la tête et plongea dans les magnifiques yeux violets qui lui faisaient face.

-Je vous prie de me pardonner, Maître. Je serai plus attentif à partir de maintenant.
-Bien, alors reprenons. Que faut-il éviter à tout prix ?
-Un bonheur perpétuel, répondit automatiquement Hatori.
-Comment faire pour l'éviter ?
-Semer un peu de malheur, afin que ce bonheur soit apprécié au lieu qu'il ne soit qu'une habitude faisant partie du quotidien.
-Quelle est ta priorité ?
-Les miroirs cassés.
-L'ordre de priorité dans ces miroirs ?
-Les enfants maltraités, les adultes malheureux, puis les enfants, et les adultes.
-Comment apprécie-t-on le blanc ?
-En ayant connu le noir...

Hatori répondit encore et encore aux questions de Miguel, inlassablement, afin d'attirer la satisfaction de son maître. Car si jamais ce dernier le rejetait pour un autre, il ne le supporterait pas.
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:25

Chapitre 16


Le soir même, après avoir lu un peu, Hatori se faufila dans la chambre de Miguel. Ce dernier dormait et sa respiration semblait plus rauque. L'adolescent sourit en songeant que son maître commençait à ronfler. Quel âge avait-il, au juste ? Il avait l'apparence d'un homme d'une quarantaine d'années tout au plus, mais nul ne connaissait l'âge réel de Miguel.
Hatori se glissa sous les couvertures et enlaça le corps chaud et endormi.

-Tu m'as réveillé, grogna Miguel.
-Pardon, Maître, répondit l'adolescent tout en caressant la poitrine lisse sous ses mains.
-Laisse-moi, dit séchement le maître.

Hatori cessa ses caresses, triste d'être rejeté. Toutefois, Miguel ne fut pas satisfait.

-Je t'ai dit de me laisser.
-Pardon ?
-Quitte cette chambre. A partir de maintenant, je préférerais dormir seul.
-Oui, Maître, répondit Hatori d'une petite voix.

Le jeune garçon ravala ses larmes jusqu'à ce qu'il regagne sa chambre. Une fois seul, il se laissa tomber à genoux, croisa les bras sur son lit, et y blottit son visage pour pleurer. Les larmes débordaient de ses yeux et inondaient ses joues, ses mains, sa couette.
Son maître le rejetait réellement. Il ne voulait plus de lui. Il ne représentait plus à ses yeux qu'un apprenti distrait.
Hatori passa une bonne partie de la nuit à pleurer, à maudire Tanguy, à regretter d'être en vie, et à se moucher. Puis à un moment, il releva la tête. Tout n'était pas perdu. Il allait être irréprochable afin d'attirer à nouveau l'attention de Miguel et d'éveiller son intérêt.


Tous les matins, Hatori trouvait un faux prétexte afin d'interrompre plus tôt son entraînement avec Tony. Il n'osait pas regarder son ami dans les yeux. En effet, ce dernier semblait si heureux, il n'avait pas l'air de se douter de la duplicité de Tanguy.
Maudit médecin ! Il attirait les regards comme des aimants, avec son éternel sourire gai et bienveillant.

-Ca n'a pas l'air d'aller, Hatori.
-Je ne sais pas ce que j'ai, je me sens barbouillé... Je crois que je vais rentrer me reposer, mentit Hatori sans aucun regret.
-Tu veux que je t'accompagne chez Tanguy ? proposa Tony.
-Non, ça va. Je pense que c'est juste la fatigue, inutile de déranger Tanguy pour ça...

... Surtout que le médecin n'était certainement pas dans son cabinet, ajouta mentalement le jeune garçon. Il rentra donc dans la maison et vit Tanguy qui se faufilait dans la chambre de Miguel tout en prenant garde à ne pas être vu.
Hatori rentra dans sa propre chambre, se déshabilla, et fit un rapide aller-retour sous la douche. Il se sécha, passa un boxer, et passa par la porte de communication entre sa chambre et celle de Miguel.
Quelle fut sa surprise de trouver son maître, torse nu, assis sur son lit. Quant au médecin, il écoutait le coeur et la respiration de Miguel grâce à un stéthoscope.

-Qui t'a dit que tu pouvais entrer ? s'écria Miguel.

Hatori regarda son maître et il remarqua que sa poitrine mâte et musclée était devenue pâle et maigre. Ses longs cheveux violets brillants étaient ternes. Sa respiration semblait difficile.
Comment n'avait-il rien remarqué ?

-Je... je... voulais prendre un livre dans votre bureau, Maître, bredouilla-t-il comme excuse. Comme je ne suis pas habillé, je n'allais pas prendre le couloir principal.

Des larmes plein les yeux, il courut vers Miguel, qu'il prit dans ses bras.

-Pardon Maître, j'ignorais que vous alliez si mal. J'avais... je n'avais plus voulu penser à l'inéluctable. Je ne veux pas vous perdre.
-Hatori, calme-toi, dit Tanguy.

Le médecin regarda Miguel et demanda :

-Maître, m'autorisez-vous à parler en seul à seul avec Hatori ?
-Pas avant que Hatori ne soit habillé, répondit Miguel d'un air jaloux.

Hatori encadra le visage de son maître de ses mains et embrassa sa bouche. Son baiser était chaste, mais il espérait que Miguel percevait la chaleur de son amour.

-Viens, Hatori, appela Tanguy.

Le jeune garçon suivit le médecin dans sa chambre. Tout en s'habillant, il écouta l'amant de son meilleur ami.

-Le maître ne va plus vivre très longtemps. Son âge l'a grandement affaibli, et ses pouvoirs ne sont plus en mesure de le protéger de la maladie.
-Impossible ! Tu mens !
-Si seulement... Mais tu sais, même dans un monde où la science est développée, personne n'est encore venu à bout de ce terrible fléau. Alors ici, avec mes faibles moyens, comment veux-tu que je fasse quoique ce soit ?
-Je t'interdis de baisser les bras ! Et si mon maître meurt, je te tiendrai pour responsable ! Tu seras expulsé à vie de ce pays, quand bien-même casseras tu cent miroirs !

Tanguy prit Hatori dans ses bras, le laissant pleurer de tout son saoûl. Le médecin savait que le jeune garçon ne pensait pas ce qu'il avait dit, qu'il avait parlé sous le coup de la rage et de l'impuissance quant à la situation de Miguel.
Il savait que si la même chose arrivait à Tony, il réagirait comme lui.

-Hatori ?

L'adolescent renifla et interrogea Tanguy du regard.

-Souris.
-Comment veux-tu que je sourie alors que celui que j'aime risque de me quitter d'un moment à l'autre ?
-Voir ton sourire chaque jour l'aidera à s'accrocher. En revanche, te voir triste le rendra encore plus triste et plus malade. Alors rends-le heureux, égaye ses derniers moments, et sois heureux, toi aussi.
-Combien de temps... nous reste-t-il ?
-C'est difficile à savoir. Certains jour, je pourrais lui donner un an ou deux. Et d'autre jours, je lui donnerais quelques semaines tout au plus.
-Alors ces quelques semaines, ces quelques mois ou ces quelques années seront heureuses et gaies !

Tanguy déposa un baiser sur le front du jeune garçon et le gratifia d'un immense sourire.

-Si tu as besoin de quoique ce soit, tu sais où me trouver.
-Merci, répondit Hatori, sincèrement touché.



Chapitre 17


Hatori ne parvenait pas à détacher son regard du visage de son maître. Miguel était de plus en plus taciturne. Ses yeux violets étaient toujours cernés, ses cheveux étaient de plus en plus fins et ternes, ses muscles fondaient à vue d'oeil.
L'adolescent tentait de ne pas remarquer ces changements, par égard pour son maître, et également dans le but de se cacher la vérité. Jamais il n'admettrait, jamais il ne tolérerait qu'on dise que Miguel était malade. Son amant allait bien, il allait rester encore au moins vingt ans, voire plus.

-Vous avez mangé, Maître ? demanda le jeune garçon en se couchant contre le corps gelé.
-Je mangerai demain, quand j'irai mieux.

Cette phrase était devenue un rituel, depuis une semaine, un moyen de se voiler la face. Car tous deux savaient que Miguel n'irait pas mieux le lendemain.

-Hatori, tu vas devoir reprendre le flambeau plus tôt que prévu.
-Pas question ! Pas sans vous !
-Hatori, c'est justement dans l'attente de ce moment que je t'ai formé. Tu as toujours été un très bon apprenti, le meilleur dont j'aurais pu rêver, même si j'ai parfois dit le contraire sous le coup de l'énervement. Tu as des responsabilités, envers ce monde, des responsabilités dont seule la mort pourra te libérer.
-Maître, je ne serai pas capable de vivre sans vous, qui avez été si bon, si aimant avec moi.

Le jeune homme serra le malade dans ses bras, passa ses doigts dans les cheveux violets si fins qu'ils n'avaient guère plus de substance qu'un rayon de soleil. Il était sur le point d'embrasser celui qu'il aimait, toutefois, Miguel se détourna. Une violente quinte de toux fit s'agiter son dos et ses maigres épaules.
Hatori déposa un baiser sur la joue de Miguel lorsque ce dernier se fut calmé, puis il quitta la chambre. Il alla aux cuisines, où il demanda à Emmie, l'apprentie de Rebecca, un bol de soupe bien chaude. L'apprentie obtempéra et le jeune homme remonta à la chambre. Il aida son maître à prendre une position assise en lui calant des oreillers dans le dos, puis il s'assit près de lui, et commença à le nourrir, à la cuillère.

-J'en ai assez, soupira Miguel.
-S'il vous plaît, terminez au moins le bol, supplia Hatori.
-Qu'est-ce que ça va changer ? Que je mange ou pas, je vais mourir !
-Puisque c'est ce que vous avez décidé, je ne voudrais surtout pas vous en empêcher, s'écria le jeune homme.
-Hatori...

Le futur maître des lieux posa le bol sur la table de chevet, et il enlaça le corps frèle de son maître.

-Pardon, murmura-t-il en déposant un baiser sur son front. Je sais que vous souffrez, et à quel point vous attendez cette délivrance qu'est la mort. Mais égoïstement, je n'ai pas envie de la laisser me prendre la seule personne que j'aime.

Miguel déposa une main décharnée sur la joue de son apprenti.

-Je suis désolé, Hatori. Je pensais tenir un peu plus longtemps. Je pensais pouvoir te rendre plus heureux.
-Ne répétez jamais ces paroles ! J'ai toujours été heureux avec vous. Maître, vous avez pris soin de moi comme personne ne l'avait fait. Vous m'avez donné un nom ! Vous m'avez offert votre protection, vous m'avez rendu heureux.
-Promets-moi que tu retrouveras quelqu'un, après moi...
-Vous n'avez pas le droit de me demander cela. Jamais je ne pourrai faire une telle promesse.
-Alors je vais me contenter de l'espérer. Pour que tu sois heureux même après mon départ.
-Maître...

Hatori refoula ses larmes. Comme le lui avait demandé Tanguy, jamais plus il n'avait pleuré devant Miguel. Au contraire, il tentait d'être heureux, de communiquer ce semblant de bonheur au malade.

-J'aimerais me reposer un peu, Hatori. Peux-tu me laisser ?
-A plus tard, fit Hatori, puis il déposa un baiser sur le front de son maître.

Hatori entra dans sa propre chambre par la porte de communication, il se laissa choir sur un fauteuil et put enfin laisser libre court à ses larmes.
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Mili
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Re: Sept ans de Bonheur ( à lire après 7 ans de malheur)

Message par Mili le Jeu 12 Juin - 21:27

Chapitre 18


Hatori était sorti prendre l'air. Il errait sans but, dans la propriété. L'inquiétude n'arrivait pas à le laisser en paix, et à chaque fois qu'il quittait la chambre de Miguel, il n'avait qu'une peur : revenir et trouver son maître mort.
Toutefois, il savait que le malade avait besoin de repos, et il ne pouvait passer sa journée près de lui.

-Attrape !

Le jeune homme se retourna à temps pour rattraper une épée en bois que lui lançait Tony. Il interrogea son ami du regard.

-Tu tournes comme un lion en cage, et l'angoisse et la nervosité vont jusqu'à déformer tes traits. Alors défoule-toi sur moi. Frappe !

Hatori hurla et fonça sur Tony, l'épée levée. Il frappa de toutes ses forces sur son ami, qui, heureusement, s'entraînait pendant que le futur maître passait son temps au chevet de Miguel. De ce fait, Tony put parer tous ses coups, et même en rendre.
Au bout d'une heure à ce rythme, les deux jeunes hommes se laissèrent tomber sur l'herbe tendre, à bout de souffle.

-Tu as progressé, admit Hatori.
-Gérald passe pas mal de temps à m'entraîner. Je fais partie de la garde, maintenant.
-Félicitations.
-Et puis il faut admettre que Tanguy en avait assez de soigner mes blessures, donc je n'ai pas eu d'autre choix que m'améliorer.

Hatori n'écoutait plus les paroles de son ami. Il avait l'impression qu'on l'appelait. Il se releva d'un bond, laissant son épée dans l'herbe, et courut en direction du bâtiment, sans prendre garde aux parterres de fleurs, aux murs, aux chats noirs, ni aux autres obstacles qui jalonnaient son parcours.
Il poussa la porte, bousculant au passage Tanguy, et sans s'excuser, il monta les escaliers trois à trois. Sans frapper, il entra dans la chambre de Miguel.

-Hatori... gémit ce dernier.
-Maître...

Le jeune homme s'agenouilla à côté du lit et prit la main frèle que son maître lui tendait. Un faible sourire illuminait le visage pale de Miguel et le futur maître sentit que la main si maigre le serrait avec une force insoupçonnée.

-Il est temps pour moi de te dire au revoir, Hatori.
-Maître... dit l'adolescent, la gorge nouée.
-Tu sais, lorsque je t'ai amené chez moi, il y a huit ans, je comptais te rendre heureux, te protéger, je n'avais qu'un seul but : voir sourire ce visage trop triste et trop grave. Jamais je n'aurais pensé m'attacher à toi de cette manière. Je pensais t'aimer comme un fils. Je t'ai aimé comme un amant. Je...

Une quinte de toux secoua le corps décharné de Miguel, puis le malade reprit d'une voix rauque :

-Je t'aime, Hatori. Même si je ne te l'ai jamais dit, je t'aime plus que tout.
-Maître, je vous aime, moi aussi.

Hatori se releva et sans lâcher la main qui le tenait si fort, il se pencha et déposa un baiser sur les lèvres de Miguel, devenues si fines et blanches.

-Il est temps pour moi...
-Maître... Non...

Hatori sentit comme une tornade l'emporter. Un mélange de souffles chaud et froid le frôlèrent en même temps. Puis il perdit connaissance.


Hatori se réveilla à genoux, la tête posée sur le lit de Miguel. Il tenait toujours la main de ce dernier dans la sienne. Il regarda son maître. Ses cheveux violets étaient devenus noir de jeais et ses yeux violets étaient gris. Un sourire illuminait ce visage figé.
Sans une larme, Hatori se leva et sortit de la chambre. Il longea le couloir, descendit les escaliers. Près du hall, tout le personnel était agenouillé devant lui et parlait en même temps.

-Nous souhaitons la bienvenue au nouveau Maître. Adieu, Maître Miguel. Bienvenu à vous, Maître Hatori.

Hatori se demandait comment ils savaient tous qu'il était le nouveau maître, mais il n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage. Le jeune homme vit qu'une femme rousse aux immenses yeux verts était agenouillée aussi. Dans un bras, elle tenait un nourrisson.

-Levez-vous, Rebecca. Un enfant n'a pas à respirer la poussière.

La cuisinière et jeune maman se leva.

-Maître, je vous présente Callum, mon bébé. Il a trois jours. Voulez-vous bien lui offrir votre bénédiction ?
-Il l'aura s'il la mérite, répondit Hatori. suivez-moi.

Il conduisit la femme au temple. Il y faisait frais, tout était construit en pierre. Hatori prit un miroir dans une petite boite posée à côté du mur, puis il monta debout sur l'autel, l'enfant dans les bras. Il montra le miroir à l'enfant et subjugué, le nourrison prit l'objet dans sa petite main.
Hatori leva l'enfant au dessus de sa tête. Callum se regarda dans le miroir, puis lassé, il laissa tomber son nouveau jouet. L'objet tomba au sol, rebondit une fois, deux fois, et se brisa au troisième rebond.
Des larmes illuminaient le visage de Rebecca lorsque Hatori redescendit de l'autel. Il lui sourit.

-Votre fils aura une vie paisible et sera heureux.

Il scruta les grands yeux verts dont Callum avait hérité de sa mère. L'enfant lui sourit. Rebecca le prit dans ses bras et s'agenouilla.

-Merci Maître.

Puis elle quitta le temple. Hatori ramassa le miroir brisé et son reflet le laissa sans voix. Ses cheveux et ses yeux n'étaient plus noirs, mais aussi violets que l'avaient été ceux de Miguel. Il comprit alors comment tous avaient su qu'il était en possession des pouvoirs de Miguel.


Epilogue


Seize ans plus tard...


-Callum ?
-Oui Maître ?
-Tu es un grand garçon, maintenant. J'ai toujours été satisfait de toi en tant que domestique. Que penses-tu d'être serviteur ?

Les yeux verts de l'adolescent s'illuminèrent.

-Vous voulez dire que je pourrais avoir un seul maître ? Rien que pour moi ?
-En effet, c'est ce que je veux dire.
-Qui est-il ? s'excita Callum. Comment est-il ?
-Il s'appelle Yann. Il a vingt-cinq ans, mais il est très fragile. Il faudra bien t'en occuper, Callum.
-Oui Maître !
-Suis-moi.

Callum obéit et suivit Hatori dans les couloirs de la demeure. Le maître s'arrêta devant une porte.

-Voici sa chambre. Attends ici, tu pourras rentrer dès que je serai sorti.

Hatori rentra dans la pièce, prêt, encore une fois, à semer des graines de malheur afin de faire éclore le bonheur.
"Pardon, Maître" pensa-t-il lorsqu'il prit possession de Yann.

-Fais ton travail, et fais-le bien, Hatori. Je suis fier de tout ce que tu as accompli jusqu'à maintenant. Tu n'as pas à me demander pardon. Tu as droit, toi aussi, à un peu de bonheur. Je veille sur toi.

Hatori ferma les yeux, méditant les paroles de son maître. Heureux de savoir que celui qu'il aimait ne l'avait pas totalement abandonné, il ne put s'empêcher de jouir.
Il se releva, prenant un air froid.

-Pas mal, dit-il à Yann. J'ai bien fait de t'amener jusqu'ici.

Il rajusta son pantalon, puis annonça :

-Je te laisse, j'ai à faire.

Il quitta la chambre. Dès qu'il eut refermé la porte, il sourit à Callum.

-Va te présenter auprès de ton nouveau maître. Il a besoin de toi.
-Merci, Maître Hatori.

Hatori descendit jusqu'au temple. Il admira les tableaux qui en ornaient une partie du mur. On pouvait voir toute la succession des maîtres du malheur avec leurs apprentis. Le tableau le plus récent représentait Miguel, qui tenait un petit enfant brun et maigre dans ses bras.
Le nouveau maître tomba à genoux devant cette peinture, et comme chaque jour depuis seize ans, pleura.
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