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SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

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SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:04

Cette fic a été écrite il y a un an déjà. J'espère que vous l'aimerez autant que j'ai aimé l'écrire.


Chapitre 01


-Sven, on commence dans quinze minutes.
J'ouvre les yeux. Je suis allongé sur le canapé de cuir rouge, dans ma loge, et j'ai dû m'assoupir, car je n'ai même pas entendu la porte s'ouvrir. Harry, le batteur de notre groupe, me fait face, accroupi devant moi, une main posée sur mon épaule. Ses grands yeux noirs sont inquiets.
-Ca va ? demande-t-il.
Je repousse sa main.
-Ca va, je réponds en m'asseyant dans le canapé. J'arrive dans cinq minutes.
Il se relève et quitte ma loge en poussant un petit soupir que j'ignore. Pas étonnant que je sois somnolant. Graham, notre manager, vient encore de me passer dessus. Il aime bien me prendre avant nos concerts. Il dit que j'ai les yeux plus brillants après avoir joui, et ça plait davantage aux petites pisseuses qui sont mes fans.
Je remplis un verre d'eau, dans lequel je fais tomber deux comprimés effervescents à la codéïne.
J'ai découvert ces médicaments suite à une chute dans les escaliers, il y a environ un an. Je n'ai rien eu de cassé, ce jour-là, mais une douleur à l'épaule m'empêchait de jouer de la guitare, ma précieuse guitare. Mon médecin m'a préscrit ces médicaments. Un à la fois, et pas plus de trois par jour. Au début, ça me donnait la nausée. Puis ça a commencé à me faire planner. Depuis, j'en prends régulièrement. Par deux, et environ quatre fois par jour, parfois plus. Pour calmer ma douleur à l'âme. Pour me faire croire que cette vie de merde vaut la peine d'être vécue. Pour mettre un peu de couleur dans mon monde en noir et blanc.

En attendant que mon bonheur artificiel soit dissout dans le verre, je me déshabille. Mon boxer est propre. Pour une fois, Graham a pris le temps de mettre un préservatif. Alors je passe mes vêtements de scène, un pantalon de cuir noir moulant, une chemise noire transparente, et des bottes de cuir noir. Je jette un oeil à mon reflet. Mes cheveux noirs aux méches rouges, violettes et bleues sont en désordre, comme d'habitude. Mes yeux bleus ne sont pas trop cernés, il faut croire que ma micro-sieste m'a été bénéfique. Mon oreille droite est ornée de dix anneaux argentés qui en font le tour. La gauche, elle n'a qu'un petit anneau au cartilage relié par une chainette à un clou dans le lobe. Une chaine en argent, à laquelle est suspendue une croix, bouge à chacun de mes mouvements autour de mon cou.
Je fais beaucoup plus jeune que mes trente ans. Je ne suis pas très grand, mon corps est fin, mon visage juvénile. Graham dit toujours que j'ai une gueule d'ange, et que c'est grâce à cette gueule que nous vendons nos CD et que nos salles de concerts sont pleines. En effet, mon physique fait plus jeune que mon âge. Mes yeux, par contre... Un jour, Harry m'a dit qu'ils étaient hantés, comme s'ils en avaient trop vu, comme si j'avais vécu depuis la nuit des temps et que cette vie me paraissait décidément trop longue. Je n'ai pas voulu lui dire qu'il avait raison.
Je me détourne du miroir et me dirige vers la petite table basse, devant le canapé, où m'attend mon verre. Les deux pastilles ont fondu. Je bois le liquide, grimaçant sous le coup du goût amer. Je repose le verre et je quitte ma loge. Je longe un couloir, croisant des assistants, des éclaireurs, et divers techniciens en pleine effervescence. Une fois arrivé à l'arrière de la scène, Graham me tent ma guitare. Je le fixe droit dans ses yeux marrons, et un sourire mauvais nait sur son visage. Il repense sans doute à ce qui s'est passé dans ma loge, il y a moins d'une demi-heure. Qu'il y pense si ça lui chante. Pour ma part, ce n'est qu'une fois parmi tant d'autres. J'ai été abandonné à la naissance. J'ai passé ma vie à naviguer de familles d'accueil en familles d'accueil, plus intéressées par le chéque de la DDASS que par mon bien-être.
Depuis ma naissance, personne ne m'a jamais aimé. Et finalement, ça ne m'importe pas plus que ça. Je préfère l'amour à court terme, sans aucune demande, sans illusions trompeuses, sans déception.

Je passe la courroi de ma guitare autour de mon cou. Cette guitare, c'est une guitare électrique que j'utilise pour les concerts. Chez moi, j'en ai une autre. Elle a treize ans. Elle est magnifique. Et elle compte plus que tout pour moi. C'est un cadeau d'Harry. Peut-être que cet imbécile fait des cadeaux à tous ses amants, je l'ignore. Il y a treize ans, j'ai essayé de mourir. J'ai échoué. Il n'y a rien de plus horrible que de se réveiller à l'hôpital, et de se dire qu'on est tellement bon à rien qu'on n'est même pas capable de mettre fin à sa propre vie. Lorsque je suis sorti, deux heures après mon réveil, Harry m'attendait. Il m'a offert cette guitare. Pour donner un sens à ma vie.
Depuis, je joue de la guitare et je chante. Je n'aime pas spécialement ça, mais il faut bien gagner sa vie. Et puis comme ça, Harry croit qu'il a réussi. Il ne sait pas que vivre me fait chier. Mais je lui ai promis de ne plus recommencer. Alors quand j'ai envie de mourir, je me fais sauter. Je ne jouis jamais. Mais j'attends, les cuisses écartées, et je me dis que je suis au moins un peu utile. Et que je suis aimé, au moins à ce moment-là. Quand me faire baiser ne fonctionne pas, hé bien... il reste toujours la codéïne...

Je capte le regard noir d'Harry qui est déjà sur scène, assis derrière sa batterie, attendant mon signal, ses baguettes en mains. Gwenn et John, respectivement au synthé et à la basse, sont prêts aussi. Eux sont des membres rapportés par Graham il y a cinq ans, contrairement au batteur que je connais depuis le lycée. Ils ne font ça que pour le boulot, et nous ne nous voyons pas en dehors des concerts, répétitions et enregistrements. Tant mieux, je n'aime pas voir du monde, je ne suis pas sociable de toute manière.
Gwenn est un grand roux aux yeux verts. Son visage est parsemé de tâches de rousseurs. Il est sympa, ouvert, et assez enclin à la plaisanterie. Il est de caractère très facile, et il a un don pour arrondir les angles.
John, par contre, ne parle pas et je ne sais absolument rien de lui. S'il chantait pas dans quelques morceaux, j'aurais pu penser qu'il était muet. Sauf quand il n'est pas d'accord. Ce type a vraiment un caractère spécial. Nous nous prennons souvent la tête, et dans ces cas-là, Harry essaye de me raisonner, et Gwenn fait de même avec John. Les cheveux du bassiste sont teints en blanc et il porte toujours des lentilles rouges. De ce fait, je ne sais pas à quoi il ressemble au naturel mais finalement, je m'en fous. Il est presque aussi petit que moi, et avec son caractère, il me fait penser à un roquet albinos qui passe son temps à aboyer.

Je fais un signe de tête à Harry. Il me fait un clin d'oeil, et entrechoque ses baguettes entre elles en lançant :
-Un, deux ! Un, deux, trois, quatre !
Nous nous mettons à jouer, tous les quatre, et les petites pisseuses en furie commencent à hurler en me voyant arriver sur scène. Ebloui par les projecteurs, je ne les vois pas. Mais j'entends les cris de ce troupeau de vaches laitières que je nourris de musique et de sourires, et à qui je trais ensuite l'argent.
Mes sourires ne sont que factices, mais ça leur suffit, à ces gamines qui prétendent m'aimer alors qu'elles ne savent rien de moi. Tout ce qu'elles veulent, c'est me voir leur sourire, et mater. Elles aiment voir mon cul moulé dans ce pantalon en cuir, elles aiment voir ma poitrine à travers cette chemise transparente. Hé bien allez-y, regardez tant que vous le pouvez, vous avez payé assez cher, après tout.


Chapitre 02

-Sven ! Encore !! Sven ! Encore !! Sven ! Encore !! crie le public.
-Svennnnnnn !
Et parfois, on entend une petite voix qui crie le nom de Harry, Gwenn ou John. Quand on chante, on est plus exposé, alors forcément, elles n'en ont que pour moi et ma gueule d'ange. Parfois, j'ai envie de leur crier "lâchez-moi ! vous voulez que je chante et vous ne vous rendez même pas compte que je suis crevé !"
Il faut admettre qu'un des effets secondaires de la codéïne, c'est la somnolence. Et vu ce que je me suis enfilé aujourd'hui, je ne devais pas m'attendre à faire une nuit blanche sans problème.
Après deux rappels, nous quittons définitivement la scène. Graham nous félicite et me demande discrètement :
-Je te ramène chez toi après, Sven ?
Je hoche la tête. Je suis celui qui signe le plus d'autographes à la sortie des concerts, je ne vais pas forcer Harry à m'attendre, même si nous vivons ensemble. Je me rends dans ma loge. Elle ressemble à la tombe d'un enfant, remplie de fleurs. Dégoûté, je me fais une place sur la table basse et je m'allume une cigarette, espérant que l'odeur du tabac couvrira ce parfum nauséabond. Tout en tirant de longues bouffées de mort, je retire ma chemise transparente, mon pantalon en cuir et mes bottes. Je range soigneusement les vêtements et je les remplace par une épaisse chemise noire et un jean de la même couleur. Je repasse mes bottes, et je me laisse tomber dans le canapé. Mais finalement, le mélange des odeurs de tabac et de fleurs me donne la nausée. Alors je passe ma veste en cuir noir ornée d'un dragon à l'arrière, je récupére mes affaires et je sors par la porte du fond. Des vigiles repoussent la foule. Mes compagnons ont déjà presque fini de satisfaire la horde de fans affamés de photos et d'autographes.
-Tu viens, Sven ? me demande Harry.
-Ne m'attends pas, je vais me débrouiller pour rentrer.
Le batteur me fait un clin d'oeil et signe des autographes à ceux qui lui en demandent. Pour une raison que je n'ai jamais compris, Harry est le moins populaire de nous quatre. Peut-être parce qu'il est celui qu'on voit le moins, caché derrière sa batterie. Néanmoins, il n'a pas l'air de s'en soucier.
-Sven ! un autographe !
Je me tourne vers une fillette d'une douzaine d'années, un sourire de circonstances aux lèvres. Les flashes m'aveuglent et les cris m'assourdissent. Comme si les projecteurs et la musique durant le concert n'avaient pas suffi.
-Sven !
-Doucement, je fais avec mon éternel sourire. Chacun son tour.

Une heure plus tard, j'y suis encore. Je tombe littéralement de fatigue. Graham pose une main sur mon épaule. Ses cheveux blonds volent dans la brise nocturne, et ses yeux marrons se font soucieux.
-Rentrons, me fait-il. Tu es épuisé.
Il me prend mon sac, et je le suis jusqu'à sa voiture, une 607 noire aux vitres teintées. Il déverrouille le véhicule, pose mon sac dans le coffre, et monte côté conducteur. Je le rejoins dans l'habitacle spacieux et bientôt, il démarre.
Le trajet se déroule sans autre bruit que le ronronnement du moteur. Je n'en peux plus, je sens mes yeux qui se ferment, mais je lutte. Je focalise mon attention sur le ruban d'asphalte qui se déroule devant nous, découvert peu à peu par l'éclairage sinistre des phares. Les rues sont désertes, seuls quelques jeunes se balladent par-ci par là, une bouteille à la main. A un arrêt de bus, je vois une affiche pour notre concert. On m'y voit en premier plan, ma guitare dans la main droite, le bras gauche en l'air, les genoux pliés comme si je venais de faire un bond énergique. Je détourne les yeux, écoeuré par ma propre image.
-Qu'est-ce que tu fais, demain soir ? me demande Graham.
-Rien.
Tous mes jeudis soirs sont les mêmes. Harry sort chez des amis à lui. A chaque fois, il me propose de venir. Et à chaque fois, je refuse. Je trouve ses amis complétement crétins. Ils rient beaucoup, plaisantent, et je ne comprends rien. Donc je reste chez moi et j'attends que le temps passe. C'est dans ces moments-là que j'ai composé mes meilleures mélodies. Et que j'ai écrit mes chansons les plus noires. Je reste assis, un verre à la main, une cigarette dans l'autre, et je réfléchis. Je finis immanquablement par m'endormir dans mon fauteuil, et Harry râle quand il rentre parce que l'appartement empeste la cigarette et que je vais attraper froid.
Graham sait bien que je suis seul chez moi, le jeudi soir. Sa question n'était pas posée au hasard.
-J'ai quelqu'un pour toi. Il paye bien.
-Ok.
D'aucuns appellent ça de la prostitution. C'est qu'ils n'ont rien compris.
Je ne vends pas mon corps. J'achète de l'amour temporaire. Là est toute la différence. Si en plus, ça me permet d'arrondir mes fins de mois, je suis doublement gagnant.

Graham se gare devant mon immeuble, le long de la route. Je m'apprête à descendre de sa voiture, mais il pose une main sur mon genou.
-Attends. J'ai fait un détour jusqu'ici, tu peux bien me faire un petit plaisir...
-Pas ce soir, je suis fatigué, je réponds d'une voix lasse.
Dire non à Graham, c'est comme parler à un mur : ça ne sert à rien. Il pose sa main sur ma nuque, et attire ma tête en direction de sa braguette. Je défais alors son pantalon, tout en sachant que protester ne servira à rien, et je suce son pénis en érection. Après tout, si je peux lui être utile pendant ces quelques instants, si je peux être aimé pendant dix minutes, c'est toujours ça de pris.
Sa main descend de ma nuque à ma poitrine, et il pince un de mes tétons à travers ma chemise. Cet imbécile me fait mal, mais je le laisse faire, puisque ça semble l'exciter. Il finit par jouir dans ma bouche. J'avale, et sans dire un mot, je sors de la voiture.
-A demain, lance Graham.
Je récupère mon sac dans le coffre et je rentre dans l'immeuble, où je monte lourdement les marches d'escalier jusqu'au premier étage.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:05

Chapitre 03

Je déverrouille silencieusement la porte de l'appartement pour ne pas réveiller Harry. Mais le batteur ne s'est pas endormi. Vêtu en tout et pour tout d'une serviette nouée autour de sa taille, il sort de la salle de bains, les cheveux humides de la douche. Epoustoufflé, je laisse tomber mon sac. Pour une raison que je n'ai jamais comprise (ni cherché à comprendre, par ailleurs) le corps de Harry m'a toujours attiré. Sa poitrine est magnifique, lisse, musclée, avec des tétons sensibles que j'adore lécher, je me sens protégé lorsque je suis au creux de ses épaules larges, même si ce n'est qu'une illusion , ses jambes sont longues et ses cuisses puissantes savent s'activer pour donner de rapides coups de reins. Quant à ses mains, elles sont d'une douceur incroyable. J'adore lécher ses longs doigts fins. Un frisson me parcourt rien qu'en pensant à leurs caresses.
-Comment es-tu rentré ? demande-t-il alors que je suspends mon blouson au porte-manteau.
-Graham m'a ramené.
-Ah...
Le manager et le batteur entretiennent une animosité réciproque depuis nos débuts. Lorsqu'ils sont dans un espace réduit, c'est comme si l'air se chargait d'électricité et se mettait à crépiter autour de nous. Tous deux se regardent en chiens de faïence, comme deux enfants qui jouent à qui va baisser les yeux le premier.
Tout en déboutonnant ma chemise, je m'avance vers Harry. Une fois à son niveau, je passe mes bras autour de son cou et je murmure à son oreille :
-Prends-moi.
-Va te laver d'abord, me répond Harry en se dégageant de mon étreinte.
Je sais que mon corps est sale. Autant que je me souvienne, il l'a toujours été. Me faire salir, c'est ma manière de me faire aimer. Et ça, toutes les douches du monde n'y pourront rien.
Sans un mot, je récupère mon sac près de la porte, et je me dirige vers ma chambre. J'ignore le soupir d'Harry. Je referme silencieusement la porte derrière moi. Une cigarette à la main, je range mes vêtements de scène, je retire mes bottes, et je me laisse tomber sur mon lit. Mes yeux se ferment inexorablement, j'ai à peine le temps d'écraser ma tige de mort dans le cendrier.


Lorsque je me réveille, le soleil se lève à peine. Harry m'a retiré mes vêtements et m'a glissé sous les couvertures. Parfois, j'ai l'impression qu'il se prend pour ma mère.
Je me retourne, tentant de dormir davantage, mais je sais que le sommeil me fuira. Autant que je me souvienne, le marchand de sable m'a toujours boudé. Enfant, j'avais peur que des monstres viennent me dévorer. Au fur et à mesure que j'ai grandi, ces monstres se sont transformés en fantômes. Pas le genre d'ectoplasmes qu'on voit dans Ghostbusters, non. Mais le genre de souvenirs qui vous hante et qui vous dit que si vous vous endormez, ils reviendront dans vos rêves encore pires.
Heureusement, grâce à la codéïne, j'arrive à passer outre ma peur de m'endormir, ses effets sont trop puissants. J'ai droit à quelques heures de sommeil lourd, sans rêves.

Je me lève, la bouche pâteuse. Je ne me suis ni lavé, ni brossé les dents hier soir, et je me sens sale. Je sors de ma chambre. La pièce principale, qui fait salon, salle à manger, avec une kitchenette derrière un comptoir, est vide. Harry n'est pas encore levé. Je vais sans bruit jusqu'à la salle de bains. Je me rase, je me brosse énergiquement les dents à m'en faire saigner les gencives, puis je prends une douche bienfaisante qui dégourdit mon corps encore endormi.
Je sais que je ne serai jamais propre. Mais je me sens déjà moins sale. Alors je m'habille. Vêtu d'un jean noir, d'un pull camionneur et de mes éternelles bottes en cuir, je descends à la boulangerie où je prends des croissants au chocolat, les préférés de Harry, et deux baguettes fraîches. La rue est encore déserte, je ne croise que le camion des éboueurs et quelques hommes qui tiennent leur manteau serré contre eux à cause du vent glacé. Une pluie fine tombe sans discontinuer, et les nuages noirs qui cachent le soleil donnent l'impression qu'on pourrait les toucher rien qu'en tendant la main.

Il pleut sur la ville comme il pleut sur mon coeur.
De qui était cette phrase, déjà ? Tout en me posant cette question, je remonte la rue. Je vois une mère et ses deux enfants, blottis l'un contre l'autre, sous un porche. Je n'ai qu'une envie : dire à cette femme maigre et couverte de crasse de confier les deux vermisseaux gémissants à l'assistance publique. Au moins pourrait-elle vivre décemment, sans deux bouches en plus à nourrir. Mais après tout, ce ne sont pas mes affaires. Serrant davantage mon sachet de croissants sur lequel lorgnent les enfants, je les ignore et j'active le pas. Après tout, personne n'a rien fait pour moi, pourquoi ferais-je quoique ce soit pour d'autres ?
Enfant, quand je voyais à la télévision que telle célébrité ou tel organisme offrait un week end à Disneyland aux enfants défavorisés, j'étais toujours amer. Ces enfants défavorisés étaient favorisés. Et moi ? Moi non plus, je n'étais jamais allé à Disneyland ! Je n'étais même jamais parti en vacances. Le plus loin que je sois allé, c'était à l'école.
Mais apparament, mon cas, tout le monde s'en foutait.

Quand j'arrive chez moi, du bruit provenant de la salle de bains me fait comprendre qu'Harry est levé. Je fais couler le café pour lui, et je me fais chauffer du lait.
-C'est toi, Sven ? demande-t-il à travers la porte.
-Et qui d'autre ?
Pendant que mon lait chauffe, je nous presse une orange à chacun. Harry sort de la salle de bain au moment où la sonnerie du four à micro-ondes retentit, signe que mon bol de lait est chaud. Je pose le bol sur le comptoir, j'y mets deux généreuses cuillères de poudre chocolatée, et je remue tout en m'asseyant.
-C'est jour de fête ? demanda Harry avec un sourire moqueur.
Que répondre ? Que c'est pour me faire pardonner de lui avoir proposé mon corps sale hier soir ?
Je sais que je n'ai pas le droit de demander d'amour. On m'en offre quand on veut, je n'ai pas à demander. Mais hier soir, il était tellement attirant.
-Tais-toi et mange, je réponds en engloutissant une bouchée de croissant.
Harry regarde mon bol de lait avec amusement tout en prennant place sur un des hauts tabourets du comptoir.
-Encore avec tes petits déjeuners d'enfants ?
-Pourquoi est-ce que je me forcerais à boire du café si je n'aime pas ça ?
Ce breuvage noir et amer me fait définitivement penser à moi. En boire une seule gorgée me donne envie de vomir.
-Tu viens avec moi ce soir ? me demande Harry après avoir avalé son premier croissant.
-Non.
Je finis mon petit déjeuner, sans un mot, et je quitte le comptoir pour laver mon bol dans l'évier. Ce bol, contrairement à moi, redevient blanc après un coup de liquide vaisselle et d'éponge.


Chapitre 04

La main posée sur la poignée de la porte, Harry est prêt à partir. Mais je sais qu'avant, j'aurai droit à ses conseils, comme une mère qui laisse ses enfants.
-J'y vais !
Sans lever les yeux de ma partition, je poursuis mes accords à la guitare tout en répondant :
-Ok.
-Ne t'endors pas sur le fauteuil et pense à aérer si tu fumes beaucoup.
-Ok.
-N'oublie pas de verrouiller la porte quand tu iras te coucher.
-Ok.
-Essaye de répondre par autre chose que "ok".
-Ok...
Harry soupire et quitte l'appartement. Je sais que je n'ai qu'un mot à dire pour le rappeler, pour ne pas rester seul ici, pour ne pas rencontrer le client que Graham va ramener. Mais pourquoi chercherais-je à l'éviter ? Graham ne m'a jamais forcé à rencontrer ces types. Je suis libre de refuser. Mais pourquoi le ferais-je ? Un contrat d'amour temporaire, ça ne se refuse pas.
Je sens mon ventre se contracter d'anticipation. Je n'arrive plus du tout à me concentrer sur mes accords. J'essaye de ne pas imaginer ce que cet homme va me faire, mais c'est impossible. Alors je me lève, je pose ma précieuse guitare sur le sol, et je vais me chercher un verre d'eau dans lequel je laisse dissoudre deux comprimés de codéïne. Assis sur mon fauteuil, je m'allume une cigarette, le regard perdu.

Ma première expérience d'amour remonte à mes huit ans.
Abandonné à la naissance, j'ai été adopté par un couple qui est mort lorsque j'avais cinq ans, d'un banal accident de la route. Je ne garde aucun souvenir d'eux.
J'ai été transféré dans une famille d'accueil. Ces gens étaient pauvres, et ne souhaitaient que profiter du chèque de la DDASS. Je dormais dans le grenier et ne portais que des vêtements rapiécés qui laissaient passer le froid et l'humidité. Ils n'ont même jamais songé à m'envoyer à l'école.
C'est à ce moment-là que j'ai pensé pour la première fois que je n'étais pas digne d'être heureux, ni aimé. Ce soir-là, j'ai beaucoup pleuré. Puis j'ai arrêté de pleurer, et je me suis endormi. Mes larmes n'ont plus coulé pendant dix ans, après cela.
Peu de temps avant mes huit ans, j'ai été envoyé dans une nouvelle famille. La mère était assistante dans un cabinet médical, et le père était ouvrier. Il ne travaillait pas le mercredi, pour s'occuper de leur fils de neuf ans de plus que moi.
Cet homme était très doux avec moi, sa femme très souriante et généreuse. Quant à leur fils, il ne me voyait pas comme un petit frère, mais peut-être comme un cousin ou un neveu. Il m'emmenait par la main à l'école, tous les jours, avant d'aller au lycée, il jouait au ballon avec moi quand il avait terminé ses devoirs.
Le mercredi, le père m'aidait à faire mes devoirs, il m'expliquait ce que je ne comprenais pas. Sa femme travaillait et l'après-midi, son fils était à l'entraînement de foot-ball. Je réapprenais à sourire, peu à peu.

Je bois mon verre de bonheur artificiel, où les comprimés se sont entièrement dissouts. Je ferme les yeux, m'appuie contre le dossier du fauteil, et mes pensées reprennent.

Un mercredi après-midi, alors que nous étions en train de lire un livre de contes, je me suis tourné vers lui et lui ai demandé :
-Dis, pourquoi personne ne m'aime ?
Il m'a sourit et m'a répondu :
-Ne pense pas une chose pareille. Nous t'aimons tous ici. Tu es note petit Sven.
Il m'a porté sur ses genoux et a ajouté :
-Je vais te montrer à quel point je t'aime.
J'ai été très heureux de ce baiser. Ses mains se promenaient partout sur mon corps, puis dans mon corps. Et moi, je m'accrochais à lui, heureux que quelqu'un m'aime et me le montre de manière aussi évidente.
Cela a duré deux ans. Tous les mercredis, il me caressait, je le suçais, mais il ne me pénétrait jamais avec autre chose que ses doigts. Il me disait que lorsque je serais plus grand, nous nous connecterions de manière encore plus intime, et je n'attendais que ça. Qu'il m'aime encore plus, plus fort, plus longtemps...
Au fil de ces deux années, son fils a eu son bac et a commencé ses études à la fac.
Un mercredi après-midi ordinaire. Ce père chaleureux était étendu sur le canapé. J'étais allongé sur lui, à l'envers, et je le suçais alors qu'il rentrait un doigt en moi.
C'était un mercredi après-midi tout à fait ordinaire, oui... Sauf qu'à ce moment-là, la porte d'entrée s'est ouverte et que le fils est arrivé et a lancé :
-C'est moi ! Un prof est malade et les cours ont été an...
Lorsqu'il a eu retiré ses chaussures et qu'il s'est tourné vers le salon, le reste de sa phrase est resté coincé dans sa gorge. Ensuite, il a menacé son père de tout répéter à sa mère si on ne me renvoyait pas d'où je venais...
Moins de deux semaines plus tard, j'étais dans une nouvelle famille.


Le porte s'ouvre et je reviens dans le présent. Graham entre avec un homme. Il est brun, à peu près de ma taille, et vêtu d'un jean bleu et d'une chemise beige à carreaux sous son épais manteau noir. Ses yeux sont bandés. Graham leur bande toujours les yeux pour qu'ils ne puissent pas revenir seuls. Et aussi pour que nous ne puissions reconnaître nos visages respectifs. Parfois, je m'imagine que l'homme qu'il amène est quelqu'un que je connais et qui m'aime secrètement. Puis je ris de mes idioties.
Je me déshabille, pliant mes vêtements uns à uns, les posant sur le comptoir de la kitchenette. Graham me bande les yeux, et rend la vue à l'inconnu qui va me prendre.
L'excitation monte en moi et mon corps ne le dément pas. J'entends Graham et l'homme lâcher un petit rire en me voyant ainsi. Je tends l'oreille afin de palier à mes yeux bandés. L'homme s'approche de moi. Il m'attache les mains dans le dos. J'ai vaguement conscience d'entendre un fauteuil craquer, signe que Graham s'est assis, mais ce qui m'intéresse le plus, ce sont ces mains sur mon corps. L'homme me pousse au sol sans douceur, me rattrape juste à temps pour que je ne me casse pas le nez. Il me retourne sur le dos et me pénétre d'un coup sec après m'avoir soulevé par les genoux. J'étouffe un grognement de surprise. Immédiatement remplacé par un gémissement de plaisir. Je sens l'inconnu nouer quelque chose autour de mon pénis érigé, probablement le bandeau qu'il avait sur les yeux. Il reprend sa pénétration tout en me pinçant dûrement les tétons. Ca fait mal. Et j'ai envie de crier "Oui, continue, aime-moi encore plus fort !" Mais je me tais et je laisse mon corps ressentir ce que mon coeur ne ressentira jamais.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:07

Chapitre 05

L'homme est enfin satisfait. Et moi aussi par la même occasion. Mon corps sale est tremblant, couvert de semence.
J'entends de l'eau couler dans la salle de bain. Bientôt, Graham me porte dans ses bras. Il me dépose dans la baignoire, ferme la porte, et il s'accroupit auprès de moi. Là, il retire le bandeau qui couvre mes yeux.
-Ca va ? me demande-t-il.
Je hoche la tête.
-S'il demande à te revoir, je peux accepter alors ?
J'acquièsce à nouveau. Graham me sourit. Il se relève, et la main posée sur la poignée de la porte, lance par dessus son épaule :
-N'oublie pas, répétition demain à quatorze heures.
-Je sais.
Il quitte la pièce. La lumière m'agresse les yeux, je préfère les garder fermés. Je lutte contre les somnolences dues à la codéïne et à la jouissance. Ma fatigue finit par l'emporter.


Je me réveille lorsque je sens qu'on me sort de l'eau froide. J'ouvre les yeux et je croise le regard noir, soucieux, d'Harry.
-Tu es vraiment irresponsable, râle-t-il en voyant que je suis réveillé.
-Je sais.
-Si tu es enrhumé, ne viens pas te plaindre.
-Ok.
Harry est torse nu, sûrement pour ne pas se mouiller. Il m'habille de son peignoir, le mien est resté dans ma chambre ce matin. Une serviette sur son épaule, il me porte dans ses bras et m'emmène jusqu'à sa chambre. Je suis fourbu de fatigue, je grelotte, mais si lui aussi veut m'aimer ce soir, je ne refuserai pas.
-Cet imbécile t'a encore amené un client ? demande-t-il en me déposant doucement sur son lit.
-Il ne m'a pas forcé. Graham ne m'a jamais forcé à rencontrer ces types.
-Mais pourquoi tu ne me demandes pas, quand tu as envie ? demande Harry d'une voix énervée.
-Je t'ai demandé, hier soir, mais j'étais trop sale pour toi ! je réponds en tournant la tête, regrettant mes paroles au moment-même où elle franchissent mes lèvres.
J'entends les dents de mon colocataire s'entrechoquer, sa mâchoire grincer furieusement. Il quitte la chambre. J'ai envie de le rappeler mais je n'ose pas. Alors je ferme les yeux.
Quelques instants plus tard, je sens des mains sur mes jambes. Je n'ai même plus la force de bander, ni le courage de le regarder en face. Jusqu'au moment où je réalise qu'il est en train de m'habiller.
-Qu'est-ce que tu fais ? je demande en ouvrant brusquement les yeux.
-Ca ne se voit pas ? Soulève les fesses.
Il est en train de me mettre en pyjama, comme on habille un enfant. Je le laisse faire. Je n'ai plus de forces, de toute façon. Il me retire complétement le peignoir et me passe le haut du pyjama.
-Couche-toi, fait-il de sa voix bourrue.
J'obéis. Il repart avec le peignoir humide et je regarde les muscles qui jouent dans son dos. Harry a vraiment un corps superbe. Je me demande parfois pourquoi je le regarde autant. Je pense que c'est parce que je l'envie d'être aussi beau, viril, et sexy alors que je suis si petit et minable.
Il revient. Il éteint la lumière, se déshabille. Je le sens se coucher à côté de moi, en boxer.
-Bonne nuit, dit-il.
J'hésite, puis...
-Dis ?
-Hmm ?
-Tu ne voulais pas... Je suis moins sale qu'hier.
-Tu es surtout frigorigié et exténué.
Il remonte les couvertures sur moi, puis me prend dans ses bras. Je me dégage de son étreinte et lui tourne le dos. J'ai trop peur qu'il se rende compte que j'aime être blotti contre sa poitrine large, au creux de ses bras protecteurs. Trop peur qu'il entende mon coeur battre.
Je l'ai vexé. Il se retourne. Soulagé, je ferme les yeux et sombre dans le sommeil.


Nous arrivons chez Graham à quatorze heures pile. Les répétitions se passent toujours chez lui. Il a aménagé une salle insonorisée spécialement pour cela dans sa grande maison, avec nos instruments, un micro, des enceintes.
Gwenn est déjà arrivé, et nous salue jovialement depuis l'arrière de son synthétiseur.
-Salut, répond Harry avec un sourire.
Je fais juste un signe de la tête. Je bois un verre d'eau. Mes pastilles me manquent, mais j'évite de montrer ça à tout le monde.
-Ca va Sven ? me demande Graham.
Je hoche la tête.
-Il s'est endormi dans son bain, hier soir, fait Harry d'un ton lourd de repproche. J'espère qu'il ne va pas s'enrhumer.
-Maman poule a sauvé son poussin de la pneumonie, répond Graham avec un sourire railleur.
-Je ne vous permets pas, fait Harry d'une voix beaucoup trop calme. Je connais mieux Sven que vous ne le connaîtrez jamais.
Ses poings serrés et la petite veine qui bat à sa tempe démentent son ton posé. Qu'est-ce qui lui prend ?
Heureusement, le roquet albinos arrive à point nommé.
-'Lut, lance-t-il en franchissant la porte.
-John, il ne manquait plus que toi, fait Gwenn. Je discutais avec Graham avant que vous n'arriviez et il a une super nouvelle à nous annoncer.
Graham nous fait patienter, croisant lentement ses longues jambes et posant ses mains sur ses cuisses. Il retire une poussière imaginaire de son pantalon de toile noire, remonte sur son nez ses lunettes aux montures dorées.
Puis il nous regarde.
-La chanteuse Eillary vient dans une semaine. Elle veut que vous enregistriez un single avec elle.
-C'est génial ! s'écrie Gwenn.
-Eillary ? demande Harry. La gamine blonde habillée en poupée Barbie ?
-Elle est connue partout dans le monde, répond Graham. Enregistrer un single avec elle nous fera connaître partout.
Je triture un anneau à mon oreille oreille droite tout en réfléchissant, puis je demande :
-Ca cadre vraiment avec notre style de musique ?
-Evidemment, répond Graham.
Il sort un CD de la starlette, et le met dans sa chaine hi-fi. La musique de la pouffe blonde ne m'inspire pas plus que ça, mais finalement, je m'en fous.


Chapitre 06

Vers dix-huit heures, nous arrêtons les répétitions. Nous rangeons notre matériel méticuleusement et nous gardons un double des partitions afin de nous entraîner de notre côté. Finalement, la chanson sur laquelle nous devons accompagner Eillary n'est pas mal, une fois qu'on s'y habitue.
-Bon travail et à lundi, nous lance notre manager.
J'emboite le pas à Harry en direction de la sortie, mais Graham pose une main sur mon épaule.
-Sven, j'aurais encore quelques détails à voir avec toi.
-Je t'attends dans la voiture, me fait Harry par dessus son épaule.
-Pas la peine, je le ramènerai quand nous aurons terminé, lui répond Graham.
J'ignore le regard noir de Harry. Ils partent tous. Graham et moi quittons la salle insonorisée par une autre porte qui méne dans un couloir.
-Tu veux boire quelque chose ? me demande le manager.
-Juste un verre d'eau, je réponds en sortant mon flacon de pastilles de ma poche.
-Encore cette merde ?
-J'ai un peu mal à la gorge, c'est juste pour éviter d'avoir de la fièvre et d'être malade.
Je mens éhontément, et Graham le sait, mais il me précède à la cuisine où il me sert un verre d'eau fraîche. J'y mets fondre deux comprimés. Je demande :
-De quoi vouliez-vous me parler ?
-De toi. Tu étais si sexy hier soir, j'avais vraiment envie de te toucher. Mais devant un client, ça ne se fait pas. Et après, dans la salle de bains, tu étais trop mal en point, tu me faisais presque pitié.
-Je n'ai pas besoin de pitié.
-Je le sais, répond Graham avec un rictus. C'est pourquoi je n'ai pas l'intention de me retenir ce soir.
Sa main glisse autour de ma taille et se pose sur mes fesses. Je manque de lâcher mon verre. Je le pose sur le plan de travail et je me rapproche de Graham afin de lui donner un meilleur accès.
-Bon garçon, fait-il avec un sourire carnassier. Retourne-toi. Et défais ton pantalon.
Docile, j'obéis. En m'appuyant sur le plan de travail, je vois que les comprimés ont entièrement fondu. Je m'empare du verre que je manque de renverser lorsque Graham me pénétre brusquement. Je bois le contenu amer en vitesse et je repose le récipient avant de le laisser tomber. Le manager passe ses mains sous mon t.shirt noir et me pince durement les tétons. Une douleur vive me traverse. Je ferme les yeux.
-Tu devrais te percer ici, chuchotte le vieil homme à mon oreille. Tu serais encore plus sexy.
-J'y songerai...
Une main descend sur mon ventre et s'empare de mon érection qu'elle serre avec force. Je serre les dents. Ca fait mal...
-Tourne-toi.
Je lui fais face. Je sais ce qu'il attend de moi alors je me baisse et je le prends dans ma bouche. Il jouit. J'avale le plus possible, mais sa semence coule sur mon menton, dans mon cou, tache l'encolure de mon t.shirt.
Graham rajuste son pantalon et me fait :
-Au fait, j'avais vraiment quelque chose à te dire. Eillary adore tes textes, et elle aimerait que tu lui écrives quelques chansons.
-Vraiment ? je demande interloqué.
-Oui. Vous en parlerez plus en détail la semaine prochaine lors de sa venue. On y va.
Je me rhabille en vitesse, prends un morceau d'essuie-tout au passage et me nettoie sommairement le visage. Je récupère ma veste en salle de musique, et nous traversons la cour. Harry est toujours là, adossé à sa clio.
-Bon, inutile que je te ramène, dit Graham avec un sourire moqueur. Maman poule a attendu son poussin.
Harry ne relève pas. Je monte à côté de lui, sans un mot. En silence, nous rentrons. Je sens posé sur moi le regard désapprobateur de mon colocataire, mais je l'ignore.

Dès que nous arrivons, je me précipite à la salle de bain. Je me rince la bouche, et une fois que le goût acre du sperme l'a quittée, je me brosse les dents. Je retire mon t.shirt taché, que je mets dans la corbeille à linge sale. Puis j'ôte le reste de mes vêtements et je me faufile sous la douche. L'effet bienfaisant de l'eau chaude détend mon corps en même temps qu'elle le lave. Les yeux fermés, je me savonne, je me rince. Puis je sors de la douche.
Le peignoir que j'avais abandonné dans ma chambre la veille au matin est sec, suspendu à la porte de la salle de bain à côté de celui de Harry. Je l'enfile, et sans même le nouer, je quitte la salle de bain. Mon colocataire est assis dans le fauteuil, un livre à la main.
Il doit sentir mon regard sur sa nuque, car il referme vivement son livre et pousse un soupir.
-J'ai une petite amie, annonce-t-il.
Je suis heureux qu'il ne se retourne pas pour me regarder. Je ferme le peignoir et je réponds :
-Toutes mes félicitations. Je suis content pour toi. J'espère que vous serez heureux.
Avec un sourire que j'essaye de rendre réel, j'ajoute :
-De toute façon, ça ne change pas grand chose. Tu ne me baises presque plus...
Harry se lève et pivote pour me regarder. Ses yeux noirs sont tristes. Je ne comprends pas pourquoi. S'il a une petite amie, s'il l'aime et si elle l'aime, il n'a aucune raison d'être triste.
-Que ce soit moi ou quelqu'un d'autre, ça ne change rien, hein ?
Sa question n'en est pas vraiment une. Je lui réponds quand-même.
-Non, ça ne change rien. Une bite, c'est une bite. Vous comptez emménager, ta petite amie et toi ?
Harry ne prend pas la peine de me répondre. Il me fonce littéralement dessus, et me porte sur son épaule, tel un sac à patates. Il prend la direction de sa chambre et me laisse tomber sur son lit. Là, il arrache la ceinture de mon peignoir. Il chevauche mes hanches afin de m'immobiliser. Il retire mes bras des manches du peignoir. Puis avec la ceinture, il me noue les poignets qu'il attache aux barreaux du lit.
-Nous allons bien voir si une bite est une bite, fait-il.
Son regard furieux et sa mâchoire crispée devraient me faire peur. Toutefois, au lieu de la peur, c'est l'excitation qui monte en moi.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:08

Chapitre 07

-J'ai toujours rêvé de t'avoir à ma merci, dit mon colocataire, un sourire vicieux aux lèvres. Cette dernière fois sera la meilleure.
-Derniè...
Je n'ai pas le temps de terminer ma phrase. Ses yeux plus noirs que jamais, Harry se penche vers moi et léche mes lèvres. Il est déloyal, il est le seul de mes amants à m'embrasser. Mais il l'ignore. J'essaye de résister. Mais mon corps me trahit. Ma bouche céde le passage à sa langue. Il m'embrasse dans un baiser passionné auquel je ne peux que répondre. Rien que sa langue me rend fou, j'ai peur de ne pas survivre quand tout son corps sera en action.
Il relève la tête de quelques centimètres, un sourire malicieusement diabolique aux lèvres. Son regard noir est devenu aussi brillant que de l'or liquide. Il se léche les lèvres, et inconsciemment, je l'imite, dans l'attente de la suite.
Son visage plonge dans mon cou, où ses lèvres et sa langue parcourent ma peau couverte de frissons. Il suit lentement ma chaîne en argent, en direction de ma poitrine, remonte de l'autre côté. Puis il redescend, contourne mon pendentif en forme de croix, mordille ma poitrine.
-Arrête, ne laisse pas de traces, dis-je en me tortillant dans l'espoir de me détacher de cette torture.
-Comme si tu avais le choix, rit-il.
Sa langue reprend là où ses dents se sont arrêtées, en direction d'un téton durci. Je baisse les yeux et je vois que ma peau blanche prend des nuances de rouge là où il m'a mordu. Toutefois, cela ne me préoccupe plus. Sa bouche sur mon corps me rend incapable de penser. Alors je ferme les yeux et je me détends, soumis. Comme il l'a dit, je n'ai pas le choix, de toute façon.
Sa bouche aspire mon téton et je sursaute, surpris. Il me mordille et je ne peux m'empêcher de gémir de plaisir. Ses mains sont posées sur mon ventre, et un doigt tourne autour de mon nombril en cercles concentriques, alors que sa langue trace une trainée brûlante jusqu'à mon autre téton. Il le mordille plus fort que son jumeau, et je penche la tête en arrière.
J'aime cette douleur qui me traverse. Plus j'ai mal et plus je me sens aimé. Je veux qu'Harry me fasse encore plus mal. Mais au contraire, il léche mon téton meurtri pour se faire pardonner.
J'ai envie de hurler de frustration. J'ai envie qu'il me prenne. Maintenant. Violemment. Sans ces baisers qui ne servent à rien. Je veux être aimé ! Mais Harry ne comprend pas.
Sa main quitte mon nombril pour s'emparer de mon érection, rejointe par sa bouche. Tout mon corps tressaille lorsque sa langue taquine le sommet de mon pénis. Il me léche, comme s'il tenait un cône glacé. Je serre les poings sans prendre garde aux ongles qui creusent mes paumes.
Un hoquet franchit mes lèvres lorsqu'il me prend entièrement dans sa bouche. Mes hanches bougent d'elles-mêmes, cherchant leur propre rythme, plus rapide. Les mains de Harry se posent alors sur mon bassin afin de me maintenir plaqué sur son lit. Je lâche un râle de frustration, alors que ses lèvres remontent lentement le long de mon pénis, faisant glisser sa langue humide. Puis il redescend, toujours aussi doucement. Remonte.
Je suis à l'agonie, mon corps va se liquéfier sur place. Je tente de me tortiller, mais ses mains me tiennent fermement.
-Har...ry...
Sa bouche me quitte pour demander :
-Quelque chose ne va pas ?
-Plus vite... Plus fort... S'il te plaît...
-Je ne suis pas Graham ou quique ce soit d'autre. Et ce soir, j'aimerais que tu le comprennes.
Je ne suis plus en état de comprendre quoique ce soit, mais il l'ignore et me reprend dans sa bouche humide. Il accélère mais ses mouvements restent doux.
-Prends-moi, je demande d'une voix implorante.
-Pas encore, me répond Harry avant de m'avaler.
Il accélère encore ses mouvements buccaux, et c'est plus que je n'en puisse supporter. Mon corps se tend comme un arc, et la pression accumulée par toutes les caresses d'Harry se relâche. Je jouis dans un cri rauque. Un dernier spasme, et je m'éffondre sur le lit comme si j'étais tombé de plusieurs mètres de haut.
Harry se poste en face de moi. J'écarte mes jambes levées, dans l'attente d'une pénétration. Mon colocataire dépose un simple baiser sur mon front, et se recule.
Quoi ? fini ? J'ai envie de hurler. J'en veux plus !
Harry me prend par la taille et me retourne comme une crêpe. Il plie mes jambes pour me positionner à quatre pattes. Il dépose un baiser sur ma nuque, puis descend lentement, le long de ma colonne vertébrale. Il glisse ses longs doigts fins dans ma bouche, et je ne peux m'empêcher de les lécher avec déléctation. Sa main quitte ma bouche, et rejoint la sienne en train de me pénétrer de la langue. Le dos cambré, je gémis lorsqu'il introduit un doigt en moi. Il fait de lents vas et viens. Mon pénis, qui n'a pas eu le temps de débander, devient encore plus dur. Un deuxième doigt rejoint le premier. Puis un troisième.
-S'il te plaît...
Harry retire ses doigts et demande :
-Oui, tu disais ?
Le vide en moi se fait insoutenable.
-Je veux plus... Prends-moi...
-Patience, je viens à peine de commencer.
-S'il te plaît, je n'en peux plus...
J'ignore si ce sont mes supplications ou sa propre envie qui le font changer d'avis. Toujours est-il qu'un bruit de braguette attire mon attention derrière moi. Bientôt, Harry se positionne derrière moi. J'écarte davantage les jambes, mais il se contente de glisser contre moi. Puis il se recule. Tout en tournant la tête pour le regarder, je ne peux m'empêcher de m'écrier :
-Non !
Harry est en train de déboutonner sa chemise. Je ne peux m'empêcher d'admirer sa poitrine large, ses bras puissants. Il retire ensuite son pantalon et son boxer tout en me regardant droit dans les yeux, avec un sourire en coin. Et là, c'est plus fort que moi : je lui en veux. Il n'a pas le droit d'être aussi beau ni aussi sexy !
Il s'avance à nouveau vers moi, prêt à me pénétrer. Et avant que je n'aie le temps de fermer ma bouche, une phrase s'échappe.
-Fais-moi face.
-Et pourquoi ? Je ne suis qu'une bite !
A peine a-t-il terminé sa phrase qu'il me pénètre d'un violent coup de reins. Il sort, et rentre à nouveau. Ses mains passent sous mon ventre, remontent jusqu'à trouver mes tétons. Ses doigts fins et agiles me pincent alors que son pénis dur s'enfonce en moi, de plus en plus loin dans mon ventre. Les yeux embués de larmes, je ne distingue plus rien. Je mords l'oreiller pour étouffer mes gémissements.
Je suis sur le point de connaître le plus grand orgasme de ma vie. Mon corps me brûle, la pression se fait si forte que je vais devenir fou.
Et en effet, je deviens fou. Car Harry s'arrête. Il s'allonge à côté de moi, un sourire aux lèvres.
-Puisque je ne suis qu'une bite, achète-toi un gode pour finir. J'en ai assez pour ce soir.
-Tu n'as pas le droit de t'arrêter comme ça ! je m'écrie, outré.
Je le regarde, implorant.
-Tout ce que tu voudras, mais continue, s'il te plaît.
-Tout ce que je voudrai, hein...
Je me tourne sur le côté pour lui faire face. Je hoche la tête, l'esprit vide. Tout ce que je veux, c'est qu'il finisse ce qu'il a commencé, qu'il éteigne au plus vite le brasier qui me consume. Harry m'enlace. Son corps roule sur le mien. Ses bras puissants soulèvent mes cuisses.
-Sois à moi, murmure-t-il à mon oreille. Rien qu'à moi.
Dans un sursaut de lucidité, je pense à sa petite amie. Mais le pénis qui rentre à nouveau en moi, centimètre par centimètre, me vide la tête.
-Oui, tout ce que tu veux... mais viens.
Il se hausse sur les genoux pour avoir plus de latitude, et me pénétre complétement. Mes jambes se nouent d'elles-mêmes autour de ses reins. Son visage s'approche du mien et il s'empare de ma bouche alors que ses mains caressent mes joues, mon front, mes cheveux...
La pression qui avait quelque peu quitté mon corps revient de plus belle. A nouveau au bord de l'orgasme, je me cambre davantage pour offrir à mon colocataire un meilleur angle. Mes mains sont soudainement libérées, je les passe autour du cou d'Harry, gémissant.
Encore quelques coups de reins et j'explose. Un feu d'artifice éclate devant mes yeux alors que mon corps tremble de tout son long. Harry me suit de près et le sentir jouir en moi prolonge encore mon orgasme. Mon râle de plaisir n'en finit pas, à tel point que ma voix se casse.
Je ne me rends compte que je pleure qu'au moment où je sens Harry lécher mes larmes. Il ne dit rien. Il rabat simplement les couvertures sur nous, et me garde dans ses bras, me retenant fermement quand je compte quitter son étreinte. J'abandonne le combat. Mes yeux se ferment. A l'abris de ces bras protecteurs, je m'endors sans que la codéïne n'effleure mon esprit.


Chapitre 08


Je me réveille blotti contre la poitrine large et protectrice d'Harry. Le soleil innonde la pièce. Jamais je n'ai dormi aussi tard. Etais-je fatigué à ce point ?
A regrets, je quitte le corps chaud de mon colocataire, et je me lève. Je suis endolori mais curieusement, je ne me suis jamais senti aussi bien. Je récupère mon peignoir, ainsi que sa ceinture encore emmélée aux barreaux du lits. Mes yeux se posent sur le visage endormi d'Harry. Sentant mon coeur s'emballer, je sors de la chambre et me dirige à la salle de bains.
Pourquoi m'a-t-il demandé à être mon seul amant, hier ? Il a pourtant une petite amie. Il ne devrait avoir besoin de rien d'autre...
Je ne comprends pas trop, mais je ne cherche pas. Il veut que je sois à lui, je serai à lui. Après tout, comme je l'ai dit hier, une bite est une bite. Mais s'il refuse ou s'il n'est pas disponible, je ne vais pas me gêner pour tendre les fesses à Graham ou à qui que ce soit d'autre. De plus, s'il veut tromper sa petite amie, ce n'est pas mon problème. Que ces deux-là fassent ce qu'ils veulent de leur couple.
Je jette un oeil à mon reflet, étalant la mousse à raser sur mon visage. Mes traits sont plus détendus que d'habitude, mes yeux sont plus brillants.
A qui appartient cette expression que je n'avais jamais vue auparavant ?
Chassant ces pensées inutiles, je me rase, me brosse les dents, et je prends ma douche. Je regrette un peu de me défaire de l'odeur de Harry sur mon corps. Mais je sais qu'il me sautera quand je le voudrai...
Je file m'habiller dans ma chambre, abandonnant mon peignoir dans un coin, et je quitte l'appartement, descendant à la boulangerie. Aujourd'hui est une journée fraîche mais ensoleillée. Je remarque la femme que j'ai repérée il y a deux jours, vêtue de haillons et flanquée de ses deux mômes. Je poursuis mon chemin, et j'achète mes baguettes et mes croissants. Je rentre le plus rapidement possible.

Lorsque je regagne l'appartement, du bruit dans la salle de bains me fait savoir qu'Harry est levé.
-C'est toi Sven ? me demande-t-il à travers la porte.
-Non c'est le pape.
J'entends mon colocataire lâcher un petit rire. Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, mais je ne dis rien. Je fais couler le café, je retire ma veste, et je presse deux oranges tout en me disant qu'Harry aura besoin de forces ce week end.
Il sort de la salle de bains, en boxer, et sans savoir pourquoi, je n'arrive pas à croiser son regard.
-Bien dormi ? je demande en me concentrant plus que nécessaire sur mes oranges.
Harry me regarde, appuyé nonchalamment au dossier fauteuil. Il ne répond pas, mais son sourire en coin en dit long.
Je le regarde, et je sens mes joues me brûler. C'est ridicule, c'est Harry ! Le même qu'il y a treize ans, avec la même gueule de sale gamin, et même si ses épaules se sont un peu étoffées, même si ses bras ont forci, c'est toujours lui.
-Serait-il possible que mon corps d'Appolon te fasse de l'effet ? demande-t-il.
-Méfie-toi, Appolon, sinon, Diane, va partir à ta poursuite afin de te chasser, je réponds en lâchant un petit rire forcé.
Diane, déesse de la chasse et de la lune, est le symbole du groupe que nous avons lancé, Harry et moi, il y a une bonne dizaine d'années. Nous nous sommes appelés D.D., pour Dark Diana.
Dans la mythologie, Diane souhaitait une virginité éternelle, sans se marier, et passait ses journées à chasser. Etant donné mon comportement libertin et mon humeur lunatique, nous nous sommes dit que Dark Diana me représentait, en allant à la chasse, non pas aux biches, mais aux hommes.
Nous faisions des concerts dans des petits bars, le soir. Moi à la guitare et au micro, Harry à la batterie. Cela a duré près de cinq ans. Jusqu'au jour où Graham nous a repérés. Il a ajouté John et Gwenn à notre groupe. D.D. était complet.

Lorsque je reprends le sens des réalités, Harry est debout devant moi. Il me prend par le poignet et porte mes doigts à sa bouche, où du jus d'orange a coulé pendant mon inattention. Il me suce comme il le faisait hier avec une autre partie de mon anatomie, et mon corps réagit à cette caresse.
-Tu peux me chasser autant que tu veux, fait-il après avoir embrassé ma paume. Je ne te fuirai pas.
Il tire sur mon bras, et je me retrouve plaqué contre lui. Du bout du doigt, il me soulève doucement le menton, et s'empare de mes lèvres. Je sens mon coeur s'emballer lorsque ses mains se glissent sous mon t.shirt et caressent ma peau.


Après un week end rose, nous passons une semaine noire. Les répétitions durent jusque tard le soir, afin d'être au point lors de l'arrivée d'Eillary. Nous nous sommes à peu près approprié la chanson, mais Graham nous fait recommencer sans relâche, jusqu'à ce que nous soyons parfaits.
Etonnament, le jeudi, Harry ne sort pas chez ses amis. Je me dis qu'il n'a pas vu sa petite amie de la semaine, mais c'est son problème. S'il préfère se reposer pour être au top pour l'arrivée de la chanteuse, tant mieux.
En effet, le vendredi, alors que nous arrivons chez Graham, il nous présente en bonne et due forme la starlette. Elle est vêtue d'une mini-jupe rose, de bas, et d'un petit pull angora blanc échancré aux épaules. Je repense à la manière dont Harry parle d'elle, Poupée Barbie, et un sourire me monte aux lèvres. Toutefois, Eillary semble se méprendre sur le sens de mon sourire, car elle me saute au cou.
-Sven ! lance-t-elle, quelle joie de te rencontrer. Je te trouve vraiment fantastique.
-C'est un plaisir, je réponds sans en penser un traître mot.
Les joues de la pouffe deviennent aussi roses que sa robe. Elle salue ensuite John, Gwenn et Harry.
-Eillary va écouter ce que vous avez fait de la chanson que son manager nous a envoyée. Elle effectuera quelques modifications si besoin, et s'entraînera avec nous jusqu'à lundi, expliqua Graham. Mardi, si tout va bien, nous enregistrons.
-Tout ira bien, j'en suis sûre, Graham, fait Eillary avec un sourire à mon attention.
Elle sourit et ajoute :
-Mercredi et jeudi, nous aurons des séances photos pour la couverture du single, et pour faire de la pub. Ensuite, vous pourrez reprendre vos emplois du temps habituels.
-Vous pourrez vous reposer les trois jours suivants, annonce Graham. Je préfère vous en faire faire un peu moins et que tout se passe bien, plutôt que trop tirer sur la corde et qu'elle craque.
Il me sourit.
-Ca va Sven ?
Je hoche la tête. Ce vieil idiot ne m'a pas baisé depuis une semaine. Il doit être impatient que ce single avec la pouffiasse soit terminé afin de m'avoir à nouveau pour lui. Il ne sait pas encore qu'Harry a un contrat d'exclusivité sur moi.
Finalement, que ce soit Harry ou un autre, ils me traitent tous comme un objet. Mais je m'en fous. Tant que j'ai quelqu'un pour me sauter, le reste n'a que peu d'importance.
-Alors c'est parti, fait Graham. Montrez un peu à Eillary comme vous avez travaillé dur cette semaine.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:10

Chapitre 09

-C'était vraiment merveilleux, fait Eillary après que nous ayons chanté sa chanson ensemble. Sven, tu es vraiment génial.
Elle me saute au cou et s'y suspend littéralement.
-Je ne suis pas le seul membre de groupe.
-Mais c'est ta voix. Et ta guitare.
Eillary se tourne vers mon manager et fait :
-Graham, que penses-tu de laisser le week end à tes garçons afin de décompresser et se reposer ? Ils sont déjà au top. Nous répéterons un coup lundi, et nous pourrons enregistrer mardi sans problème.
-Tu es sûre ? demande le vieil homme méfiant.
-Oui !
-Hé bien d'accord...
Je sens la réticence de Graham mais je ne dis rien. J'ai très envie de me reposer moi aussi, après tout.
-Sven, j'aimerais t'inviter à dîner, lance Eillary avec un sourire mielleux. Nous pourrions parler des paroles que j'aimerais que tu écrives pour moi.
L'idée de dîner en tête à tête avec elle ne me tente pas du tout. Toutefois, je n'ai jamais su comment m'y prendre avec la gente féminine.
-Sven est comme nous tous : très fatigué, intervient Harry. Si vous souhaitez le voir, passez déjeuner à la maison demain à midi. Vous pourrez parler paroles autant que vous le voudrez. Je ne vous dérangerai pas.
La starlette fait une moue déçue, puis dit d'un ton dédaigneux :
-Ah oui, Graham m'avait mise en garde contre maman poule.
Harry fait mine de n'avoir rien entendu. Séchement, elle ajoute :
-Très bien, demain midi chez vous. Merci pour l'invitation.
Je suis rassuré. Même si Harry dit qu'il ne nous dérangera pas, je sais que je ne serai pas seul avec elle. Elle a à peine vingt ans, et même si elle veut passer pour une femme sûre d'elle-même, elle ne reste qu'une gamine prétentieuse. Elle dépose un baiser sur ma joue, et après un clin d'oeil, chuchotte à mon oreille :
-A demain Sven.
-A demain, je réponds en essayant de ne pas montrer à quel point l'idée de la revoir le lendemain m'ennuie.

-Quel connard, ce Graham, un jour, je vais lui péter la figure s'il continue, lance Harry tout en passant brusquement les vitesses sur la route qui nous ramène chez nous. "Maman poule"...
-Admets que tu me couves un peu, je dis.
-Bien sûr, tu n'as jamais rien pu faire par toi-même. Sauf trouver des hommes. Ah pour ça, tu n'avais pas besoin de moi... Mais tu ne t'es pas acheté une guitare seul, tu n'as pas su trouver d'appartement, et tu n'as démarché aucun bar. Tu as même besoin de moi pour sortir du bain.
Ce ne sont pas des repproches, je le sais bien. Harry s'est toujours occupé de moi. Comme si nous étions liés par cette guitare qu'il m'a offerte lorsque je suis sorti de l'hôpital, il y a treize ans. Je n'ai jamais compris pourquoi il agissait de la sorte, je n'y ai même jamais réfléchi. Tout ce que je sais, c'est que je n'ai aucune raison de faire quoique ce soit puisqu'à un moment ou à un autre, il finira par le faire.
Parfois, j'ai envie de lui demander s'il m'aime au moins un peu, malgré toute cette pitié qu'il ressent pour moi.
Graham comprend pas mal de choses rien qu'en observant. Mais il y a une chose sur laquelle il s'est trompé. Je ne suis pas le poussin de maman poule. Je suis le vilain petit canard, et un jour, Harry me renverra comme tous l'ont fait jusqu'à maintenant. D'autant plus qu'il a une petite amie, à présent.
Il demande l'exclusivité de mon corps, mais c'est pour mieux m'abandonner ensuite. C'est pourquoi cette exclusivité, il l'aura partiellement. Tant qu'il pourra me satisfaire, il l'aura. Mais lorsqu'il ne pourra pas...


Ce soir-là, comme tous les soirs depuis ce week-end, je dors près d'Harry, sans baiser. Il se contente de me serrer dans ses bras et curieusement, la chaleur de son corps contre le mien, l'étreinte de ses bras, son souffle dans mes cheveux, tout cela me suffit. Je ne refuserais pas s'il me proposait un coup, mais je n'en ai pas réellement envie.
Je dois être réellement fatigué pour ne pas avoir envie de sexe et pour m'endormir sans codéïne...
Cette nuit-là, un rêve étrange visite mon sommeil. Je me vois seul, dans ma chambre. Je tiens un gode dans ma main. Allongé sur le côté, je m'enfonce le gode d'une main et me branle de l'autre. Mais curieusement, je me sens vide. Graham arrive, retire le gode, me prend. Je suis toujours aussi vide. Il me manque quelque chose, quelque chose d'essentiel mais que je n'arrive pas à définir. Une file d'hommes sans visages arrive, ils me pénétrent tous les uns après les autres. Pourquoi est-ce que je me sens aussi vide ?
Je me réveille avec un goût de métal dans la bouche, et une indéscriptible envie de pleurer. J'ai terriblement froid, je grelotte. Je ne comprends plus rien. Pourquoi une bite ne me ferait plus d'effet, pourquoi cela ne comblerait-il pas le vide que je ressens depuis si longtemps ?
Je me blottis davantage contre Harry, puisant dans sa chaleur afin de réchauffer mon corps gelé. Mon colocataire doit sentir ma détresse, à moins que ce ne soit mon corps froid qui le réveille. Il ouvre les yeux et me serre davantage contre lui, passant ses mains dans mon dos, sur mes épaules, mes bras, pour me réchauffer.
J'ai envie d'expérimenter mon rêve. Je dois vérifier si une bite ne me fait plus rien, si ça ne peut plus combler le vide que je ressens. Contre mon ventre, dans le boxer d'Harry, une érection commence justement à prendre naissance.
Sans prendre le temps de réfléchir, je roule sur lui. J'embrasse ses lèvres, les léchant et les goûtant avec frénésie, comme si je mourais de soif et que sa bouche était une source d'eau fraîche. Ses mains se posent sur mes reins, qu'elles massent avec douceur. Mes lèvres quittent les siennes et se posent sur sa poitrine, où je léche ses tétons sensibles. Puis je les mordille, et Harry ferme les yeux, gémissant. Chevauchant les hanches de mon colocataire, je caresse son érection de mon entrejambes, et je sens son pénis prendre encore plus de volume sous moi. Il se tortille alors que je le mordille encore plus durement. Je pose une main sur son boxer gonflé et brûlant. Un frisson le parcourt, raidissant davantage ses tétons. Il est vraiment sensible. J'ai envie de l'entendre me supplier. Puis je me souviens : mon but est de savoir si une bite me fait toujours de l'effet.
Alors je nous retire nos boxers en deux temps trois mouvements. Je suce le pénis raide et gonflé de mon partenaire, et je m'empale dessus. Harry et moi poussons le même gémissement de bonheur. Rassuré par l'effet que produit ce sexe en moi, je m'appuie sur les mains que mon colocataire tend devant lui pour me retenir, et je bouge de haut en bas. Mes cuisses me font mal, mais je ne m'arrêterais pour rien au monde. Cette sensation d'être possédé et aimé est trop bonne pour que je m'arrête à mi-chemin.
Lorsque je sens Harry jouir en moi, m'emplir de sa semence, je ne peux plus résister et je laisse les vagues de l'orgasme m'emporter. Les bras puissants qui me retenaient n'ont plus de force, je m'écrase sur ce corps adoré, contre cette poitrine magnifique, au creux de ses épaules larges et protectrices.


Chapitre 10

Lorsque je me réveille à nouveau, le soleil innonde la chambre. Je suis toujours allongé sur le corps d'Harry, et il me tient serré dans ses bras. Je croise ses yeux noirs grands ouverts. Il me sourit tout en caressant mes cheveux en bataille. Gêné, je m'échappe de cette étreinte mais Harry me rattrape, m'attire à lui, et m'embrasse.
-Bonjour, dit-il avec un sourire. Bien dormi ?
Je hoche la tête, et parviens enfin à me dégager de ses bras. Il ne va tout de même pas agir comme si nous étions un couple, surtout qu'il a déjà une petite amie. Je vais à la salle de bain où je me brosse les dents, puis me rase. Mon reflet montre un visage d'adolescent aux joues rouges et aux yeux bleus brillants. Qu'est-ce qui m'arrive en ce moment ?

Lorsque je sors de la salle de bains, Harry est déjà au fourneaux. Il faut admettre que nous nous sommes levés à onze heures. Pour un insomniaque, je suis en grands progrés je trouve. Je vais dans ma chambre choisir des vêtements. J'opte pour un jean noir et un débardeur de la même couleur.
Je surveille la cuisson pendant que mon colocataire va se laver, et ma guitare à la main, j'enchaîne distraitement des accords. Je repense à ma nuit avec Harry. J'ai eu tellement peur, en me réveillant après mon rêve. Mais ce n'était qu'un rêve qui ne signifie rien. Heureusement... Si j'avais perdu cette capacité à me faire aimer par le sexe, je crois que je n'aurais pas survécu.

On sonne au moment où Harry sort de la salle de bains, en peignoir. Il se dirige vers la porte mais je lance :
-C'est bon, j'y vais.
Il ne va tout de même pas se promener à moitié nuit devant cette poupée Barbie !
Ma vieille guitare à la main, je vais ouvrir. Eillary est là, vêtue d'une mini-jupe rouge, d'escarpins assortis, et d'un haut blanc sans manches noué au dessus du nombril. Elle tient son sac de la main droite, et un long manteau blanc est plié sur son bras gauche.
-Bonjour Sven, dit-elle avec un sourire qui me fait penser à une publicité pour du dentifrice.
-Bonjour.
Je suis heureux que ses mains soient encombrées, ça lui évite de me sauter au cou. Je l'introduis dans le salon. Là, elle pose son sac et son manteau sur l'unique fauteuil, et m'enlace.
-Ca me fait si plaisir de te revoir, dit-elle en se blottissant contre moi.
Je ne sais que répondre.
-Bonjour, lance Harry en sortant de sa chambre.
Vêtu d'un jean bleu moulant et d'une chemise bleu ciel, il est magnifique. Si ses cheveux noirs mouillés retombant sur son front lui donnent un air sauvage, ses yeux noirs, en revanche, brillent d'une lueur indéfinissable. Colère ? Irritation ? Du coup, Barbie Girl me relâche.
Harry se dirige vers la kitchenette où il reprend sa cuisine.
Ne sachant que dire à mon invitée, je lui propose :
-Tu veux un apéritif ?
-Oui, une coupe de champagne s'il te plaît.
Je manque de m'étrangler, et j'entends Harry tousser pour dissimuler un rire de l'autre côté du comptoir.
-Je n'ai que du martini et du blanc-cassis à t'offrir, je dis en haussant les épaules.
-Alors un blanc-cassis.
-Tu veux quelque chose, Harry ? je demande en m'accroupissant devant le mini-bar.
Je note le regard de dégoût d'Eillary mais ne dis rien. Elle ne pensait tout de même pas que j'allais envoyer Harry dehors pendant notre repas.
-Non, juste un coca, merci, me dit-il.
Je sors trois verres et la crème de cassis que je pose sur le comptoir, puis je passe derrière Harry afin d'atteindre le réfrigérateur dans lequel sont rangés le Coca-Cola et le vin blanc. Je lui souffle au passage sur la nuque, et il se retourne en me souriant.
Lorsque je rejoins Eillary, assise au bout du comptoir sur un des hauts tabourets, sa bonne humeur a encore manifestement baissé d'un cran. Je sers deux verres de Coca-Cola, un verre de blanc-cassis, et je lance :
-Harry, tu viens trinquer avec nous ?
-J'arrive.

-Je vous laisse, je suis dans ma chambre en cas de besoin, annonce Harry après avoir déservi le repas.
Le sourire d'Eillary semble revenir. Cette petite conne a traité Harry comme un domestique. Elle ne voulait même pas qu'il mange avec nous. Je lui ai expliqué calmement mais fermement qu'Harry cuisinait parce que j'en étais incapable, pas pour être traité comme de la merde. Après ça, cette pimbêche n'a plus rien dit.
-Enfin seuls, dit-elle en s'asseyant sur l'unique fauteuil alors qu'Harry refermait la porte de sa chambre.
Je prends place sur le sol, aux pieds du fauteuil,
-Tu as du mal à ce point pour te concentrer, que tu aies absolument besoin d'être seule pour réfléchir à une chanson ? je demande d'un air innocent.
Je dois prendre garde à ne pas vexer la starlette, mais parfois, l'envie de lui coller une giffle me démange.
-Pas pour me concentrer, dit-elle, mais pour te montrer le genre de chansons que je veux.
Elle dénoue le noeud qui maintient son chemisier au dessus de son nombril, et défait les boutons. Elle ne porte pas de soutien-gorge.
-Arrête, je dis en soupirant, je crois que j'ai compris de quel genre de chansons tu parles.
-Non, laisse-moi te montrer, répond-elle en quittant le fauteuil.
Elle s'assoit à califourchon sur mes cuisses, passe un bras autour de mon cou, et m'embrasse alors que son autre main glisse sous mon débardeur, caressant mon dos. J'essaye de la repousser, mais j'ai peur de lui faire mal. Elle rapproche son bassin du mien, se tortillant de manière agicheuse contre mon bas-ventre. Ne sentant aucune érection de ma part, elle prend mes mains et les pose sur sa poitrine. Elle me caresse à travers mon jean, tout en reprenant son baiser. Toujours aucune réaction de ma part. Elle m'interroge de ses yeux d'un bleu délavé, je réponds par un regard moqueur.
J'aurais pu lui expliquer que les femmes ne me font aucun effet. Je préfère lui laisser croire que c'est précisément elle qui ne m'excite pas. Rassemblant le peu de dignité qui lui reste, elle se relève et sans prendre la peine de nouer son chemisier, elle passe son long manteau blanc qu'elle ferme. Elle déglutit et sans me regarder en face, dit :
-Je crois que tu as compris de quel genre de paroles j'ai besoin.
-En effet, je réponds avec un sourire railleur.
Elle récupère son sac et quitte l'appartement.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:10

Chapitre 11

Le week end et la semaine passent très vite. Nous enregistrons le mardi, comme prévu, et faisons ensuite les photos. On nous demande de les faire ensemble le mercredi, et séparément le jeudi.
Je suis donc en train de me changer derrière un rideau, pour la prise de photos. Afin d'être assorti à Eillary, les vêtements que je dois porter sont rouges. Une petite veste en cuir rouge sans manches, qui se ferme par des boucles argentées. La veste se porte sans rien dessous, et m'arrive au nombril. Le pantalon taille basse est également de cuir rouge, tout comme les brassards qui montent du poignet au coude. Les bottes rouges qui terminent l'ensemble possèdent des boucles argentées aussi, afin d'être assorties.
Pendant que je m'habille, les voix d'un photographe et son assistant arrivent jusqu'à moi.
-Je me demandais pourquoi le patron m'a demandé de faire les photos à sa place. Je comprends mieux, maintenant. C'est une plaie de photographier ce type. J'aurais encore préféré m'occuper d'Eillary. Elle est chiante mais au moins, elle sourit et tout ce qu'elle nous demande, c'est d'être jolie sur les photos. Sven, lui, n'en a vraiment rien à foutre et si j'arrive à prendre un cliché où il sourit, ce sera le bout du monde.
-Quand elle se changeait à côté, j'ai entendu Eillary dire qu'il avait des troubles de l'érection, répond l'assistant.
-Des troubles de l'érection ?
-Oui, elle lui aurait fait des avances et il n'aurait pas réagi. Il est peut-être fatigué.
J'ouvre le rideau, un poing serré.
-En effet, je suis fatigué, je réponds.
-Ah, te voilà Sven, fait le photographe avec un sourire gêné. Prends place, nous allons faire les photos.
-Qu'est-ce que ça peut vous foutre, que je bande ou pas ?
-Rien, rien du tout, répond l'assistant. Allez, commençons les photos. Souriez.
-Et si j'en avais marre de sourire ? Et si j'en avais assez que des petites connes prétendent m'aimer parce qu'elle croient que tout va bien et que je leur souris ? Et si j'avais envie de leur montrer que ce métier de merde me fait chier, que je n'ai plus envie de sourire, pas plus qu'être pris en photo dans ce genre de tenues ridicules ?
-Sven ! lance Graham en arrivant. Tu es un professionnel, conduis-toi en professionnel. Ca n'arrange personne d'être ici. Donc tu fais ces photos et plus vite elles seront terminées, plus vite tu pourras rentrer, d'accord ?
Je ne prends même pas la peine de répondre. Graham fouille dans sa poche et donne quelques billets à chacun des deux hommes.
-Vous n'avez rien entendu, d'accord ?
Le photographe et son assistant hochent la tête. Graham pose les mains sur mes épaules, comme s'il voulait m'encourager, mais chuchotte à mon oreille :
-Ce type de comportement est intolérable ! Tu as tout intérêt à bien te reposer ce week end, car la prochaine fois que ça se reproduit, tu es viré. Compris ?
-Comment allez vous vendre les CD sans ma gueule d'ange ? je demande en riant moqueusement.
-Une gueule d'ange, ça se remplace.
Sur ce, le manager quitte la pièce.
C'est bien ce que je pensais. Je suis un jouet entre leurs mains. On m'habille, on me coiffe, on me maquille, on me baise, on me fait faire ce qu'on veut, et quand ça ne va plus, on m'échange... Dire que j'appelais Eillary "Barbie Girl"...


Sur la route du retour, en début de soirée, Harry remarque ma mauvaise humeur.
-Toi aussi, on t'a habillé avec une tenue complétement ridicule ? demande-t-il avec un sourire.
-Si ce n'était que ça, je lâche en soupirant, une main posée sur mon front.
Je n'ai pas spécialement envie de parler de mes soi-disant troubles de l'érection même si Harry pourrait facilement témoigner et démentir l'affaire. En réalité, je me fous de ce qu'on peut penser de moi.
Je réalise alors que ma mauvaise humeur n'est pas due à cette séance de photos. Non, pas du tout.
Mais je sais qu'on est jeudi, et que le jeudi, Harry me laisse seul pour aller chez ses amis. Et surtout, il va voir sa petite amie. Il va m'abandonner pour une fille. De plus, nous avons trois jours de libres, il va peut-être les passer avec elle.
Je ne dis rien, je ne veux pas qu'il sache que tout cela m'affecte. En réalité, je ne sais même pas pourquoi l'idée qu'il aille la voir ne me plaît pas. Après tout, il ne m'a rien promis. En effet, je suis le seul à avoir donné ma parole.
Et puis je n'ai pas eu le temps de voir Graham en privé cette semaine. Il n'aménera donc pas de client.
Alors que nous traversons le centre-ville, je lance :
-Arrête la voiture.
-Hein ? demande Harry. Pour quoi faire ?
Il s'arrête à un feu rouge. Je détache ma ceinture de sécurité et je sors de sa Clio.
-Je rentrerai plus tard. Bonne soirée.
-N'oublie pas ta prom...
Je n'ai que faire de la promesse que je lui ai faite. Je donne mon corps à qui je veux. Toutefois, mon intention de ce soir est toute autre.
Je referme la portière et je fonce en direction du premier café que je vois. J'ai à peine le temps d'allumer une cigarette qu'un serveur vient prendre ma commande. Je demande un café et un verre d'eau.
Le café ne m'intéresse pas. Je n'aime pas ce breuvage. En revanche, le verre d'eau m'intéresse fortement.
J'y mets fondre deux pastilles effervescentes à la codéïne. Et j'attends, en regardant autour de moi. Des adolescents jouent aux fléchettes, une bière à la main. Un couple d'amoureux se tient la main, sans se soucier du monde qui les entoure.
Une fillette capte mon attention en tirant sur ma veste.
-Monsieur ! Monsieur ! Z'avez un bonbon ?
-Elise ! lance sa mère depuis la table voisine.
Je regarde la gamine, puis sur un coup de tête, je lui donne le morceau de chocolat qui repose sur la soucoupe de mon café. Elle me gratifie d'un immense sourire. Je bois ma drogue, je dépose cinq euros sur la table, et je quitte le café. Je longe la rue principale, et bifurque à une petite rue transversale. Si mes souvenirs sont bons, il y a un sex-shop dans le coin.


Chapitre 12

Il est presque vingt heures lorsque je monte les escaliers de l'immeuble menant chez moi. L'ampoule qui éclaire le premier palier a encore été volée. Les gens sont vraiment insupportables, comme si c'était ruineux d'acheter des ampoules. Mais non, c'est plus simple de les piquer. Un jour, le concierge ne les remplacera plus, ça sera bien drôle !
Je suis préparé à passer ma soirée en solitaire, et avec mon beau gode flambant neuf, ça risque d'être moins ennuyeux que prévu. Enfin, je l'espère. Je n'ai jamais testé ce genre d'objets, je préfère un homme en chair et en os, Harry de préférence. Je me revois, comme dans mon rêve, glissant le gode dans mon corps, tout en me branlant de l'autre main. Puisque ce rêve ne m'a pas plu du tout, je me demande pour la troisième fois pourquoi j'ai acheté ce gode. Puis je me répète pour la troisième fois que ce n'était qu'un rêve, et qu'en réalité, un gode, c'est peut-être bien.

Dans le noir, je sors les clés de ma poche, puis je tatonne à la recherche de la poignée de la porte. J'inscère difficilement la clé, je pousse ensuite la poignée, prêt à ouvrir, mais la porte céde devant moi. Etrange, ce n'est pas le genre de mon colocataire de partir en oubliant de verrouiller derrière lui. Peut-être a-t-il oublié, surpris par l'obscurité du pallier. Ou il était impatient de revoir sa petite amie. D'ailleurs, je me demande comment elle s'appelle.
J'ouvre la porte en grand, j'entre.
Contre toute attente, Harry est dans le salon, un livre à la main, ses longues jambes étendues devant lui.
-Te voilà, dit-il.
Mais c'est moi qui devrais dire ça ! Qu'est-ce qu'il fait là ?
-Tu n'es pas avec ta... tes amis ?
J'ai failli me trahir. Je me suis, fort heureusement, repris à temps. Il se demanderait sûrement pourquoi je parle de sa petite amie, alors que lui-même n'en a plus parlé depuis... depuis ce fameux soir où il a fait de moi son prisonnier.
-Non, répond-il en passant une main lasse sur son front, je les ai appelés pour leur dire que je suis trop crevé. Et toi, où étais-tu ?
Je lui montre le sac passe-partout qu'ils distribuent au sex-shop, et je dis :
-J'avais envie de faire un peu de shopping.
-Etrange, ce n'est pas ton truc, d'habitude.
-Ce n'est toujours pas mon truc, mais une fois de temps en temps, je devrais y survivre.
-J'espère bien, répond Harry en me faisant un grand sourire.
Je retire ma veste en cuir et l'accroche au porte-manteau, prétexte pour me retourner, espérant qu'il ne voie pas mon visage rouge. Quel besoin a-t-il de sourire ainsi ?
Je fonce dans ma chambre camoufler le gode au fin fond de mon armoire. Je n'en aurai peut-être pas besoin ce soir, mais ça pourra sûrement servir un autre jour. Je m'allonge sur mon lit, épuisé émotionnellement et physiquement. Je m'allume une cigarette et j'en regarde l'extrémité rougeoyant dans l'obscurité de ma chambre. Il fait presque nuit noire, et seul un lampadaire éclaire assez pour donner du relief aux ombres.

-Qu'est-ce que tu veux manger ce soir ? me demande Harry en passant sa tête par la porte qu'il a entre-ouverte.
-Rien. Je ne pensais pas que tu serais là ce soir. J'ai mangé dehors.
C'est un mensonge. Je n'ai pas mangé, mais je n'ai absolument pas faim.
Harry ouvre la porte et vient s'asseoir au bord du lit, près de moi. Il pose une main sur mon front en demandant :
-Tu es sûr que ça va, Sven ? Je te trouve étrange, depuis quelques jours ?
-Seulement depuis quelques jours ? je demande pour tenter de retirer l'inquiétude de ses beaux yeux noirs.
Ca a marché, il esquisse un sourire.
-Alors disons que je te trouve encore plus étrange depuis quelques jours.
J'ai envie de demander d'un ton railleur si je suis étrange depuis qu'il m'a annoncé qu'il avait une petite amie, mais je me contente de tenter de sourire et de dire :
-Ca va, ne t'inquiète pas.
-Comment veux-tu que je ne m'inquiète pas ? Tu viens de sourire, c'est l'apogée de l'étrange, en ce qui te concerne.
-Ca pourrait peut-être signifier que je vais bien, je réponds tout en frappant ma tige mortelle contre le cendrier pour en retirer le surplus de cendre consumée.
-Tu ne peux pas aller bien. Dans le meilleur des cas, tu vas le moins mal possible.
Harry commence sérieusement à me saoûler avec ses questions. Si j'essaye de lui cacher comment je me sens, ce n'est pas pour qu'il tente de me tirer les vers du nez !
J'écrase ma cigarette, je pose le cendrier sur ma table de chevet, et je m'agenouille sur le lit, derrière lui. Je tire sur sa chemise pour la retirer de la ceinture de son jean, puis je passe mes mains devant lui, pour la déboutonner.
-Que fais-tu ? demande-t-il d'une voix grondante.
-A ton avis ?
Après avoir murmuré au creux de son oreille, je m'empare de son lobe que je mordille. Je lui retire entièrement sa chemise, mais laisse les boutonnières des poignets. Je le contourne et m'asseois à califourchon sur ses cuisses. Je le pousse afin qu'il soit allongé sur le lit et je chuchotte, reprennant volontairement les paroles qu'il avait prononcées un soir :
-J'ai toujours rêvé de t'avoir à ma merci.
Harry éclate de rire. Toutefois, son rire se transforme en gémissement lorsque je mordille sa poitrine.
Ce soir, je n'ai rien à vérifier ni à me prouver. Alors ça va être à son tour de me supplier.
Harry, mon mignon, tu as voulu que je ne sois qu'à toi. Tu vas devoir payer pour cela...
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:12

Chapitre 13

A cheval sur les hanches de mon colocataire, je léche son cou, sa poitrine, et ses délicieux tétons, son point le plus sensible si on ne compte pas la bosse qui est en train de durcir contre mes fesses. Je pince ces adorables morceaux de chair rosée, je les mordille, alors qu'Harry se tortille entre mes jambes.
J'ai tellement envie de m'approprier ses mamelons qu'une envie subite me traverse. Je tends la main en direction de ma table de nuit, tout en chuchotant à son oreille :
-Tu sais, l'autre soir, tu m'as demandé de n'être rien qu'à toi.
Il hoche la tête en guise de réponse. Alors je sors du tiroir un petit appareil et je poursuis :
-Je vais te faire un cadeau. Tant que tu le garderas, je serai à toi. D'accord ?
Sans lui laisser le temps de répondre, je lui perce le téton gauche. Harry pousse un gémissement mais ne bouge pas. Je devine ses poings serrés dans les manches sa chemise. Ses yeux se ferment et sa mâchoire se crispe. Je fixe un petit anneau d'argent au trou nouvellement percé, puis je léche le téton rouge. Son corps tressaille mais il ne me repousse pas. Alors je retire mon t.shirt et je me penche vers lui pour embrasser ses lèvres. A chaque fois que ma poitrine frôle la sienne, il gémit. Et à chaque fois qu'il gémit, je sens ma braguette me serrer davantage.
A la lueur du lampadaire, je vois des larmes perler à ses yeux. Cela m'excite encore plus. Je suce et mordille son téton droit jusqu'à ce qu'il se cambre sous moi. Alors sans que ma bouche ne quitte sa poitrine, je déboucle son jean, caressant son érection à travers son boxer. Mes lèvres descendent jusqu'à son nombril, puis je retire son sous-vêtement, admirant son sexe dressé. Je le prends dans mes mains et le suce lentement, dégustant cette érection comme jamais.
Je lève la tête et je croise ses yeux noirs brillants. Je poursuis mes caresses, mes coups de langues, jusqu'à entendre mon colocataire haleter. Il murmure même mon nom, à un moment. Sans le quitter de la bouche, je me dévêtis entièrement.
Harry est sur le point de jouir, mais je le stoppe dans son élan. Il est hors de question que je le laisse venir dès le début, moi qui l'ai tant supplié l'autre fois.
Après un dernier coup de langue, je m'installe à califourchon sur ses hanches et je me caresse, les yeux plongés dans les siens. Son visage est grave mais, son regard fiévreux. Jamais je n'avais pensé voir un jour Harry, si sérieux et si maître de lui-même (sauf lorsqu'il s'agit de Graham) dans un tel état. Toutefois, sa mâchoire volontaire ne se déserre pas. Il ne lâchera aucune supplique.
Je me recule et me positionne face à son pénis dûr et humide. Je suis prêt à le recevoir depuis longtemps, mais j'aimerais qu'il me dise qu'il a envie de moi, à défaut de me supplier. J'aimerais le voir perdre son maudit sang froid.
Je me caresse contre lui, monte mon bassin quand il se cambre dans l'espoir de pénétrer. Mais finalement, j'ai l'impression d'être plus frustré que lui. Seuls ses yeux fiévreux et sa mâchoire crispée témoignent de son état. Alors je me lève d'un bond en criant :
-Tu n'es décidément pas drôle du tout.
-Quoi ? Tu t'attendais à ce que je sois drôle dans un moment pareil ? demande-t-il.
J'ouvre mon armoire et je sors le sac blanc que j'ai rangé il y a peu de temps. Harry hoquète de surprise lorsqu'il voit ce qu'il contient.
-C'est toi qui m'a suggéré d'acheter un gode, l'autre jour, je dis avec un sourire malicieux tout en m'avançant vers le lit. Et comme tu n'es pas drôle, ce soir, je vais me contenter de ça.
Je reprends ma place sur les hanches d'Harry, toujours prisonnier de sa chemise, et je glisse le gode dans ma bouche. Le goût de plastique me déplaît au plus haut point, mais je ne le montre pas. Une fois le gode couvert de salive, je passe ma main dans mon dos, et commence ma pénétration. Concentré sur ma tâche, j'en oublie mon colocataire.
Il se rappelle à moi par un bruit sec de déchirure. Je le regarde et je vois qu'une manche est séparée du reste de la chemise. Il tire rapidement sur les manches qui masquent ses mains, et les boutons de manchettes sautent sur le sol.
Son regard est furieux lorsqu'il me pousse à quatre pattes sur le lit.
-Ne te moque pas de moi, rugit-il en retirant le gode.
Il me pénétre de tout sa longueur, et je préfère définitivement cette sensation à celle du plastique. Après quelques va et viens, il me retourne sur le dos. Je passe mes bras autour de son cou, et noue mes jambes autour de ses reins.
Lorsqu'il murmure mon nom, au moment de jouir, mon coeur manque un battement.


Le lendemain matin, lorsque je me réveille, je surprends Harry à toucher l'anneau qu'il porte au téton gauche. Il me sourit, dépose un baiser sur mes lèvres, et m'enlace. Et lorsqu'il caresse mon érection de la sienne, je ne comprends pas que je n'ai pas besoin de sexe, simplement envie de lui.

Le reste du week end est un mélange d'écriture et de sexe. Je ne fais pas attention à ce qu'écrit Harry. Il est sérieusement penché sur une feuille blanche, assis au comptoir. Pour ma part, je suis assis sur le fauteuil, mon bloc-notes sur les genoux croisés, et j'écris ce qui me passe par la tête, cornant la page lorsque je pense que ce texte correspondrait à Eillary. Par moments, je jette un oeil à Harry. Je ne vois pas son visage, mais je devine sa main gauche posée sur sa poitrine, là où repose le piercing, alors que sa main droite fait tourner un stylo.
J'aimerais savoir ce qu'il écrit. Mais je ne le lui demande pas. Car même si nous nous connaissons depuis plus de treize ans, j'ignore tout de lui. Harry parle autant qu'il perd son sang froid. C'est à dire très rarement. Pour peu que je sache, il pourrait très bien être orphelin, comme moi. Cela ne m'étonnerait même pas.
Il est si fort qu'il pourrait traverser toutes les épreuves de l'enfer sans se plaindre, contrairement à moi qui ne suis pas capable de vivre un jour sans penser à mourir.
Feignant d'aller au réfrigérateur me servir un verre d'eau, je jette un oeil à sa feuille. Mais sur la feuille à l'envers, je n'arrive rien à déchiffrer de son écriture serrée. Lorsqu'il lève les yeux, nos regards se croisent et je me sens comme un enfant pris en faute.
-Tu écris quoi ? je demande sur le ton de la conversation.
-Rien d'important, répond-il en pliant la feuille.
Je me sers un verre d'eau sans insister, puis je retourne à mon écriture.


Chapitre 14

Le lundi en début d'après-midi, nous nous retrouvons tous chez Graham, dans la salle insonorisée qui nous sert à répéter. Nous nous réunissons toujours ici, même si nous ne jouons pas de musique. C'est en quelque sorte notre quartier général.
Lorsque j'arrive, après avoir salué tout le monde d'un signe de la tête, je tends quelques feuilles à Graham en expliquant :
-C'est ce que j'ai écrit pour Eillary.
Tous nos textes passent toujours par le manager, que ce soient ceux que nous écrivons pour d'autres, ou ceux que nous gardons pour nous. Après l'approbation de Graham, il faut la mienne. Notre manager a toujours insisté sur ce fait, car il préfère que je ne chante pas une chanson, plutôt que je chante un texte qui ne m'évoque rien ou ne me plaît pas.
Il s'assoit sur un tabouret et lit silencieusement les textes que j'ai écrits durant le week end. Nos quatres paires d'yeux sont braquées sur lui, dans l'attente d'une réponse.
Au bout d'un moment, il relève la tête et me rend les feuilles.
-C'est du bon boulot. Tu vas faxer ça au manager d'Eillary tout de suite. Son numéro est inscrit sur le carnet à côté du fax. J'y ai également laissé une lettre d'accompagnement.
Je hoche la tête et je lui tends mon bloc-notes.
-Ce sont des textes que j'ai écris pour nous.
-Je vais lire ça.
Je sors de la pièce. Je traverse le couloir et me rends dans son bureau, situé juste en face de cette salle. Comme il me l'a annoncé, je trouve la lettre, posée sous le carnet. Je souris en voyant la formule de politesse. "Bien amicalement." J'hésite à chercher du blanc correcteur, puis je laisse la lettre telle quelle. Après tout, que le manager d'Eillary croie bien ce qu'il veut. Quant à l'intéressée, elle saura reconnaître la formule toute faite.
J'envoie mes fax, puis je retourne vers les autres. Graham tient dans ses mains une feuille volante, un sourire aux lèvres. Gwenn et John lisent par dessus son épaule. Leur visage reflète surprise et émotion.
-Qu'est-ce que c'est ? je demande en voyant mon bloc-notes posé sur un tabouret.
-Un texte qu'Harry a écrit ce week-end, répond Graham en me tendant la feuille.
Je saisis le texte et je lis. Tous les couplets sont des radotages inutiles, quant au refrain, il me donne envie de vomir.

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
Tu es le seul que je pourrai aimer.
Dis-moi, est-ce qu'un jour, tu m'aimeras ?

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
J'aimerais tant connaître la vérité.
Est-ce qu'au moins, un peu, tu tiens à moi ?


Harry est très intelligent, mais l'orthographe a toujours été son point faible. De ce fait, les féminins non accordés ne me surprennent pas plus que ça.
Je souris. Ainsi, sa petite amie ne l'aime pas. Il lui a écrit une chanson. Et il veut que je chante ça...
Je lui rends le texte et j'éclate de rire. Je me force, je n'ai en réalité pas du tout envie de rire.
-Tu veux que je chante ce truc ? je demande alors qu'il prend la feuille. Tu me vois, moi, chanter un texte pareil, coulant de sentiments mielleux. Et lors des concerts, on collera des petits coeurs roses sur la scène ?
Mon colocataire me regarde. Ses yeux noirs sont immensément tristes. Il serre un poing, puis le décrispe, et déchire le texte en morceaux.
-Désolé, dit-il en quittant la pièce.
Je me tourne sur Graham, pendant que Gwenn ramasse les pièces de la feuille déchirée.
-Tu n'as pas compris, n'est-ce pas ? me demande le manager d'un ton grave.
-Compris quoi ?
-Non, rien, laisse tomber, répond-il avec un immense sourire.
-Quel idiot, lance John en sortant.
Gwenn me tend les morceaux de papier, et suit le bassiste sans un mot. Je repars dans le bureau de Graham, où je scotche les morceaux ensemble. Puis je repars.
-Au revoir Graham.
-Tu ne restes pas ? me demande le manager en posant une main sur mes fesses.
-Non.
Je quitte la pièce. Il pleut abondamment. Je cours jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche, bousculant au passage des gens qui semblent pressés d'échapper à la pluie. Je me réfugie sous l'arrêt, dégoulinant. Mais je me fiche d'être mouillé. Tout ce que je veux, c'est voir Harry. Peu m'importe la pluie.
Je regarde les affiches annonçant les horaires des bus, et je soupire : prochain bus dans vingt minutes.
-Vous cherchez un chauffeur ?
Je me retourne. Graham est au volant de sa 607 noire, un sourire suffisant aux lèvres.
-Je suis tout mouillé.
-Monte, répond-il avec un signe d'impatience.
J'obéis, sans un mot. Pourquoi fait-il ça pour moi alors que je n'ai aucune intention de coucher avec lui ce soir, ni jamais, même s'il ignore encore ce fait ?
-Les personnes qui t'ont supporté aussi longtemps sont rares. Excuse-toi. Tu as le droit de ne pas comprendre ses sentiments, mais pas de les salir. N'importe quelle personne aurait les larmes aux yeux en lisant de si belles paroles. Et toi... toi, tu lui ris au nez.
Je me demande pour quelle raison Graham accorde tant d'importance au fait que je ne comprenne rien, et que j'aie rit. Après tout, le couple de Harry ne me concerne pas.


Lorsque je rentre chez moi, Harry est assis sur le fauteuil, un verre de Martini à la main, le regard perdu. S'il a remarqué mon arrivée, il ne le montre pas. J'avance vers lui.
-Je suis désolé, je dis d'un ton penaud en lui tendant la feuille scotchée et mouillée de pluie.
Comme il ne fait pas mine de la prendre, je la pose sur ses genoux. Ses yeux sont toujours posés sur un point du mur, il ne bouge pas. Sa seule réaction est de lancer d'une voix froide :
-Va prendre une douche et te changer, ou tu vas attraper la mort.
Si seulement... Je n'aurais pas à poursuivre cette vie minable. Toutefois, je réponds :
-Ce n'est pas que je n'aime pas ton texte, mais ce n'est pas du tout mon truc. Et puis... Tu me considères peut-être comme un ami, peut-être comme ton meilleur ami, je ne sais pas... Mais toi et moi, nous couchons ensemble ! Alors je ne me vois pas du tout chanter un tel message à ta petite amie. Ce serait déplacé, tu ne crois pas ?
Le verre de Martini explose sur le carrelage. Je sursaute. Les yeux d'Harry sont noirs de rage. Il se lève du fauteuil, me dominant de toute sa taille. La feuille tombe de ses genoux, rejoint les morceaux de verre dans le liquide rouge et s'en imprégne comme si elle saignait.
Moi qui souhaitais voir Harry perdre son sang froid, je crois que j'ai décroché le pompon !
-Il n'y a pas de petite amie ! s'écrie-t-il. Il n'y en a jamais eu ! Je voulais voir comment tu réagirais. Mais c'est à peine si tu as réagi, tu n'en avais rien à foutre.
-Mais non, j'ai dit que j'étais content pour toi, et que je te souhaitais d'être heureux.
-Et tu as ajouté que ce n'était pas grave, puisque je ne te baisais presque plus.
Je baisse les yeux. Puis je les plonge dans le regard noir de Harry.
-Alors si tu n'as pas de petite amie, pour qui sont ces paroles ?
-Laisse tomber, tu ne comprendrais pas, répond Harry d'un ton las.
Il soupire et se laisse retomber sur le fauteuil. Il pose son bras sur l'accoudoir, et sa main se referme sur son front. Je ne vois plus ses yeux. Je m'accroupis près de lui, une main posée sur son genou, et je dis d'une voix douce :
-Tu sais, tu ne parles presque jamais. Alors je ne peux pas comprendre. Mais si tu m'expliques...
Son bras libre me pousse en arrière. Je pose mes mains derrière moi pour me rattraper.
-Je pourrais t'expliquer, dit-il, mais même si je te résumais ces treize dernières années en trois mots, tu ne comprendrais toujours pas.
Il se lève et se rend dans sa chambre. A mon tour, je me relève.
Je ne sens presque pas le morceau de verre qui s'est enfoncé dans ma paume. Par comparaison, le coup que vient de me donner Harry, habituellement doux et protecteur, me fait beaucoup plus mal.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:12

Chapitre 15

Allongé dans la baignoire, je regarde le sang qui coule de ma coupure à la main et qui se dilue dans l'eau. Je me sens nauséeux, sans doute à cause des cinq comprimés effervescents que j'ai pris d'une seule fois. J'ai envie de vomir.
Je ferme les yeux, et la situation me paraît claire comme de l'eau de roche.
La personne qu'aime Harry est un de ses amis du jeudi soir. Et cet ami ne l'aime pas en retour. Je n'imagine pas trop les sensations que cela procure, mais je suppose que ce doit être douloureux.
J'aimerais parvenir à aimer, un jour. Même aimer quelqu'un qui ne m'aime pas, ce n'est pas grave. Mais aimer quelqu'un, pour avoir une raison de vivre. Et en attendant, j'ai toujours ma vieille guitare qu'Harry m'a offerte il y a treize ans.
Mes yeux se ferment tous seuls. Il faut que j'aille me coucher. Je n'en peux plus, j'ai envie de vomir et dormir en même temps. Très étrange comme sensation. J'essaye de me lever. J'ai l'impression que mon corps pèse une tonne. J'aimerais dormir un peu... juste un peu...


Je me réveille dans ma chambre, avec un mal de tête horrible. Je me lève en vitesse et me précipite à la salle de bains. Je vomis tout ce que je peux. Je remarque alors un bandage à ma main droite. Je suis vêtu d'un pyjama alors que je ne me souviens pas être sorti de la baignoire. Harry...
Je me tourne vers le lavabo dans le but de me rincer la bouche, et mon reflet me laisse pantois. J'ai le visage aussi blanc que celui d'un cadavre, mes yeux sont cernés et injectés de sang. J'ai à peine le temps de bouger jusqu'à la cuvette des toilettes que je vomis à nouveau. Je n'ai plus de forces. Mes jambes me lâchent. Je tombe à genoux, les mains me retenant à la lunette. Je sens un tiraillement dans ma main droite. Ma plaie s'est réouverte.
On frappe à la porte.
-Sven ?
Harry... Ma bouche pâteuse refuse de parler. La porte s'ouvre. Mon colocataire, vêtu d'un boxer et d'un t.shirt, soupire. Il me porte dans ses bras et m'emmène dans ma chambre. Il me couche dans mon lit, et me borde. Il repart, et je me sens abandonné. Toutefois, il revient quelques instants après avec un verre d'eau. Je bois deux gorgées. J'ai l'impression que je vais revomir si j'avale davantage.
Harry s'assoit près de moi et passe une main dans mes cheveux poisseux de sueur.
-Comment veux-tu être aimé alors que toi-même, ne t'aimes pas ? demande-t-il d'une voix douce. Tu ne te respectes même pas, tu as une hygiène de vie déplorable, comme si tu voulais te donner une bonne raison pour que personne ne t'aime.
Je ferme les yeux. Il poursuit et j'entends un sourire dans sa voix.
-Essaye d'apprendre à t'aimer, et peut-être que tu te rendras compte qu'il y a quelqu'un qui t'aime, qui sait ? La vie prête, elle ne donne rien. Peut-être cette personne t'abandonnera, elle aussi, de gré ou bien de force. Mais peut-être qu'elle restera pendant des années, qui sait ?
-Je ne crois plus aux contes de fées, je réponds d'une voix sommnolente.
-Alors crois en moi...
Je passe mes bras autour de sa taille.
-Je n'ai pas le choix, tu es le seul à avoir pu me supporter durant toutes ces années.
Il s'allonge près de moi et m'enlace.
-Dors, murmure-t-il à mon oreille.
Je pense à mentionner la personne qu'il aime, j'ai envie de dire que c'est cette personne qui devrait croire en lui, et c'est pour elle qu'il devrait être présent. Mais je ne peux pas. Je veux garder Harry rien que pour moi.


Harry passe la journée à me veiller, et le lendemain, je suis accueilli par un regard noir de la part de Graham. Il pense peut-être que nous avons passé la journée au lit. C'est le cas, en quelque sorte, mais pas dans la situation qu'il imagine. Il me montre un journal quotidien datant d'hier et on voit en gros titre : "Sven impuissant". Je ne peux m'empêcher d'éclater de rire.
-Je ne trouve pas ça drôle du tout, lance Graham.
Je lui prends le canard des mains et parcours rapidement l'article. Il relate que j'aurais repoussé les avances d'Eillary à cause de quelques problèmes avec ma virilité. Je soupire.
-Je n'aime pas les femmes, je ne vais pas me forcer !
-Tu perds quelque chose, répond Gwenn amusé.
-Tant mieux, si je choisis les hommes, il te reste plus de femmes à te mettre sous la dent, je dis avec un demi-sourire.

Ma première expérience avec une personne de sexe féminin remonte à mon adolescence.
Lorsque je me suis fait expulser par le fils de ma deuxième famille d'accueil, j'ai été reccueilli par un petit couple très charmant. Ils s'occupaient de moi comme si j'étais leur fils. Ils n'avaient aucun enfant, et j'ai su plus tard que c'était une clause spéciale me concernant, car la DDASS avait déclaré que je pouvais être dangereux verbalement, physiquement voire sexuellement. La femme ne travaillait pas, et l'homme était professeur à l'université.
J'y suis resté de dix à treize ans. Car un jour, la femme est tombée enceinte. Le couple m'a expliqué qu'ils ne pouvaient plus me garder. Cela m'arrangeait car les femmes enceintes me dégoûtent. Toutefois, je me suis un peu senti comme un chien qu'on abandonne lorsqu'on part en vacances.
J'ai rejoint ma quatrième famille d'accueil vers treize ans. Elle était composée d'un père, une mère, un fils de dix-huit ans et une fille de seize ans. J'étais arrivé depuis un peu plus d'un mois, quand la fille m'a discrètement appelé à travers la porte de sa chambre. Surpris, je suis allé voir, craignant qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. Elle était nue, et m'a demandé de la toucher. J'ai tout d'abord refusé, mais elle m'a dit que si je n'obéissais pas, elle appelerait sa mère et prétendrait que je jouais les voyeurs. Alors je l'ai touchée. Et elle m'a touché en retour. Mais voyant que cela ne m'excitait pas, elle m'a renvoyé dans ma chambre, vexée.
Ma deuxième expérience avec une personne de sexe féminin remonte à un peu plus d'une semaine, avec Eillary.
Au moins, en couchant avec des hommes, je ne risque pas d'abandonner un batard derrière moi, et ce batard ne risque pas d'avoir une vie complétement pourrie. Pourquoi, le jour où j'ai été conçu, mes parents biologiques n'ont-ils pas mis de capote ? Cela m'aurait évité bien des ennuis.

Une main sur mon épaule me rappelle à la réalité. Je tourne la tête, et Harry me fait un clin d'oeil. J'essaye de lui sourire. J'y arrive presque.


Chapitre 16

J'avance dans la rue, le regard perdu. Noël, la pire période de l'année. Tous les ans, c'est la même chose : je vois tout le monde heureux autour de moi, ça accentue encore plus ma solitude. Il fait froid, il y a du vent, et même si la rue est encore déserte, je sais que bientôt, on se bousculera afin de trouver des cadeaux. Des guirlandes colorées illuminent les vitrines des magasins et les rues dans leur ensemble.
Sous son porche habituel, la SDF et ses deux imbéciles de gosses inutiles se serrent les uns contre les autres afin de se protéger de la brise glaciale. Je poursuis ma route, feignant de n'avoir rien vu.
J'arrive à la boulangerie. La vendeuse me salue avec un sourire. Je ne comprends pas pourquoi elle me sourit, je réponds par un signe de la tête.
-Quatre croissants ? demande-t-elle.
J'acquièsce, puis sur une impulsion, j'ajoute :
-Et un sachet de six croissants.
Je règle et je repars avec mes deux sacs en papier qui m'empêchent de mettre mes mains dans mes poches pour les protéger du froid. Arrivé à la hauteur de la femme et ses gamins, je balance le plus gros des cornets. Gêné, j'avance encore plus vite, presque en courant, et je ne m'arrête qu'une fois au chaud dans le salon.
Je pose les croissants sur le comptoir, je retire mon blouson en cuir et je l'accroche au porte manteau. J'ai l'impression que le dragon qui en orne le dos me sourit, mais je secoue la tête. C'est ridicule.
Dans sa chambre, Harry dort encore. Ca fait longtemps qu'on n'a pas baisé. Depuis ce week end. Trois jours. Une éternité...
Je retire mes bottes et je vais rejoindre mon colocataire. Je me déshabille, et en boxer, je me blottis contre lui.
-Tu es gelé, râle-t-il.
-Je reviens de dehors, c'est normal.
Il me serre dans ses bras, contre son corps tout chaud de sommeil, et pour un peu, je me serais mis à ronronner. Je passe une main sous son t.shirt, et il sursaute lorsque ma main glacée frôle son dos. Je glisse une jambe par dessus la sienne, et je sens une cuisse s'insinuer entre les miennes. Ses mains descendent le long de mon dos, caressent mes reins, descendent mon boxer tout en frôlant mes fesses. Nos lèvres se trouvent, nos langues s'emmèlent. Harry est presque allongé sur moi, pressant davantage sa cuisse contre mon érection.
Sa bouche quitte seulement la mienne lorsque je suis à bout de souffle, et il descend sur ma poitrine, torturer mes tétons qui n'attendent que ça. Ses mains retirent complétement mon boxer, et l'une d'entre elle s'attarde sur mon érection, tandis que l'autre descend plus bas, entre mes cuisses, où un doigt commence à me pénétrer.
Je glisse mes doigt dans ses cheveux pour encourager sa bouche à me mordre plus fort. J'ai envie de lui demander de me faire mal, de m'aimer plus fort. Je ne sais plus si j'ai prononcé cette phrase ou pas. La tête rejetée en arrière, je deviens fou.
Je sens le corps d'Harry sur le mien. Il me pénétre d'un violent coup de reins, puis prend mon visage dans ses mains. Il embrasse mes lèvres. Et il murmure à mon oreille :
-Je t'aime aussi fort que je le peux sans te blesser ni t'étouffer...
Je n'ai pas le temps de réfléchir à ses paroles, il s'active en moi. Je m'accroche à ses épaules, j'y enfonce mes ongles. Sa bouche retrouve ma poitrine, et reprend ses coups de dents et ses sucions. Mon corps devient de plus en plus chaud. Je ne me contrôle plus. Le corps d'Harry est si bon...
Lorsque je jouis, je ne peux pas m'empêcher de crier. Mon colocataire me suit de près. Je sens sa semence chaude couler dans mon ventre. Il me libère, se tourne paresseusement sur le côté, et me serre dans ses bras.
Je le regarde. Ses yeux sont fermés, quelques gouttes de sueur perlent sur son front. Un petit sourire égaye son visage trop souvent sérieux. A ce moment-là, je sens mes joues me brûler. Je ferme les yeux, une main posée en travers de mon visage afin de me cacher. Car je me souviens que dans le feu de l'action, j'ai crié son nom.


-Qu'est-ce que tu fais pour Noël ? me demande Harry.
J'avale un sushi qu'Harry a préparé pour le dîner, je me léche les doigts, et je le regarde.
-Noël ? je réponds d'un air surpris, comme si je n'avais pas remarqué que nous approchions de cette fête commerciale et déprimante. Rien. Et toi ?
-Je vais aller fêter ça chez mes parents, comme tous les ans. Tu veux venir ?
-Qu'est-ce que vous faites, pour Noël ?
Je n'ai pas vraiment envie qu'il décrive cette fête, mais c'est l'occasion ou jamais d'en savoir plus sur lui et sa famille.
-Hé bien... J'arrive le vingt-quatre en fin d'après-midi, après être passé prendre grand-mère. Papa et moi aidons maman à préparer la dinde, les marrons, la bûche, et nous cachons les cadeaux. Ma soeur et son mari et mes neveux arrivent en début de soirée, car ils habitent loin. Nous dînons, rions, écoutons les enfants décrire ce qu'ils ont commandé au Père-Noël... Tout le monde va se coucher à minuit, sauf papa, mon beau-frère, et moi. Nous installons les cadeaux sous le sapin. Le lendemain, les enfants sont les premiers levés. Ils ouvrent leurs cadeaux, il y a du papier partout. Le midi, nous allons tous manger chez une soeur de mon père, où nous nous retrouvons tous nos oncles, tantes, cousins...
J'enfourne une bouchée de sushi, écoutant attentivement les paroles d'Harry. Pas étonnant qu'il ne comprenne pas ce que je ressens. Il a vécu dans une famille nombreuse et heureuse.
-Alors, tu veux venir ? demande-t-il à nouveau.
-Non merci, je réponds. C'est une fête familiale, et puis... je ne me sentirais pas à l'aise.
A vrai dire, je me sentirais même comme un chien dans un jeu de quilles...
-Comme tu veux. Si tu changes d'avis d'ici-là, fais-le moi savoir. Ma famille serait heureuse de te recontrer, ils ont tellement entendu parler de toi.
Je hoche la tête, même si je sais que je ne changerai pas d'avis.

L'après-midi, juste avant que nous ne répétions, Graham nous rappelle que dans trois jours, nous enregistrons une émission de variétés qui sera diffusée lors de la veillée de Noël. Durant cette émission, nous jouerons deux morceaux, dont le duo avec Eillary. Revoir la starlette ne me plaît pas plus que ça, mais ce sont les risques du métier...
En parlant de risques, durant toute la répétition, Graham me lance des oeillades suggestives. Je fais comme si je ne voyais rien, mais à chaque fois que je me retourne, je vois qu'Harry a la mâchoire de plus en plus crispée.
-Bon boulot, les gars, fait Graham lorsque nous rangeons notre matériel.
Une de ses mains effleure mes fesses, et il dit :
-Sven, j'aimerais te voir, j'ai quelque chose à te dire.
-Désolé, il a un rendez-vous chez le dentiste, répond Harry en m'entraînant dehors, nos vestes sous le bras. A demain.
Mon colocataire doit être fou. Contrarier Graham, c'est comme agiter un mouchoir rouge devant un taureau : c'est dangereux.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:13

Chapitre 17

Comme Graham nous l'a demandé, nous nous reposons le lendemain matin, car nous savons que les deux jours à venir vont être fatigants. Je me réveille à l'aube, fidèle à mon habitude, et après être allé chercher les croissants, je reste assis sur le fauteuil du salon, à rêvasser, ma guitare à la main, faisant naître des accords au hasard.
En fait, j'ai envie de baiser. Harry dort encore. Et le morceau de plastique dans ma chambre ne me tente pas du tout.

Je connais mon colocataire depuis le lycée. Nous ne parlions jamais, alors nous avons partagé nos silences. Je n'avais besoin de rien, mais il venait s'assoir à côté de moi en cours, ou sur le banc dans le parc du lycée. Ce grand gars m'impressionnait par sa taille, mais surtout par son visage sérieux.
Parfois, on se croisait dans la rue, alors qu'un type qui avait l'âge d'être mon père m'emmenait chez lui. Il ne disait toujours rien, ne posait pas de questions.
Ses devoirs étaient toujours faits, ses leçons apprises, et il m'expliquait lorsque je ne comprenais pas. Les deux adolescents que nous étions, qui n'avaient en commun que leur mutisme, sont devenus inséparables.
A mes dix-sept ans, ce poids m'a paru trop lourd à supporter, ma vie trop merdique pour continuer. J'étais un incapable, stupide, qui ne savait rien faire d'autre que pleurnicher silencieusement sur son sort. J'ai voulu mourir. J'ai pris trois boites de somnifères. Et je me suis enfermé dans les toilettes du lycée. Je ne me souviens plus de la suite, mais il paraît qu'Harry a défoncé la porte et a appelé une ambulance. Puis il a attendu en me tenant la main.
On m'a fait un lavage d'estomac. Je me suis réveillé. J'ai pleuré pour la première fois depuis dix ans. Je me sentais misérable, tellement bon à rien que je n'étais même pas capable de mourir. Je m'en voulais. Et j'en voulais à Harry d'avoir appelé l'ambulance.
Un psychiâtre est venu me voir. Il m'a demandé pourquoi j'en étais arrivé à de telles extrémités. Je lui ai menti. Je lui ai dit que j'avais confondu avec des Smarties. Il a secoué la tête, d'un air de dire que j'étais complétement débile, puis il m'a pressé de partir, parce que quelqu'un m'attendait.
Lorsque j'ai quitté les urgences, d'une démarche chancelante, Harry m'attendait à la sortie. Il avait un gros paquet posé à côté de lui, sur le sol. La première chose qu'il a faite a été de me coller son poing dans la figure.
-Pourquoi n'as-tu rien dit ? a-t-il hurlé. Ce n'est pas parce que je ne parle pas que toi, tu n'as pas le droit de parler si tu en as besoin !
Puis il m'a serré dans ses bras en pleurant. J'ai pleuré dans ses bras, radotant que je n'avais aucune raison de vivre, que je ne pouvais plus continuer cette vie de merde. Alors il m'a tendu le paquet.
-Maintenant, tu as une raison de continuer. Et tant que tu l'as, tu n'as pas le droit d'abandonner. Suis-je clair ?
J'ai hoché la tête. J'ai ouvert le paquet. Il contenait une magnifique guitare et un sachet de médiators. Je n'ai même pas pensé à protester à cause du prix que ça avait dû lui coûter.
Lorsque j'ai eu dix-huit ans, un organisme m'a aidé financièrement et j'ai quitté la famille d'accueil où je vivais pour me louer une chambre miteuse. Au moins, j'étais tranquille. Harry et moi passions souvent nos soirées ici, je jouais de la guitare, il frappait des cuillères sur divers récipients et ustensiles de cuisine.
Puis nous avons couché ensemble. C'était début juillet, le jour des résultats du bac. Nous l'avions tous les deux, ce foutu diplôme dont tout le monde parlait. Alors nous avons acheté des packs de bière, et nous avons picolé dans ma chambre. Nous ne savions plus trop ce que nous disions, ni ce que nous faisions. Nous avons commencé par nous embrasser. Puis nous déshabiller. Et enfin, nous avons baisé.
Quand nous nous sommes réveillés, Harry était gêné.
-Excuse-moi, a-t-il dit en me regardant droit dans les yeux. Je ne voulais pas... enfin si, mais... pas pas comme ça...
-C'est ok, j'ai répondu avec un sourire, tu peux recommencer quand tu veux.
Alors il a recommencé ce jour-là, puis les jours suivants, les semaines, les mois, puis les années suivantes...

-A quoi est-ce que tu penses ? me demande Harry en sortant de sa chambre, pieds-nu, vêtu d'un boxer et un t.shirt.
-A toi, je réponds avec un demi-sourire. J'ai envie de baiser.
-Garde tes forces, nous allons avoir deux jours difficiles.
Harry est toujours trop sérieux. Il est vraiment chiant.


Nous arrivons au plateau de télévision pour la répétition. La première fois, j'ai été vraiment impressionné. Maintenant, ça ne me fait plus ni chaud ni froid. Divers artistes sont présents, nous nous saluons. Lorsque j'arrive face à Eillary, elle me fait un immense sourire.
-Salut Sven. Comment vont tes érections ? me demande-t-elle à l'oreille.
-Très bien depuis qu'elles n'ont plus besoin de se cacher de toi, je réponds avec un sourire moqueur.
La starlette devient rouge de colère.
-Je suis sûre que tu es encore puceau ! C'est pour ça, tu as paniqué quand je suis devenue entreprenante.
-Ca te choque tellement, que je ne soie pas intéressé par toi ? je demande en haussant un sourcil.
J'ai envie de secouer cette petite prétentieuse, mais nous ne sommes pas seuls.
-Tu devrais y aller, maman poule t'attend, fait cette petite garce d'une voix assez forte pour être entendue par tous ceux qui nous entouraient.
-Ne sois pas jalouse, toi aussi, un jour, tu trouveras quelqu'un qui arrive à te supporter, je réponds avec un clin d'oeil.
Elle me lance un regard noir. Je l'ignore et me dirige vers Harry, qui m'attend réellement.
-Elle a l'air de vraiment t'en vouloir, remarque mon colocataire.
-Bah, ça lui passera...
Je me fous des états d'âme de cette pimbêche. Si elle a tellement envie de baiser et qu'elle ne trouve personne, qu'elle s'achète un gode, elle aussi.
Graham nous tend à tous les quatre une feuille, l'ordre de passage. Je soupire de soulagement : nous ne passons pas en dernier. Puis je sens mes lèvres s'étirer d'un sourire. Eillary, elle, fait son solo en avant-dernière. Bien fait !
Harry me fait un clin d'oeil. Saurait-il lire dans les pensées ?


Chapitre 18

-Il commence à neiger, dit Harry en actionnant les essuie-glace.
Je hoche simplement la tête, maussade. J'espère que la neige va tenir. Avec un peu de chance, Harry ne pourra pas aller passer Noël avec sa famille et sera bloqué à l'appartement. Je suis terriblement égoïste, quand je m'y mets. Mais je n'aime pas partager mon colocataire. Son coeur appartient déjà à quelqu'un, alors si je peux le garder physiquement, c'est toujours ça de pris. Quoique ces derniers temps, il semble avoir la tête ailleurs. Nous n'avons pas baisé depuis ce fameux jour où je suis rentré complétement gelé de la boulangerie. Ca fait plus d'une semaine. Bah, il a sûrement retiré le piercing. Ce n'était pas comme s'il était réellement libre. Après tout, il aime quelqu'un d'autre, et je comprends qu'il n'ait pas envie de m'appartenir.
Je le regarde. Son regard est braqué sur la route. Son visage est sérieux, comme d'habitude. Ses mains aux longs doigts fins sont posés sur le volant. Il est tellement concentré qu'il ne voit même pas que je le regarde.
J'aimerais tant qu'un jour, il fasse un pas vers moi.

Harry se gare devant chez Graham. Il n'y a pas d'autre véhicule, signe que nous sommes les premiers arrivés.
Nous sortons de sa Clio et marchons jusqu'à la petite porte sur le côté, qui mène directement à la pièce insonorisée.
-Bonjour, lance Graham avec un sourire à mon intention.
-Bonjour, fait Harry alors que je réponds d'un simple signe de la tête.
-Noël est dans une semaine, vous avez prévu quelque chose ? nous demande le manager.
-Nous allons dans ma famille, répond Harry avant que je n'aie le temps de dire quoique ce soit.
Ses yeux noirs sont pointés sur Graham, d'un air de défi. Le manager lui rend son regard, et j'ai l'impression d'assister à un duel. Fort heureusement, Gwenn et John arrivent à ce moment-là.
-Salut tout le monde, lance le joueur de synthé.
-Bonjour, répond Graham.
Harry soupire discrètement. Je le trouve vraiment bizarre en ce moment.
Nous répétons pendant plusieurs heures, je finis par avoir mal aux doigts et à la gorge. Toutefois, personne ne fait mine de s'arrêter. Nous préparons un concert pour le nouvel an, et Graham insiste pour que nous soyons parfaits. Je suis le premier à faiblir.
-Désolé les gars, mais ce n'est pas en me cassant la voix que nous ferons une bonne performance.
-On ne peut vraiment pas compter sur toi, fait John.
-Va te faire foutre ! je réponds, agacé.
-Ne prends pas ton cas pour une généralité ! C'est toi qui aimes te faire foutre !
-Hé ! stop ! John ! lance Gwenn.
Harry ne dit rien, mais pose une main sur mon épaule. Ce connard de John, j'ai vraiment envie de lui mettre un poing dans le nez.
-On arrête, dit Graham. Sven, je pourrais te voir un moment ?
-Non, il ne peut pas, répond Harry en me poussant derrière lui comme pour me protéger.
-Maman poule, soit tu parles clairement, soit tu fermes ton bec, c'est clair ? fait le manager en regardant Harry avec dédain.
-Que je parle clairement ? demande Harry. Ok, je vais être clair. Sven n'est pas votre jouet, il ne couchera plus avec vous !
Les yeux verts de Gwenn sont exorbités. Quant à John, il se contente de suivre la discussion avec intérêt.
-Je ne te disais pas d'être clair à propos de ça, je parlais de tes sentiments pour...
-Graham ! coupe John.
Je me tourne vers le bassiste, tout comme Graham qui soupire. Qu'est-ce qu'ils ont ces deux-là ?
Le vieil homme regarde à nouveau Harry et dit :
-Tu n'as pas à intervenir, ceci ne te concerne pas. Sven est un grand garçon, il fait ce qu'il veut.
-En effet, et il ne veut plus coucher avec vous. Fini de jouer.
-Pour qui est-ce que tu te prends ? demande Graham en serrant un poing rageur. Si je ne t'avais pas tiré de ces petits bars miteux, tu en serais toujours au même point. Je t'ai pris pour faire plaisir à Sven. Mais ma patience a des limites.
-Je ne vous ai rien demandé, répond Harry. J'étais heureux, dans ces bars miteux, comme vous les avez appelés, je n'avais besoin de rien d'autre.
-Alors retournes-y, tu es viré ! fait Graham.
Je regarde l'échange comme on assiste à un match de tennis.
-Harry, je murmure en entendant les paroles du manager.
Je regarde Graham et je dis d'une voix sourde :
-Ne virez pas Harry ! Pas ça !
Il me sourit et répond :
-Très bien, allons parler de ça dans mon bureau.
Je regarde mon colocataire. Sa mâchoire crispée et la petite veine qui bat à sa tempe témoignent de sa fureur. Je lui souris.
-Je rentrerai plus tard. Ne t'inquiète pas, je n'en ai pas pour longtemps.
Harry me tourne le dos et sort de la pièce. Un sourire victorieux aux lèvres, Graham m'entraîne dans son bureau.

-Vous n'allez pas virer Harry, n'est-ce pas ? je demande d'une petite voix.
-Il veut te monopoliser, il me manque de respect. Tu trouves vraiment qu'il a sa place ici ?
-Nous avons besoin d'un batteur !
-Un batteur, ça se remplace, fait Graham avec un sourire moqueur.
-S'il vous plaît... Ne renvoyez pas Harry...
Graham passe une main sur mes fesses et répond :
-J'y réfléchirai si tu es sage.
Je pousse un soupir. Puis les yeux braqués dans ceux de Graham, je réponds :
-Ok.
Le manager laisse échapper un petit rire. Il m'attire dans ses bras et me léche le cou alors que ses mains me pincent les fesses.
-Cela fait si longtemps, murmure-t-il à mon oreille.
Il défait mon pantalon, et le baisse, emportant mon boxer dans la foulée. Ses petits yeux de fouine me transpercent lorsqu'il voit que je ne bande pas.
-Finalement, l'article dans le canard était vrai, dit-il avec un sourire mauvais.
Il prend mon pénis complétement mou, puis le lâche, dégoûté.
-Que tu bandes ou pas, après tout, je m'en fiche.
Il m'écarte les jambes et me pénétre violemment. J'ai mal, j'ai envie d'arrêter, mais je pense à Harry. Je ne veux pas qu'il quitte le groupe. Alors je le laisse me limer frénétiquement, prennant mon mal en patience.
Je soupire de soulagement lorsqu'il jouit enfin. Il referme sa braguette et dit :
-J'ai réfléchi. Harry est définitivement viré.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:14

Chapitre 19

Je monte lentement les escaliers, frigorifié. Graham n'a même pas pris la peine de me ramener, et j'ai dû prendre le bus. L'arrêt n'est pas très loin de chez Graham, mais le froid a complétement glacé mon boxer trempé du sperme du manager. J'entre. Harry est en train de préparer à manger, mais je vois à ses yeux qu'il a compris ce qui s'est passé. Il lâche la cuillère en bois qui tombe dans un bruit mat sur le carrelage.
Il se précipite vers moi.
-J'aurai sa peau, fait-il d'une voix grinçante.
Il me prend par les épaules et demande :
-Pourquoi tu as fait ça ?
-Je... je voulais qu'il reconsidère sa décision de te virer.
-Stupide ! Si je t'ai demandé de n'être rien qu'à moi, ce n'est pas pour que tu fasses ce genre de choses pour moi !
Je retire ma veste et me détourne de Harry pour l'accrocher au porte-manteau.
-De toute façon, notre marché est fini, non ? je demande. Tu aimes quelqu'un d'autre, c'est à cette personne que tu devrais appartenir.
D'un geste souple, il retire son t.shirt. Le petit anneau argenté pend toujours à son téton. Je frémis mais ne dis rien. Pourquoi l'a-t-il gardé ?
-Je l'ai toujours, confirme-t-il. Tu devais respecter ta part du contrat, même si tu as couché avec lui pour essayer de sauver ma place.
Mon bras se tend de lui-même, et ma main effleure le piercing. Puis je regarde Harry dans ses yeux noirs. J'essaye de sourire.
-Ce n'était qu'un contrat à la va-vite, pas une bague de fiancailles, je dis en essayant de mettre le plus de sarcasme possible dans ma voix.
Mon coeur se serre en voyant ses yeux noir devenir froids et durs.
Mais je ne veux plus continuer comme ça. J'aimerais qu'il arrête de vivre pour moi, qu'il arrête de jouer la maman poule. Tout d'abord parce que plus il continuera et plus l'abandon sera difficile pour moi. Et aussi parce que s'il aime quelqu'un, qu'il aille vers cette personne, qu'il s'occupe d'elle. A me consacrer tout son temps, il passe à côté de sa vie. Cette vie dont il m'a offert ses plus belles années... je ne veux pas qu'il la gâche au reste.
Toutefois, lorsqu'il me prend dans ses bras, je n'ai pas la force de lui résister, je n'ai pas le courage de lui demander d'arrêter. Il passe ses mains sur mon visage et m'embrasse. Il est si tendre, sa langue est si douce, j'ai l'impression que je vais fondre. Je m'accroche à ses épaules, je ne sais plus si c'est pour l'attirer contre moi ou pour le repousser. Sa bouche remonte le long de mes joues et léche des larmes dont je n'avais même pas conscience.
-Parle-moi de cette personne que tu aimes.
Il me regarde, me sourit avec tendresse. Tout en me déshabillant, il dit :
-C'est un homme. Je traîne avec depuis l'adolescence. Je l'ai rencontré alors que j'étais au collège. J'avais fait un détour pour aller chez l'épicier, ce jour-là. Je suis passé devant chez lui. Il était assis sur les marches, à l'entrée de la maison où il habitait. Il avait un regard si triste, j'aurais tout donné pour le serrer dans mes bras, le consoler, le protéger. Depuis, j'ai fait ce détour tous les jours, dans l'espoir de le revoir. Et lorsque ça arrivait, lorsque j'avais la chance de le voir, j'étais si heureux. Nous ne nous sommes jamais parlé. Puis le hasard a voulu que nous soyons dans le même lycée, et plus encore : la même classe.
Harry s'agenouille devant moi. Je me tiens à ses épaules pour ne pas perdre l'équilibre alors qu'il retire mes bottes.
-Je m'étais promis d'effacer la tristesse de ses beaux yeux, poursuit-il. J'ai échoué. Mais nous nous voyons toujours. Il ne sait pas ce que je ressens, et j'essaye de ne pas l'étouffer avec ça. Ca me rend parfois triste qu'il ne se rende compte de rien. Alors j'essaye de lui montrer avec mon corps ce que son coeur ne veut pas comprendre.
Il retire le reste de mes vêtements, puis m'emmène à la salle de bains. Mon coeur bat. Son histoire est vraiment belle. Pauvre Harry. J'en veux à cet homme qui le fait souffrir depuis toutes ces années, alors qu'il est si gentil, tendre... alors qu'il mérite d'être heureux.
Je le regarde, puis je pose ma joue contre son épaule nue.
-Je suis désolé. Entre moi qui ne peux rien faire par moi-même, et ce boulet qui ne comprend rien, tu n'as vraiment pas de chance.
Harry me sourit et ébouriffe mes cheveux.
-Ne t'en fais pas. D'ici peu de temps, je pense qu'il aura compris. Et je pense que de ton côté, tu arriveras à faire des choses par toi-même.
-Vraiment ?
-Oui. Prends ton bain, tu es glacé. Je t'expliquerai après.
Je le serre dans mes bras.
-Ok mais tu viens avec moi.
Il soupire pour la forme, mais commence à défaire son pantalon.

J'aime le corps nu d'Harry contre le mien. Il est doux et ferme à la fois. Je suis adossé contre sa poitrine, installé entre ses jambes, et ses bras sont enlacés autour de ma poitrine, comme s'il répugnait à me lâcher. Parfois, une de ses mains se met à jouer avec mes cheveux, et je ferme les yeux, je me sens bien. Ses mains sont magiques. Elles ne sont pas faites pour tenir les rudes baguettes de la batterie. Non, ses mains ont des doigt qui devraient courrir sur les touches d'un piano.
-Tu t'es endormi ? demande-t-il à voix basse.
-Non.
Je me sentirais ridicule de lui dire que ses caresses dans mes cheveux me font me sentir si bien. Alors je me retourne dans ses bras. J'ai envie de lui. Et je sens qu'il a envie de moi. Nos érections se frôlent. Nous bouchent se trouvent. Nos langues se taquinent. Harry resserre son étreinte.
Oui, c'est ça, aime-moi à m'en faire mal...
Parfois, je me dis que mourir des mains d'Harry serait la meilleure chose qui puisse m'arriver. Alors j'ai envie de lui demander qu'il m'aime à ce que j'en crève. Mais il est trop doux, il sourit trop pour comprendre cela.
Ce n'est pas grave. J'aime quand il me baise, c'est le principal.
Il se lève, passe son peignoir, et me porte dans ses bras. J'ai envie de lui crier que j'ai envie de baiser. Quand je vois ses yeux brillants, je comprends qu'il va le faire, mais pas dans l'eau. Je le laisse me dorloter, il me passe mon peignoir et m'emmène dans sa chambre, il me pose sur son lit.
-S'il te plaît, fais-moi mal, ce soir, je demande en l'attirant sur moi.
-Non, pas ce soir. Mais je te jure qu'après, je te ferai mal. D'accord ?
N'ayant pas le choix, je hoche la tête. Que veut-il dire par "après" ?


Chapitre 20


Les lèvres d'Harry descendent dans mon cou. Il ouvre mon peignoir et descend plus bas, sur ma poitrine. J'ai une envie irrésistible de le toucher. Mes mains ouvrent son peignoir et le repoussent sur ses épaules, sur son dos. Il se libère et complétement nu, il s'allonge sur moi. Sa peau nue contre la mienne est un délice. Je passe un bras autour de son cou, l'autre descend le long de son dos pour caresser ses fesses. Il a toujours aimé que je lui caresse les fesses, et ce soir ne fait pas exception. Sa peau se couvre de petits frissons. Il est adorable.
Sans lui laisser le temps de réagir, je roule sur lui. Mes lèvres s'emparent de son téton percé, ma langue joue avec l'anneau. Ma main gauche pince son autre téton, et au moment où il se cambre, poussant une petite plainte, je pénétre du doigt son entrée intime. Il hoquète, s'accroche à mes épaules, mais ne me repousse pas. Je glisse entièrement mon doigt en lui. J'ai envie de lui faire mal ! Pourquoi est-ce qu'il me laisse faire ?
Harry, demande-moi d'arrêter, dis quelque chose !
Ses mains caressent ma nuque. Je pince et mords davantage ses tétons, alors que mon doigt va et vient en lui.
-Si tu veux me posséder, tu peux, dit-il dans un souffle.
Je le regarde, interloqué. Comment peut-il me dire ça ? Comment peut-il vouloir me laisser le salir, lui qui est si pûr ? Il se salit déjà à chaque fois qu'il me baise, il m'a laissé percer sa poitrine magnifique... Pourquoi est-ce que tu te contentes de subir ce que j'impose, pourquoi est-ce que tu ne m'arrêtes pas ?
Je retire mon doigt, honteux.
-Je ne peux pas faire ça.
Je m'allonge à ses côtés mais lui tourne le dos. J'ai trop honte pour le regarder en face. Comment ai-je pu penser à le posséder alors que son coeur appartient déjà à un autre ?
Une main se faufile sur ma poitrine et je perds le fil de mes pensées. Harry me pousse sur le ventre et tire mes hanches à lui. Je sens sa langue glisser au bas de mon dos tandis que ses doigts pincent doucement mes tétons.
-Arrête, je murmure. Je suis sale.
-Tu sors du bain, répond Harry en glissant un doigt en moi.
-Ce n'est pas ce que je veux dire... Arrête, Harry...
Je ne veux pas qu'il se salisse davantage, je ne veux plus qu'il me touche. Lorsqu'il retire son doigt, je pleure de soulagement et de frustration mélés. Je ne veux pas qu'il risque son âme en voulant satisfaire mon corps.
Toutefois, mon soulagement est de courte durée. Ses mains remontent sur ma poitrine, alors que je sens son pénis dûr me pénétrer.
-Harry...
Il s'enfonce plus profondément en moi, colle sa poitrine contre mon dos. Je tourne la tête, il m'embrasse. Je ne peux pas le regarder. Ses yeux sont aussi humides que les miens. Je ne comprends pas pourquoi il pleure. Alors je ferme les yeux et je réponds à son baiser.
Il se fait plus violent que d'habitude, accentue ses coups de reins et la pression de ses doigts sur ma poitrine. J'enffouis mon visage dans l'oreiller, autant pour sécher mes larmes que pour étouffer mes gémissements. Une main quitte ma poitrine et se referme sur mon pénis raide, presque douloureux, où ses mouvements sont aussi rapides que les coups de reins que je reçois.
C'est plus que je n'en peux supporter. Mon corps brûlant finit par se tendre, j'ai l'impression qu'il va se briser. Je mords l'oreiller tandis que le raz-de-marée dévastateur m'emporte loin de la côte, là où je n'ai plus pieds.
Un peu plus tard, je sens à peine Harry grogner et se tourner sur le côté pour ne pas m'écraser.


Je suis réveillé par une main douce qui me caresse les cheveux. Je suis bien au chaud, sous les couvertures, dans les bras de mon colocataire qui me sourit.
-Bonjour, dit-il en déposant un baiser sur mes lèvres.
Je n'ai pas le temps de répondre, baillonné par cette bouche, puis investi par une langue autoritaire. Mais je ne me plains pas.
-Je vais acheter les croissants, je dis dès que ma bouche est à nouveau libre.
-Attends. J'aimerais te parler...
-Ah ?
-J'ai bien réfléchi, hier soir avant que tu ne rentres, puis cette nuit.
-Tu as réfléchi à quoi ?
-Je pars.
Mon coeur manque un battement. Ce n'est pas du tout le genre d'Harry de faire des blagues, mais j'ai espoir que...
En regardant ses yeux noirs si sérieux, je sais qu'il ne plaisante pas.
-Tu pars où ? Quand ? Pourquoi ?
-Je n'ai plus de travail, je ne peux plus payer ma part du loyer.
-Je m'en fous, je payerai ta part, je réponds en crispant une main sur la couverture.
-Je jouerai la femme au foyer, c'est ça ? demande Harry avec un sourire. Je ferai le ménage et les repas pendant que tu travailles.
-Idiot.
-Je vais chez mes parents. J'arriverai un peu avant le vingt-quatre, c'est tout.
Harry soupire et explique :
-Si je reste, tu ne feras jamais rien par toi-même. Je voulais t'aider, te faire prendre conscience que cette vie vaut la peine d'être vécue. Je voulais aussi te montrer que quelqu'un peut t'aimer. Mais tu as gardé tes oeillères.
-Je ne bandais pas quand Graham m'a pris, hier ! je m'écrie.
Je me sens stupide de dire ça. Mais c'est la seule chose qui m'est venue à l'esprit.
-Je sais, répond simplement Harry avec un sourire.
Il pose une main sur mon épaule.
-Tu sais, Sven, la vie n'est rose pour personne. C'est à toi d'agir de manière à la rendre rose. Si toi-même, tu n'as pas envie de vivre et tu vois tout en noir, la vie ne deviendra jamais rose d'elle-même.

Je ne vois rien de ce qui m'entoure. La rue est glaciale, la neige est toujours là. Je n'entends pas les rires heureux des enfants qui admirent la neige et la rue illuminée. C'est presque de manière inconsciente que j'achète des croissants en plus et que je les balance à la SDF.
Harry, hier, je pensais à te rendre ta liberté. Mais pas maintenant. C'est trop tôt. Je savais que tu finirais par m'abandonner, mais pas aujourd'hui... Attends demain, ou après-demain... Je ne veux pas, c'est impossible.
Lorsque je rentre chez moi, Harry n'est plus là. Sur le comptoir, où je pose les croissants, je trouve une feuille scotchée de partout et ondulée, tachée de rouge.

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
Tu es le seul que je pourrai aimer.
Dis-moi, est-ce qu'un jour, tu m'aimeras ?

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
J'aimerais tant connaître la vérité.
Est-ce qu'au moins, un peu, tu tiens à moi ?


-Imbécile ! je m'écrie en essuyant mes larmes du dos de la main. Je ne chanterai pas ta chanson de merde !
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:15

Chapitre 21

Lorsque j'arrive seul chez Graham, ce jour-là, tous les regards convergent vers moi.
-Qu'est-ce qui y'a ? je demande d'une voix rude. Vous avez jamais vu ma tronche ?
-Oh, si, malheureusement, répond John avec un sourire.
-John, soupire Gwenn. Arrête...
Graham pose une main sur mon épaule, un sourire compatissant aux lèvres.
-Harry est parti, je dis simplement.
-Le contraire m'aurait étonné, fait John. Il aurait été con de rester. T'es bouché du cul, c'est le cas de le dire.
-La ferme ! lance Gwenn.
Plus doucement, il dit au bassiste :
-Tais-toi maintenant.
Je ne comprends rien aux allusions de John, mais je ne m'y attarde pas. Il n'a jamais rien eu à dire d'intéressant de toute façon. Et cet abruti de Harry ! Il avait dit qu'il allait me faire mal... Hé ben ça ne marche même pas ! Rien à foutre qu'il soit parti.
Mais pourquoi est-ce que je me sens si vide ? J'ai l'impression d'être une coquille abandonnée sur la plage.

Pendant la répétition, Graham remplace Harry à la batterie. Il joue à la perfection, mais même en fermant les yeux, je sais que ce n'est pas Harry qui tient les baguettes.
Je suis sur le point de partir, après qu'on ait rangé le matériel, quand Graham m'attire à l'écart.
-Tu veux un client, ce soir ?
Je prends à peine le temps de réfléchir.
-Oui.
Je marche jusqu'à l'arrêt de bus, réfléchissant à l'endroit où Harry pourrait avoir posé son piercing avant de partir. Je bouscule des gens sans m'en rendre compte. J'ai froid. Je fourre les mains dans mes poches, mais ça ne me suffit pas.
Harry, pourquoi n'es-tu pas là pour me réchauffer dans tes bras ? Je t'en veux...
Perdu dans mes pensées, je me rends à peine compte que je suis arrivé chez moi. J'augmente le chauffage. Puis je vais me chercher un verre d'eau dans lequel je laisse tomber trois pastilles effervescentes. De la codéïne, c'est ce qu'il me faut.
Je retire ma veste, je m'asseois dans le fauteuil, ma vieille guitare dans une main, le verre dans l'autre. Je regarde les petites pastilles se diluer lentement. Je compte les petites bulles pour me faire passer le temps.
Lorsque la dernière bulle éclate, je bois l'eau amère. Le goût est attroce, mais aux grands maux les grands remèdes.
Je me penche pour poser le verre sur le sol, et je joue de la guitare. Cette fichue guitare qu'il m'a offerte pour donner un sens à ma vie...
Elle est dans mes mains, mais je n'ai toujours pas trouvé le sens qu'elle voulait me montrer.

Je perds totalement la notion du temps. Quand Graham arrive avec le client, j'ignore l'heure qu'il est. Je reconnais l'homme, il est déjà venu plusieurs fois. Brun, vêtu du même jean et de la même chemise beige à carreaux, il est à peu près de ma taille, peut-être à peine plus grand. Comme d'habitude, il a les yeux bandés.
-Salut, dit-il avec un sourire. Ca faisait longtemps.
Je connais cette voix. Je réfléchis où je l'ai entendue, puis je me rends compte que c'est stupide. C'est sûr, que je connais cette voix, puisque ce client est déjà venu plusieurs fois. Peut-être m'aime-t-il secrètement, et est-ce le seul moyen qu'il ait trouvé pour me voir.
Je suis pathétique...
Je me déshabille lentement, afin de gagner du temps. Je n'ai pas du tout envie de me faire sauter par ce type. Mais je n'ai plus le choix.
Dès que je suis nu, Graham me bande les yeux. Mon client a dû recouvrer la vue, car je l'entends sourire.
-Tu n'as pas l'air très enthousiaste, ce soir, dit-il en s'avançant vers moi.
-Désolé, je...
-Ce n'est pas grave, coupe-t-il en me retournant. Que tu aies du plaisir ou pas, je m'en fous.
Il me penche en avant. Mes mains se posent sur le comptoir.
Une douleur vive me traverse lorsqu'il me pénétre. Les larmes me montent aux yeux. Je me mords la lèvre inférieure pour ne pas crier. J'ai envie d'arrêter, de le repousser.
Qu'il en finisse et vite !


Je me réveille nu, allongé en travers de mon lit. Je n'ai pas eu le courage de me glisser sous les couvertures, encore moins de me laver. Je me lève et m'empare de mon téléphone portable. Je ne m'en étais jamais servi jusqu'à maintenant. Je n'ai jamais eu personne à appeler, et qui m'appelerait ? Mais Graham tenait à ce que je sois joignable à tout moment.
Il est encore tôt : à peine vingt-trois heures. J'ouvre le répertoire du téléphone, et appuie sur la touche "appeler" dès que le premier numéro de la liste est sélectionné.
Harry répond à la première sonnerie.
-Sven ?
-Salut.
Je ne sais même pas pourquoi je l'ai appelé, en réalité. Sûrement pas parce qu'il me manque !
-Ca va ? demande-t-il d'une voix légèrement inquiète.
-Très bien. Et toi, tout se passe bien chez tes parents ?
-Ils étaient surpris de me voir débarquer, mais ça va.
Un silence, puis :
-Harry ?
-Oui ?
Je me suis fait sauter il y a moins d'une heure. J'ai mal au cul.
-Tu passes quand tu veux hein ?
Il sourit.
-Bien sûr. J'ai mis fin à notre colocation, pas à notre amitié. Je t'aménerai une bouteille pour fêter la nouvelle année.
Et le sexe, ça faisait partie de la colocation ou de l'amitié ?
-Tu sais bien que je ne fête pas ce genre de trucs.
-Qui sait, peut-être auras-tu des bonnes résolutions à prendre, cette fois.
Si tu viens, je t'attache et je ne te laisse plus partir. Ce sera ma seule résolution.
-Oui, peut-être, je réponds avec un sourire qui sonne faux.
Je ne peux réprimer un baillement. Je dis d'une voix lasse :
-Je suis crevé, je te laisse.
-Ok, bonne nuit, Sven.
Pourquoi est-ce que je pleure, encore ? Sans doute parce que j'ai mal au cul...


Chapitre 22

Je lâche mon micro, épuisé. J'ai juste le temps d'atteindre un tabouret, je m'y laisse tomber.
-Sven, ça va ? demande Graham en quittant la batterie.
Nous répétons depuis plus de trois heures, j'ai mal aux jambes, ma gorge me brûle.
-Viens te reposer dans mon bureau, dit-il. Les autres, vous pourrez y aller après avoir rangé.
Il m'entraîne hors de la salle insonorisée. Nous traversons le couloir et entrons dans la pièce, où il me pousse sur un fauteuil en cuir noir.
-J'ai un client pour ce soir, dit-il en s'asseyant sur un coin du bureau.
-Non merci. Je ne veux plus aucun client. Ni ce soir, ni demain, ni dans un mois.
J'entends mon manager lâcher un petit rire.
-Tu as enfin compris la différence ?
Je le regarde, stupéfait.
-Quelle différence ?
-Entre le faire avec quelqu'un qui t'aime, et quelqu'un qui n'en a qu'après ton cul.
-Je ne l'ai jamais fait avec quelqu'un qui m'aime, je réponds avec un sourire triste que je ne peux dissimuler, seulement avec quelqu'un qui me respecte.
Graham me tire par le revers de ma chemise et me pousse sur le bureau. Là, il défait mon jean. Je suis à plat ventre sur le bureau, encore endolori de mon client d'hier, mais il me pénétre. Je sens des larmes couler de mes yeux, sans bandeau pour les cacher, cette fois.
-Arrêtez, s'il vous plaît. Je ne veux plus... Ca fait mal...
Derrière nous, la porte s'ouvre.
-C'est méchant de ne pas m'avoir invité à votre fête.
Je reconnais la voix de mon client d'hier. Je tourne la tête. Et je manque de m'évanouir.
John et Graham se regardent et éclatent de rire. Je ne comprends plus rien. John s'approche de moi et il passe une main dans ses cheveux blancs dressés en pointe.
-Du gel colorant, très pratique. Mais à l'origine, je suis brun...
-Pourquoi ?
Mes jambes me lâchent. Graham me rattrape par les aisselles, il me plaque davantage sur le bureau et reprend sa pénétration.
-Pourquoi ? répète John. Parce que tu es un petit con égoïste. Et parce que j'en avais marre qu'Harry n'en ait que pour toi !
-Harry ? je demande, surpris. Quel est le rapport avec moi ?
-Il n'a d'yeux que pour toi, répond agressivement John. Je voulais te salir à ses yeux, pour qu'il te laisse tomber. Mais au contraire, plus tu étais sali et plus il te protégeait. Et il se pliait en quatre pour toi ! La preuve : l'as-tu déjà baisé ?
-Quel est le rapport ? Ca ne te regarde pas !
-Oh, si, ça me regarde. J'ai dépucelé Harry il y a bientôt quatorze ans. Je doute qu'il m'ait reconnu, cela fait longtemps et mes cheveux blancs me changent beaucoup. J'étais souvent chez lui, j'étais ami avec sa soeur. Il savait que j'étais homo. Un jour, il m'a dit qu'il aimait un garçon, et il voulait savoir comment s'y prendre. Je lui ai demandé ce qu'il préférait... Il a voulu que je le prenne.
John me regarde droit dans les yeux.
-Lui as-tu demandé ce qu'il préférait ? Ou t'es-tu contenté de tendre les fesses, comme en ce moment ?
J'essaye de me souvenir de notre première fois.

Nous avons bu tous les deux, ce fameux jour des résultats du bac. Il faisait chaud. Nous avons retiré nos t.shirts. Je jouais de la guitare, une bière posée à portée de la main.
Harry était assis derrière moi et voulait essayer de jouer, lui aussi. Ses bras étaient enroulés autour de moi, mes mains posées sur les siennes pour les guider. Les sons qui sortaient de la guitare étaient assez bizarres. Alors je riais, en le regardant. Il riait, lui aussi, mais son visage est devenu subitement sérieux. Il s'est rapproché. M'a embrassé. Un simple baiser chaste sur mes lèvres, mais qui m'a donné envie d'aller plus loin. J'ai posé la guitare un peu plus loin, puis je me suis retourné dans ses bras. Son érection contre mon ventre me rendait fou.
Il s'est emparé de ma bière et l'a terminée d'une seule traite. Le liquide doré et mousseux coulait de part et d'autre de ses lèvres, sur son menton, le long de son cou, sur sa poitrine... Alors je l'ai léché, commençant de son ventre plat et musclé, remontant sur son torse. J'ai découvert à quel point ses tétons étaient sensibles, le goût de bière mélé à celui de sa sueur était plus puissant qu'un aphrodisiaque. Son érection contre mon ventre ne faisait qu'augmenter au fur et à mesure que je remontais la coulée de bière. J'ai fini ma course sur ses lèvres. Il s'est ouvert à moi. Nos langues se sont rencontrées, elles ont exploré la bouche de l'autre dans un ballet doux et sensuel. C'était la première fois qu'on m'embrassait depuis l'homme dans ma deuxième famille d'accueil.
-J'ai envie de toi, a-t-il murmuré à mon oreille.
-Prends-moi, ai-je répondu sur le même ton.

Je me souviens encore de la surprise sur son visage, à ce moment-là. Mais entre mon égoïsme et l'alcool, je n'y avais pas fait attention.
Les deux hommes ont profité que je sois perdu dans mes pensées pour échanger leurs places. John vient de me pénétrer, et ça fait toujours aussi mal. Mais je me laisse faire. Je l'ai bien mérité.
J'ai imposé mes goûts et ma vie à Harry. Maintenant, il aime quelqu'un, il est parti, et je passe mon temps à me plaindre. Je ne mérite pas de vivre, à vrai dire. Alors je laisse ces deux hommes continuer de jouer avec mon corps sale. Au moins, je sers à quelque chose. Mais contrairement à avant, je n'en tire plus aucun réconfort.
Je sens John se retirer. Je ne peux plus bouger.
-Tiens-le, fait-il à Graham.
Mon manager lui obéit, un sourire aux lèvres. Je sens les doigts du bassiste me pénétrer, tout d'abord deux, puis trois... quatre. Merde, que ça fait mal ! Les larmes coulent abondamment sur mes joues, et mes sanglots m'étouffent. Je tousse plusieurs fois. Je me sens écartelé lorsque John entre entièrement sa main à l'intérieur de mon corps. Je ne peux me retenir de hurler.
-Tu as mal, n'est-ce pas ? me demande John en bougeant sa main.
-Pitié... arrête... je réponds dans un sanglot.
-Ce que tu ressens, en ce moment, ce n'est rien comparé au calvaire qu'a vécu Harry pendant treize longues années.
Il retire sa main d'un geste vif, rentre son pénis à la place.
John jouit en moi, puis il part. Mes jambes ne me portent plus. Je m'éffondre à côté du bureau. J'ai mal, j'ai l'impression que je vais mourir. Dans un effort ultime, je me relève, j'essuie mes larmes, je rajuste mon pantalon. Je vais en salle insonorisée, m'appuyant lourdement contre les murs. Graham m'attend, un sourire aux lèvres.
-Bois ça, fait-il en me tendant un verre rempli de liquide pétillant.
J'obéis et je reconnais le goût amer des pastilles à la codéïne. Je repose le verre sur un tabouret, sans un merci.
Je récupère ma veste. La main posée sur la poignée, sans même me retourner, je dis :
-Je ne reviendrai pas. Je quitte D.D.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:17

Chapitre 23

La main accrochée à la rampe, je descends du bus aussi droit que possible. Dans le véhicule, je n'ai pas voulu m'assoir, mon postérieur est trop douloureux. Je suis resté debout, me tenant aussi fort que je le pouvais à la barre de maintien. D'ailleurs, j'en ai mal aux mains.
Je fais quelques pas dans la neige, heureux que mes bottes aient de solides crampons. Mes jambes ont déjà du mal à me porter, il ne manquerait plus que je glisse.
Un de mes bras est posé sur mon ventre et ma poitrine douloureux, l'autre s'appuie contre un mur que je longe, tel un invalide. Ma douleur rend ma vue complétement floue.
-J'ai mal...
Le mur a disparu, je m'écrase sur le sol. Je n'ai pas pris la peine de fermer mon blouson, la neige s'infiltre dans ma chemise, mon jean, pénétre chaque pore de ma peau. Vais-je mourir ici ? Au milieu des passants qui sont tellement occupés à effectuer leurs achats de Noël qu'ils ne me voient même pas... Je ferme les yeux, vaincu. De toute manière, je n'ai plus envie de vivre. J'ai tout perdu. Harry. D.D. Ma dignité...
-Monsieur, ça va ?
Je fais un effort considérable pour lever la tête. Je croise des grands yeux noirs graves. Ils me font penser à ceux de Harry. Je tends une main dans la direction de ce regard qui me manque. Quand ma vue s'adapte, je reconnais la SDF.
-Vous voulez que j'appelle une ambulance ? me demande-t-elle.
-Non... Je veux rentrer chez moi...
Elle jette un oeil derrière elle, et je vois ses deux gamins grelottants.
-Vous pouvez les amener, je dis d'une voix faible. Je ne suis pas un dangereux psychopate, et même si je l'étais, je ne suis pas en état de leur faire quoique ce soit.
Elle se baisse, prend le bras que j'ai tendu vers elle, et le passe autour de ses épaules. Elle me relève sans faiblir. Elle a une force surprenante.
-Où avez-vous mal ? me demande-t-elle.
J'ai mal aux fesses, mais c'est dérisoire comparé à la douleur qui me ronge la poitrine et l'abdomen.
-Au ventre, et au torse.
Je me sens serré, oppressé, comme si on gonflait un ballon en caoutchouc juste au dessus de mon plexus solaire.
-Qu'avez-vous mangé aujourd'hui ? demande-t-elle alors que nous avançons lentement.
-Un croissant à midi, juste avant d'aller prendre le bus.
-C'est tout ? demande-t-elle surprise.
Je ne réponds pas, concentré sur la montée des marches d'escalier qui mènent à mon appartement. Je sors les clés, je rentre.
-Vous savez cuisiner ? je demande en retirant mon blouson.
-Oui.
-Alors préparez-nous un bon repas pour tous les quatre.
Je marche lentement jusqu'à la salle de bains, puis je me retourne.
-Si jamais vous voulez me voler ou casser mes affaires, allez-y, je m'en fous. Mais pitié, ne touchez pas à ma guitare.

Une fois allongé dans un bain chaud, mes muscles se détendent. Je lave chaque parcelle de mon corps, comme pour le purifier. Je sais que c'est inutile. Je serai toujours sale. Je prends de l'eau en coupe dans mes mains, et m'asperge le visage. J'ignore si les gouttes qui coulent sont de l'eau ou des larmes.
Quelle vie inutile, quel échec. J'en viens à me demander si mon existence-même n'est pas une erreur.
Harry, espèce de connard ! Tu ne m'as jamais parlé, pourquoi ? Tu ne m'as pas dit ce que tu voulais, tu ne m'as jamais dit que tu m'aimais. Et maintenant, il est trop tard. Tu es parti, tu en aimes un autre...
Et moi, dans tout ça ? Qu'est-ce que je ressens ?
Me souvenant qu'une étrangère erre chez moi, je sors de mon bain. Je me séche, et je passe mon peignoir. En sortant de la salle de bains, une bonne odeur de pates à la carbonara flotte dans l'air. Les deux enfants sont assis sur le fauteuil, blottis l'un contre l'autre, le châle de leur mère en guise de couverture.
Je vais m'habiller dans ma chambre, puis je rejoins la jeune SDF.
-Au fait, dit-elle en plantant son regard grave sur moi, je m'appelle Nadia.
-Sven, je réponds simplement.
-Sven ? demande-t-elle.
Elle m'observe.
-Vous êtes le chanteur de Dark Diana ? Je ne vous aurais jamais reconnu. Vous n'avez rien à voir avec l'homme souriant des affiches.
-Oui, enfin, j'étais. Je viens de plaquer mon job. Et je n'ai aucune raison de sourire, en réalité.
Elle nous sert une assiette de pâtes.
-Les enfants ont mangé avant, dit-elle d'un ton d'excuse.
Je balaye cette broutille d'un geste de la main. Je reste debout au comptoir, je préfère ne pas utiliser de tabouret pour l'instant. Je plante une fourchette dans le repas, et...
-Nadia ? Est-ce que ça vous dit de rester ici un moment ? Vous seriez nourrie, logée, et tout ce que vous auriez à faire, c'est cuisiner et un peu de ménage. J'ai une chambre dont je ne me sers pas. Je vous payerais un peu, en fonction de mes moyens.
Elle m'observe, sa fourchette en suspens.
-Vous avez énormément changé. Vous n'avez plus rien à voir avec l'homme qui ne me regardait pas ou qui me lançait des regard hostiles.
-La personne qui cuisinait pour moi est partie, je réponds simplement.
-Si vous la regardiez sans la voir, comme vous le faisiez pour moi, je comprends cette personne.
Je regardais Harry ! Je le voyais ! Si je ne le comprenais pas, c'est sa faute ! Il ne s'est jamais expliqué.
Elle sourit et fait :
-Vous ne me demandez pas comment je me suis retrouvée à la rue avec deux enfants ?
-Je m'en fous, c'est votre vie. Il n'y a qu'une seule chose que j'aimerais savoir.
-Allez-y, dit-elle en piquant distraitement des pates et des lardons.
-Pourquoi vous les gardez ? je demande en faisant un signe de tête en direction des deux enfants endormis.
-Par égoïsme. Je sais que nous nous en sortirions mieux séparément. Ils iraient dans une famille d'accueil, ils auraient à manger, un endroit où loger, ils pourraient même aller à l'école. Et pour moi, ce serait plus facile de trouver à manger pour moi seule. Mais ces deux bambins, c'est ma raison de vivre. Je ne pourrais pas continuer sans eux. Ca me tuerait.
Le ballon en plastique qui me compressait le coeur prend encore du volume. J'ai du mal à respirer. Je lâche ma fourchette qui rebondit dans l'assiette. Se pourrait-il qu'on ne m'ait pas abandonné parce qu'on ne m'aimait pas, mais pour me donner une chance d'avoir une vie meilleure ? La personne qui m'a abandonné a-t-elle souffert autant que Nadia souffrirait si elle devait abandonner ses enfants ?


Chapitre 24

Assis sur le fauteuil, je viens de prendre trois pastilles de codéïne. J'attends que la drogue produise son effet bienfaisant. Nadia est partie avec les enfants faire des courses. Je lui ai donné de quoi ramener à manger et acheter des vêtements pour elle et les enfants. Ils sont calmes pour des mômes aussi jeunes. Reno a six ans, et il me casse souvent les pieds pour que je lui apprenne à jouer de la guitare. Maya a quatre ans, et elle, me demande sans cesse de jouer et chanter pour elle. Finalement, même si j'ai arrêté la musique, on me force quand-même à continuer.
J'ai quitté D.D. depuis deux jours et les canards en font déjà leur chou gras. Qu'est-ce que ça peut leur foutre ? Je fais ce que je veux, non ? De toute manière, ils n'en ont jamais rien eu à foutre, de moi.
Je commence enfin à me détendre, quand le téléphone sonne. Je le prends, dans la poche avant de ma chemise, et je regarde le cadran. Harry...
-Allô ?
-Sven ? Ca va ?
-Oui, et toi ?
-J'ai appris que tu avais quitté Dark Diana...
-J'ignorais que tu lisais ce genre de presse.
J'entends mon ex-colocataire sourire.
-Je ne lis pas ces canards débiles. Pour tout te dire, c'est Graham qui m'a appelé.
Je ne réponds pas. Harry ajoute :
-Il voulait que je t'appelle afin de te demander de reconsidérer ta décision de quitter le groupe.
-Ce vieil imbécile se fout de ma gueule, je m'écrie en serrant un poing sur l'accoudoir du fauteuil. Quand je lui ai demandé de réfléchir à sa décision de te virer, il m'a traité comme de la merde, et maintenant il te demande de faire la même chose pour moi...
Je lâche un soupir.
-Ma décision est prise. Je ne reviendrai pas en arrière.
-Alors tu abandonnes Dark Diana ? demande Harry. Tu leur laisses notre groupe, que nous avons construit nous-mêmes.
Je n'ose pas lui dire que ce groupe n'avait de l'intérêt pour moi que parce que lui, Harry, en faisait partie. Alors je répète :
-Ma décision est prise.
Harry éclate de rire. Je suis sur le point de lui demander s'il est devenu fou.
-Tu te rends compte ! lance-t-il. Tu as pris une décision ! Tu as fait quelque chose tout seul !
-Hein ?
-Laisse tomber, ce n'est rien. Mais je suis vraiment content pour toi, Sven.
Le ballon qui encombre ma cage thoracique gonfle encore. Je manque d'air. Ma poitrine recommence à me faire mal. Les larmes brouillent mes yeux.
-Je... je dois y aller. Bye.
Je raccroche avant même qu'il n'ait le temps de répondre. Je fonce dans la salle de bains. Je me fais couler un bain, je me déshabille, puis je sors une lame de rasoir de sa boite, dans l'armoire à pharmacie. J'entre dans la baignoire, je m'allonge.
Harry, toi qui étais toujours là, pourquoi n'es-tu plus là ? Où étais-tu lorsque l'autre salaud me mettait sa main dans le cul ? Toi qui m'as toujours protégé, tu n'avais pas le droit de partir sans rien m'expliquer !
Je tiens la lame entre le pouce et l'index de ma main droite, je tends ma main gauche, paume vers le haut. Mes larmes coulent encore, je ne vois plus ce que je fais. Mais ce n'est pas grave, ce sera bientôt fini.
Comme je presse la lame contre mon poignet, des bribes de conversations me reviennent à l'esprit. Des mots d'Harry, de Graham, de John aussi...

"Essaye d'apprendre à t'aimer, et peut-être que tu te rendras compte qu'il y a quelqu'un qui t'aime."
"Je t'aime aussi fort que je le peux sans te blesser ni t'étouffer..."

"Maman poule, soit tu parles clairement, soit tu fermes ton bec... je parlais de tes sentiments pour..."

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
Tu es le seul que je pourrai aimer.
Dis-moi, est-ce qu'un jour, tu m'aimeras ?

Parce que plonger dans tes yeux n'est pas assez,
Parce que fondre dans ton corps ne suffit pas,
J'aimerais tant connaître la vérité.
Est-ce qu'au moins, un peu, tu tiens à moi ?

"Je m'étais promis d'effacer la tristesse de ses beaux yeux. J'ai échoué. Mais nous nous voyons toujours. Il ne sait pas ce que je ressens, et j'essaye de ne pas l'étouffer avec ça. Ca me rend parfois triste qu'il ne se rende compte de rien. Alors j'essaye de lui montrer avec mon corps ce que son coeur ne veut pas comprendre."
"Je voulais t'aider, te faire prendre conscience que cette vie vaut la peine d'être vécue. Je voulais aussi te montrer que quelqu'un peut t'aimer. Mais tu as gardé tes oeillères."

"Tu as enfin compris la différence entre le faire avec quelqu'un qui t'aime, et quelqu'un qui n'en a qu'après ton cul ?"

"Harry n'a d'yeux que pour toi. Je voulais te salir à ses yeux, pour qu'il te laisse tomber. Mais au contraire, plus tu étais sali et plus il te protégeait. Et il se pliait en quatre pour toi ! La preuve : l'as-tu déjà baisé ?"


Toutes ces phrases se mélangent dans ma tête. Nadia avait raison quand elle disait que je regardais le monde sans le voir. Non. En fait, je l'écoutais sans l'entendre... Harry... Je lui repprochais de ne rien dire. Mais c'est moi qui n'entendais pas ses mots. Ou les mots de Graham. Ou de John.
Oui, ces deux-là aussi ont essayé de me faire comprendre ce que ma tête bornée ne voulait pas concevoir. Ils ont essayé de m'expliquer ce qu'Harry n'arrivait pas à faire entrer dans ma caboche. Et eux aussi, ont utilisé le seul moyen que je connaissais : le sexe...

Je regarde mon poignet. Je n'ai pas eu le temps d'aller bien loin, pour preuve, mes larmes coulent plus que mon sang.
Je balance la lame de rasoir dans le lavabo. Le ballon en caoutchouc qui gonflait et m'oppressait au niveau du coeur et des poumons éclate. J'ai encore une chose à faire avant de mourir. Au moins une. Aimer la vie. Avec Harry.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:23

Chapitre 25

Dès que je suis sec et habillé, je colle un pansement sur mon poignet qui ne saigne même plus. Puis je vais chercher un sac en plastique dans lequel je mets tous mes flacons de pastilles à la codéïne. Je m'allume une cigarette, un sourire aux lèvres. Je ne peux pas perdre toutes mes mauvaises habitudes en une seule fois. Et puis si je devenais parfait, peut-être qu'Harry me trouverait inintéressant.
Tout en laissant tomber le sac en plastique dans la poubelle, j'éclate de rire. Nadia rentre de courses à ce moment-là. Ses grands yeux noirs me regardent comme si elle ne me reconnaissait plus.
-Sven... Ca ne va pas ?
-Si si, je réponds en refermant la poubelle.
Mes lèvres ne peuvent plus s'empêcher de sourire. Finalement, je suis peut-être devenu fou... Non. Ca fait trente ans que je suis fou. Quel idiot j'ai été...
Quel idiot...
Tout en me précipitant dans ma chambre, saisissant ma guitare au passage, je m'écrie :
-Nadia, je ne veux être dérangé sous aucun prétexte, même catastrophe naturelle, est-ce clair ?
-Oui chef ! répond la SDF en souriant.
Je referme la porte derrière moi, je pose ma précieuse guitare sur mon lit, puis je m'empare de mon bloc-notes. Les paroles s'inscrivent toutes seules, je n'ai qu'à fermer les yeux, le stylo avance sans que je n'aie à le manier.
Puis je prends ma guitare qui m'attend bien sagement. La mélodie et les accords naissent sous mes doigts, comme s'il s'agissait de magie. En jouant, je repense à Harry, à tous les bons moments que nous avons passés ensemble, à la naissance de Dark Diana...
Diana, déesse de la chasse et de la lune. Moi. En train de réfléchir à ce que j'ai vécu, ce que je suis... comme si je me regardais dans un miroir... comme une lune se réfléchissant dans l'eau...
Moon on the Water...
Je me rue sur mon téléphone portable, cherche un numéro dans le répertoire, appelle.
-Allô, Graham ?


Mon ancien manager me sourit lorsque je rentre dans la salle insonirisée. Cette salle possède son propre studio d'enregistrement. C'est là que nous avons enregistré toutes nos chansons, dont le duo avec Eillary.
-Une carrière solo, hein, fait Graham.
-Oui. J'ai... j'ai pas mal réfléchi aujourd'hui...
-Ca change de d'habitude, me coupe le vieil homme.
Je souris. Puis je réponds :
-Oui, je sais. Merci pour tout.
-Y'a pas de quoi.
-Et merci pour me laisser utiliser le studio.
-Y'a pas de quoi non plus.
Je m'asseois sur un tabouret, ma guitare à la main. Graham positionne les micros près de ma bouche et près de l'instrument, me met un écouteur dans l'oreille, puis il sort de la pièce. Un instant plus tard, il me demande :
-Tu m'entends ?
-Cinq sur cinq.
Il rit.
-C'est quand tu veux.
Je commence à jouer et à chanter, puis arrivé au refrain, j'éclate en sanglots.
-Pleure, c'est ça, vide-toi.
Graham ne me parle plus dans l'écouteur. Il est là, devant moi, une main posée sur ma nuque, attirant mon visage contre sa poitrine. Il chuchotte :
-J'en connais un qui va pleurer aussi quand il entendra ça.
Je ris à travers les larmes. Graham sort de la pièce, revient avec un verre d'eau qu'il me tend. Ses yeux s'écarquillent lorsqu'il me voit le boire sans rien rajouter. Puis il sourit. Il retourne dans le studio d'enregistrement.
-Prêt ? demande-t-il dans mon oreillette.
-Oui.
-Vas-y.
Je chante, je joue, les yeux fermés, sans me préoccuper des larmes qui coulent sur mes joues.

Full moon sways
Gently in the night of one fine day

On my way
Looking for a moment with my dear

Full moon waves
Slowly on the surface of the lake

You were there
Smiling in my arms for all those years

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end

Old love affair
Floating like a bird resting her wings

You were there
Smiling in my arms for all those years

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end

Full moon sways
Gently in the night of one fine day

You were there
Smiling in my arms for all those years...


Graham enregistre ensuite, sur une autre piste, les percussions que je fais à la batterie. Il sychronise, et me fait écouter le mixage. C'est ce que je voulais. Lorsqu'il revient du studio, un CD gravé à la main, c'est lui qui a les yeux rouges.

__________________________________________
NDA : Moon on the Water n'est pas de moi. Cette merveilleuse chanson est tirée de l'OST de Beck. Ceux qui la veulent n'ont qu'à cliquer ICI.
C'est en écoutant cette chanson que me sont arrivées toutes les idées pour écrire cette fic.


Chapitre 26

Je passe plusieurs jours complétement épuisants. Grâce à Graham et à son bras long, je suis à nouveau intégré dans notre maison de disques, en tant que chanteur solo. Tout le monde est en pleine effervescence à cause des fêtes de fin d'année. De plus, les journaux vont bon train. Ils annoncent en même temps ma carrière solo et la fin de Dark Diana.
Je souris en pensant que Graham m'avait dit que j'étais facilement remplaçable. Il aurait pu nous remplacer facilement, Harry et moi, mais il savait que Dark Diana nous appartenait. Malgré ses airs de méchant, il a plus de coeur qu'on ne peut le croire.
Le tournage de mon nouveau clip aura lieu pendant la semaine entre Noël et le nouvel an. Soulagé, je saute dans un taxi. J'aurais pu prendre le bus, mais je ne sais pas exactement où je vais. Je connais l'adresse, mais je ne suis jamais allé dans cette maison.

Il neige de plus en plus, et le paysage est totalement blanc lorsque le véhicule s'arrête devant une petite maison. Je paye ma course. Je franchis un petit portail blanc, j'avance dans l'allée qu'une âme charitable a pensé à saler afin que la neige n'y reste pas. Elle sépare en deux parties une pelouse recouverte de neige piétinée de petites empruntes et ornée d'un bonhomme de neige souriant. Il me semble voir les rideaux d'une des deux fenêtres de la façade bouger. J'avance, hésitant. J'arrive sous l'auvent qui recouvre et protége de la neige les deux marches du perron, dont un faux Père Noël escalade un pilier. Devant la porte d'entrée, je tends une main hésitante en direction de la sonnette. Toutefois, je n'ai pas le temps de l'atteindre que la porte s'ouvre.
Une jeune femme aux cheveux noirs à méches blondes, et aux grands yeux noirs, se tient devant moi, un immense sourire aux lèvres.
-Sven ! murmure-t-elle en me sautant au cou.
Je ne l'ai jamais vue de ma vie, et elle éclate de rire en voyant ma surprise. Elle me tire par la manche de mon blouson en cuir.
-Entre, ne reste pas là.
J'entends des bruits de discussions et de récipients qui s'entrechoquent sur ma gauche. Je devine qu'il s'agit de la cuisine. Toutefois, la femme m'introduit dans une pièce sur la droite, le salon. Elle ferme la porte derrière elle, et s'y appuie. Je suppose que c'est pour ne pas me laisser sortir, jusqu'au moment où je la vois essuyer furtivement une larme au coin de son oeil.
-Assis-toi, dit-elle. Tu veux boire quelque chose ?
-Non merci, je réponds. Je suis venu voir Harry.
-Je m'en doute bien. Il est allé chercher mamy, il ne devrait plus tarder. Au fait, je suis Lucy, sa soeur.
Mon cerveau se met à bouillonner. Sa soeur est là, ses enfants aussi, manifestement, puisqu'il y a un bonhomme de neige dehors. Harry est allé chercher sa grand-mère. Serait-il possible que j'aie un si mauvais timing, pour être venu le jour de la veillée de Noël ?
-Il va être content de te voir, dit Lucy en prenant place à côté de moi sur un canapé de cuir fauve. Et moi, ça me fait si plaisir de te rencontrer enfin... J'ai tellement entendu parler de toi. Depuis quinze ans qu'il me parle sans cesse de toi...
-Quinze ans ? Mais...
-C'était avant le lycée, me coupe Lucy avec un sourire. Une fois, il devait passer chez l'épicier en sortant du collège, maman lui avait donné de l'argent et tout... Il est rentré essoufflé, et m'a raconté qu'il avait eu le coup de foudre. Il avait vu un garçon, assis devant une maison, qui jouait d'une guitare assez bizarre. Une petite planche de bois était fixée à l'intérieur d'une bouteille en plastique. Un trou rond avait été découpé dans le ventre de la bouteille, et des fils de pêche étaient fixés à la planche de bois.
Je souris en me remémorant la construction de ma première guitare. Alors voilà pourquoi c'est ça le cadeau qu'il m'a offert à ma sortie de l'hôpital. Je m'étais toujours posé la question.
-Du coup, rit Lucy, il a oublié de passer chez l'épicier, et maman l'a obligé à y retourner. Depuis, il a fait ce détour tous les jours dans l'espoir de revoir ce garçon. Ensuite, lors de son premier jour de lycée, dès qu'il est rentré, il m'a dit "Il s'appelle Sven ! Je ne le lâcherai plus d'une semelle". Le hasard a voulu que vous soyez dans la même classe.
C'est vrai. Depuis le lycée, il ne m'a plus lâché.
-Puis un jour, poursuit Lucy, Harry est rentré plus tôt du lycée. Maman ne travaillait pas. Il l'a suppliée pour qu'elle lui prête de l'argent. Il tenait absolument à acheter une guitare dans l'heure. Il avait les yeux rouges et il tremblait. Nous n'avons jamais su ce qui s'est passé, ce jour-là. Tout ce que je sais, c'est qu'il voulait acheter cette guitare, qu'il jurait de tout rembourser, de même rendre des intérêts. Maman a fini par lui prêter l'argent.
La jeune femme me regarde, un sourire aux lèvres.
-Je suppose que c'était pour toi, cette guitare.
-Je l'ai toujours... Je ne l'utilise pas pendant les concerts, mais c'est sur elle que je compose. Je ne suis jamais arrivé à écrire une mélodie sur aucune autre. J'y tiens comme à la prunelle de mes yeux. Ce... ce jour-là, j'ai fait une connerie. Harry a voulu me donner une raison de vivre.
-Ensuite, il a travaillé tout l'été pour rembourser maman, termine Lucy. Nous lui avons demandé un nombre incalculable de fois de t'amener à la maison. Mais comme tu dois le savoir, à cette époque, papa était alcoolique et violent. C'est d'ailleurs pour ça que maman ne travaillait pas. Il était jaloux et l'alcool lui faisait croire que maman partirait avec un de ses collègues de travail. Bref... Harry ne voulait pas t'amener à la maison. Quand ça lui prenait, papa tapait sur tout, que ce soit des meubles ou des personnes. Et mon frère disait que si papa te touchait, il serait obligé de le tuer. Tuer son père lui posait un cas de conscience, alors il a préféré ne pas t'amener à la maison.
Comme tu dois le savoir...
Mais non, je ne savais rien de tout ça ! Alors les marques sur ses bras, les lèvres fendues et les yeux au beurre noir, ce n'était pas les entraînements de foot ? Harry...
Je serre un poing. J'ai envie de pleurer. Je ne voyais que mon petit malheur. Mais Harry souffrait plus que moi.

La porte du salon s'ouvre sur une femme rousse aux yeux verts.
-Lucy, tu es là ! Ah...
Elle me regarde et pose une main sur le cadre de la porte, comme pour se retenir de tomber.
-Je me disais bien que j'avais entendu du bruit dans le hall. Sven...
-C'est maman, chuchotte Lucy à mon oreille.
La femme rousse se tourne en direction du hall et s'écrie :
-Hé ! Venez tous, Sven est à la maison !
A ce moment-là, la porte d'entrée s'ouvre.
-Qu'est-ce que c'est que tout ce rafut ? demande Harry en entrant avec son aïeule.
Ses beaux yeux noirs se posent sur moi.
-Sven...
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:24

Chapitre 27

-Sven, tu es venu passer Noël avec nous ? me demande la mère de Harry.
Je suis on ne peut plus gêné. Dans la porte, tous se bousculent pour entrer : Harry, son père, sa mère, son beau-frère, ses neveus, et même sa grand-mère. J'ai l'impression d'être de retour chez moi après un long voyage.
-Non, je... je suis juste venu voir... Harry, je baffouille.
-Hé bien puisque tu es là, nous mettrons une assiette en plus, dit sa grand-mère.
Sa canne à la main, elle se fraye un passage et vient jusqu'à moi. Je me lève du canapé, gêné. La vieille femme me prend dans ses bras.
Mais qu'est-ce qu'Harry a pu leur raconter, pour qu'ils m'accueillent avec tant d'effusion ?
-Merci mais...
-Ne pense même pas à refuser, me dit sa mère.
La grand-mère dépose un baiser sur ma joue et me relâche enfin.
-Je crois que tu n'as plus le choix, me dit Lucy à l'oreille.
-Sven ! Tu nous joues de la guitare ! s'écrient les neveus de Harry.
-Je n'en ai pas, je réponds en baissant les yeux.
Je ne sais pas quoi faire. Je suis coincé ici alors que je n'ai qu'une envie, serrer Harry dans mes bras.
-J'ai apporté la mienne, dit le mari de Lucy. Sven vous jouera quelque chose avant d'aller au lit si vous êtes sages.
Il me regarde et ajoute :
-Si ça ne vous gêne pas...
Je ne suis même pas sûr de rester et lui, il parle de ce qui se passera après manger. Je suis perdu. Il n'y a pas si longtemps, je me sentais comme un coquillage abandonné sur la plage. A présent, j'ai plutôt l'impression de subir le flux et reflux des vagues, de me laisser entraîner comme un enfant qui n'a plus la force de nager.
La mère de Harry me serre à son tour dans ses bras, et murmure à mon oreille :
-Bienvenue à la maison, mon fils.
Mes bras bougent d'eux-même et répondent à son étreinte. Mon fils. Personne ne m'a jamais appelé ainsi. Je sens mes yeux se mouiller, je lutte pour ne pas pleurer. Par dessus la tête de sa mère, j'aperçois Harry qui sourit d'un air amusé. Idiot, viens donc me sortir de là au lieu de rire comme un bênet !
Comme s'il avait entendu mon appel muet, il fait d'un air innocent :
-Maman, je crois que ta dinde est en train de brûler.
La matronne me lâche en s'écriant :
-Oh mon dieu, ma dinde !
Elle se précipite à la cuisine, suivie de son époux.
-Ca va, il n'y a que quelques marrons de grillés, nous dit-elle depuis la cuisine.
-Les garçons, vous m'aidez à mettre la table ! nous demande Lucy.
-Mon vieux, tu n'as plus le choix, me fait Harry tout en me lançant une tape sur l'épaule.
Je sais, ta soeur me l'a dit ! Mais où sont passées les retrouvailles romantiques que j'attendais avec tant d'impatience ??


Le repas est terminé depuis un moment déjà, et je crois que j'ai réussi à retenir les prénoms de tout le monde... du moins, je l'espère. Les parents de Harry sont Maria et Roland, sa grand-mère Suzanne, le mari de Lucy s'appelle Stephan, et leurs enfants Melissa et Gregory... je crois...
Maria nous sert à chacun des infusions, et Stephan dit :
-Allez les gosses, pipi et au lit !
-Pas déjà ! fait Melissa avec le sourire malicieux des enfants de sept ans qui ont décidé de contredire leurs parents. Ce soir, j'attends le Père-Noël. Dans ma lettre, je lui ai promis.
-Il comprendra que tu aies obéit à ton père, répond Lucy avec un sourire. Il ne t'en voudra pas d'avoir cassé ta promesse pour être une petite fille obéissante.
La gamine regarde son oncle et demande :
-C'est vrai, tonton ?
-Oui, répond Harry avec un sourire amusé.
-Alors on va au lit, mais avant... Sven nous joue de la guitare comme on avait dit.
-Oui !! confirme Gregory qui ne sait pas dire grand chose d'autre, du haut de ses trois ans.
Je soupire discrètement. Moi qui espérais qu'ils avaient oublié, c'est loupé...
-Je crois que tu n'as pas le choix, chuchotte Harry. Ils vont te harceler jusqu'au bout, sinon.
Bien sûr, et ce sera ma faute s'ils ne vont pas se coucher... J'ai compris... Mais c'est quoi cette soirée où tout le monde décide pour moi ? Tout ce que j'ai entendu jusqu'à maintenant, c'est "tu n'as pas le choix".
-Juste une, alors, je dis en me levant.
Je pense au CD qui m'attend dans la poche de mon blouson. Finalement, il ne me servira à rien.
Stephan me passe sa guitare. Je vais m'assoir sur le canapé. Afin de gagner du temps, j'accorde la guitare qui n'a nul besoin de l'être. Puis je me lance.

Full moon sways
Gently in the night of one fine day

On my way
Looking for a moment with my dear

Full moon waves
Slowly on the surface of the lake

You were there
Smiling in my arms for all those years


Comme s'il souhaitait confirmer les paroles que j'ai écrites, Harry me sourit. Comme il l'a fait, dans mes bras, pendant toutes ces années passées ensemble, où je m'acharnais sur mon sort.

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end


Ma voix se casse, je tousse pour l'affermir, je déglutis. J'essaye de détacher mes yeux du regard humide d'Harry. En vain. Il essuie discrètement une larme. Il a de la chance, car moi, mes deux mains sont occupées.

Old love affair
Floating like a bird resting her wings

You were there
Smiling in my arms for all those years

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end

What a fool
I don't know 'bout tomorrow
What it's like to be
Ah...

I was fool
Couldn't let myself to go
Even though I feel
The end

Full moon sways
Gently in the night of one fine day

You were there
Smiling in my arms for all those years...


D'un geste vif, j'essuie mes yeux. Durant toute la chanson, nos regards ne se sont pas quittés. Toutefois, les enfants brisent le charme en applaudissant et en criant.
-Allez, au lit maintenant, fait Harry. D'ailleurs, je vais ramener Sven chez lui. Il doit être fatigué lui aussi.
Je le regarde surpris. Puis je confirme maladroitement :
-Oui. En effet, je meurs de fatigue.
Nous prenons congé de tout le monde. Maria nous serre tous les deux dans ses bras et dit d'une voix menaçante :
-Attention, si vous n'êtes pas là demain à 11h30 pour aller manger chez tante Eleonore, je viens moi-même vous chercher par la peau des fesses !


Chapitre 28

Fidèle à son habitude, Harry tient le volant de deux mains, son visage sérieux, les yeux rivés sur la route qui défile sous les phares de sa Clio. Je me décide enfin à rompre le silence, au bout de deux minutes de trajet où le seul bruit provenait du ronronnement du moteur.
-Euh... Qu'est-ce que tu leur as dit ?
-Hein ?
Pitié, Harry, tu n'es quand-même pas devenu aussi stupide que moi !
-Ta famille réserve toujours un tel accueil aux étrangers ?
-Tu n'es pas un étranger, répond Harry sur un ton qui indique que le sujet est clos.
Ok mon vieux, je te laisse tranquille pendant que tu conduis, mais tu n'échapperas pas à cette discussion.

Peu de temps après, nous montons les marches d'escaliers qui mènent au premier étage. L'ampoule a été remplacée par le concierge. Jusqu'à quand va-t-elle durer, cette fois ?
J'entre. Harry me suit. Nous retirons nos manteaux que nous accrochons. La pièce principale est allumée. Nadia est assise dans le fauteuil, un livre dans les mains.
-Qui est-ce ? me demande aussitôt Harry.
Je souris.
-C'est ma femme. D'ailleurs, ne fais pas trop de bruit, nos enfants doivent dormir.
Nadia éclate de rire en voyant le visage stupéfait de mon ex-colocataire.
-Je suis sans domicile, explique-t-elle pendant que je vais dans ma chambre. Sven nous a reccueillis, mes deux enfants et moi.
Le visage d'Harry est encore plus stupéfait, comme s'il était plus plausible que je sois hétéro et que j'aie deux enfants en moins d'une semaine, plutôt que j'aie eu un élan de générosité.
-D'ailleurs, je lance depuis la chambre, si ça ne te gêne pas, tu vas devoir dormir avec moi cette nuit.
-Idiot...
Je reviens dans le salon, et je pose trois cadeaux près du comptoir sur lequel est posé un mini-sapin acheté et décoré par Nadia.
-Sven, il ne fallait pas, me dit la jeune femme.
Je prends Harry par la manche et tout en me dirigeant vers la chambre, je dis à ma cuisinière :
-Nadia, je ne veux être dérangé sous aucun prétexte, même catastrophe naturelle, est-ce clair ?
-La dernière fois que vous avez dit ça, vous vous êtes enfermé avec votre guitare.
-Mais cette fois, je préfère m'enfermer avec ma muse, je réponds avant de fermer la porte.

Nous nous retrouvons tous les deux, dans l'intimité de ma chambre, aussi gênés l'un que l'autre.
-On parle d'abord ? je demande afin de détendre l'atmosphère. Ou on baise et on parle ensuite ?
Je sens le regard noir d'Harry braqué sur moi malgré l'obscurité.
-On ne baisera plus jamais, répond Harry d'un ton grave.
Je me laisse tomber assis sur le lit, découragé. Puis je redresse la tête. Plus question de me laisser abattre ! Harry m'a attendu quinze ans ! Je serais vraiment indigne de lui si je baissais les bras à la moindre petite difficulté.
-Tu peux t'assoir si tu veux, je dis d'un ton qui se veut léger.
Le pauvre semble aussi gêné que moi. Il s'asseoit sur le lit, à côté de moi. Je me tourne vers lui.
-Tu sais...
-Tu sais...
Voilà, personne ne parle, et puis nous parlons en même temps. C'est bien nous, ça. C'est sûr, quand on ne parle pas pendant treize ans, on finit par en avoir, des choses à se dire...
-Vas-y, me dit-il.
Je hoche la tête.
-J'ai été vraiment nul, pendant ces treize années. Non, plutôt pendant ces vingt-cinq dernières années. Au début, j'étais à peu près OK.
Même si je ne le vois pas, j'entends Harry lâcher un petit rire.
-Tu mériterais une légion d'honneur pour m'avoir supporté pendant tout ce temps. Et moi, je ne te voyais même pas. Je ne voyais que mes petits malheurs...
-En fait, me coupe Harry, j'ai fini par penser que tes traumatismes psychologiques t'avaient fait perdre 150 de QI.
-Je ne pense pas avoir eu un jour 150 de QI.
-Justement...
-Tu insinues que j'ai un QI négatif ? je m'écrie en lui sautant dessus. Enflure !
Il me réceptionne et me serre dans ses bras. Je me blottis contre sa poitrine, puis je dis :
-Merci de m'avoir coupé, je ne sais plus où j'en étais. Ah oui... Je ne voyais que mes petits malheurs. Alors que tu étais là pendant tout ce temps, à essayer de montrer que finalement, la vie, c'est pas si nul. Et puis tu es parti. Et j'ai cru avoir tout perdu. Jusqu'à ce que Graham et John euh... me donnent un coup de main pour m'aider à comprendre.
-Comment ça ?
Je n'ose pas lui dire que j'ai reçu un coup de main dans le sens littéral du terme, sinon, je crois qu'il irait les tuer sur le champ.
-Ils m'ont fait comprendre que le sexe avec des sentiments, c'est quand-même mieux. Ils m'ont vraiment ouvert les yeux. Sur ces dernières années. Et sur ce que je ressentais.
-Quel est le rapport avec John ?
-Il y a quatorze ans, Lucy n'avait pas un ami homo qui s'appelait John ?
Harry sursaute.
-Je ne l'avais même pas reconnu !
-Il était l'un des clients que m'amenait Graham. Bref, j'ai beaucoup réfléchi ces derniers jours. Je ne suis pas sûr de grand-chose. Mais il y a une chose, au moins une, dont je suis sûr. Tu m'as offert cette guitare pour donner un sens à ma vie. Mais ma vraie raison de vivre, c'est toi.
Blotti dans les bras de Harry, l'oreille contre sa poitrine, je suis aux premières loges pour entendre son coeur s'emballer. Il passe une main dans mes cheveux, puis demande :
-Et de quoi est-ce que tu n'es pas sûr ? Si je peux répondre à quelques uns de tes doutes...
-Est-ce que tu veux toujours de moi ? Est-ce que tu veux bien recommencer à zéro.
-Non ! s'écrie Harry en me lâchant.
Je quitte ses bras et prends place un peu plus loin. Harry éclate de rire tout en déboutonnant sa chemise. Je me demande s'il n'est pas devenu fou. Alors il dit :
-Ca m'a pris quinze longues années pour en arriver à aujourd'hui. Et tu voudrais me faire recommencer à zéro ? Je ne suis pas maso à ce point !
Il prend ma main et la pose sur sa poitrine dénudée. Sous ma paume, je sens son coeur qui bat. Sous mes doigts, je sens le petit anneau de métal suspendu à son téton gauche. Je frémis.
-J'ai brisé plusieurs fois cette promesse, ça ne vaut plus rien, je dis en retirant ma main, à regret.
Harry se penche en arrière. Il fouille dans le tiroir de ma table de nuit et en ressort le deuxième anneau et le petit appareil.
-Dans ce cas, il suffit de la renouveler. L'autre fois, tu m'as dit que ce n'était pas une bague de fiancailles. Hé bien maintenant, c'en est une.
-Idiot, nous ne pouvons pas nous marier, je dis en retirant tout de même mon pull.
-Nous faisons mieux que nous marier. Lors d'un mariage, on passe une bague à l'annulaire gauche, parce qu'on dit qu'une veine, "Vena Amoris" passe par ce doigt et va directement au coeur. Mais nous, nous posons directement cet anneau sur notre coeur.
Harry perce mon téton gauche, y glisse l'anneau, et dit :
-Comme ça, tu m'appartiens et je t'appartiens. Ca te va ?
Je chevauche ses hanches, passe mes bras autour de son cou, et j'embrasse ses lèvres. Il accueille ma langue lorsqu'elle pénétre sa bouche, il la repousse par moments pour mieux se laisser investir par la suite. Hors d'haleine, il prend mon visage dans ses mains, plonge ses beaux yeux noirs dans les miens, et murmure :
-J'aimerais t'appartenir complétement.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:26

Chapitre 29

Son regard noir est plus intense que jamais, je manque de m'y noyer. Harry me serre plus étroitement contre lui, mon téton gauche nouvellement percé me brûle, mais c'est une douleur merveilleuse qui me rappelle chaque seconde que nous nous appartenons mutuellement.
J'envisage un instant sa requête, puis je détourne les yeux.
-La dernière fois que nous avons baisé, j'ai... j'ai voulu essayer. Mais je me suis souvenu à quel point j'étais sale. Je... je ne veux pas te salir. Je ne veux pas que tu deviennes comme moi.
Harry prend mon menton et me force à le regarder.
-Je te l'ai déjà dit, nous ne baiserons plus. A partir de maintenant, nous ferons l'amour. Compris ?
Je hoche la tête. Un petit sourire nait sur son visage grave. Il ajoute :
-Et ne dis pas que tu vas me salir, ne dis plus que tu es sale. Ce qui vient de l'homme que j'aime ne saurait être sale.
Mon coeur se met à battre à tout rompre.
Harry... Tant de fois, je t'ai demandé de m'aimer. De m'aimer plus fort. De m'aimer plus vite. De m'aimer plus mal. Ce soir, c'est mon tour de te montrer combien je t'aime.

Je pose mes mains sur ses épaules larges, repoussant sa chemise le long de ses bras. Je souris en le voyant défaire à la hâte ses boutons de manchettes. Lui aussi, se souvient de la fois où il a dû déchirer sa chemise pour avoir un peu de liberté de mouvements. Il retire le vêtement alors que mes lèvres se posent dans son cou.
Je l'ai à peine touché que son souffle est déjà court. Harry, où est-donc passé ton sang froid ?
Je le pousse sur le lit et je reste un moment blotti dans le creux de son cou. J'aime la sensation de sa peau contre la mienne. Ses mains se posent sur mes reins, longues et chaudes. Mon sang bout dans mes veines tandis que ma braguette se fait serrée.
Harry, traître, tu n'as pas le droit d'utiliser mon point faible dès le départ.
Afin de me venger, mes lèvres descendent sur sa poitrine. Je passe le bout de ma langue sur son téton droit, et rien que cette infime caresse le fait frissoner de tout son long. Je recommence. Même réaction de sa part. Mes dents se joignent à la fête, mordillant délicatement ce morceau de chair dure tandis que mes doigts s'emparent de son jumeau percé.
Sous mon ventre, je sens Harry devenir de plus en plus excité. Je me frotte contre lui, afin d'attiser davantage le feu qui s'est emparé de son bas ventre, et je murmure à son oreille :
-Allons, Harry, tu ne vas pas jouir avec seulement ça ? Je t'ai connu plus endurant.
-La ferme, grogne-t-il avant de m'emprisonner dans ses bras et de prendre mes lèvres avec un désir féroce.
Tout en répondant à ce baiser endiablé, je retire ma main de son téton et la fait descendre sur son ventre plat, en direction de sa braguette. Lorsqu'elle s'y pose, la respiration de mon amant s'accélère, comme s'il avait courru un sprint, et il relâche son étreinte. Ma main le masse à travers son pantalon serré, et chacun de mes attouchements provoque un gémissement.
-Sven...
Mes mains le délivrent enfin de son vêtement, et le caressent à travers son boxer. Je penche la tête et dépose un baiser sur cette bosse attractive. Il frémit.
En treize ans, je n'ai jamais connu Harry aussi excité. Même le jour où il était prisonnier de sa chemise, il ne réagissait pas autant à mes caresses.
Ma langue léche son ventre plat, puis glisse sous la ceinture élastique, où elle rencontre le sommet de son pénis humide. Nouveau frémissement. Je ne peux plus résister. Harry est décidément trop sexy. Je retire son boxer d'un geste rapide et léche ce bâton de chair appelant désespérément des caresses. Mes mains s'y posent et le caressent de haut en bas.
Mes yeux captent le regard embrumé d'Harry braqué sur moi. Mes lèvres remplacent mes mains sur cette chair gonflée, et sans le quitter des yeux, je fais des va et viens qui le rapprochent à chaque fois davantage de la jouissance.
-Sven... soupire-t-il en tentant de se libérer de mes caresses buccales.
Mes mains se posent sur son bassin afin de l'immobiliser. Son corps se tend, un gémissement, puis je sens un liquide aigre-doux envahir ma bouche. Ses yeux se ferment alors que son corps se calme enfin. Sa poitrine monte et descend au rythme de son souffle saccadé.
-Je vais mourir, soupire-t-il.
Toutefois, je ne lui laisse aucun répit et ses yeux s'écarquillent alors que je glisse un doigt en lui. De ma main libre, je lui plie les jambes afin de surélever son bassin. Ma langue rejoint mon doigt et l'aide à préparer cette grotte inhabitée depuis trop longtemps. Je retire mon pantalon décidément trop serré, et ôte mon boxer dans la foulée.
-Attends, Sven...
Je retire mon doigt inquisiteur et le pénétre du bout de la langue, passant mes bras autour de chacune de ses jambes pliées pour qu'il ne les bouge pas.
-Sven, répète-t-il d'une voix rauque.
Ses beaux yeux noirs embrumés reflétent l'envie, mais également l'appréhension et la peur. Je relâche ses jambes. Je m'allonge sur son corps nu, glissant contre son érection ravivée.
-Si tu n'as pas envie de continuer, ce n'est pas grave, je dis en l'enlaçant. Mais sache que je n'ai pas l'intention de te faire mal.
Après un clin d'oeil, j'ajoute :
-Enfin si, mais juste un peu, pour que ce soit drôle.
-Sven, grogne Harry.
Néanmoins, il sourit, et la peur a quitté son regard. Je reprends mon poste entre ses jambes qu'il a pliées de lui-même.
-Ca va ? je demande en glissant un doigt en lui.
Pas de réponse, mais un soupir de satisfaction. Je bouge mon doigt afin de l'habituer, pendant que ma bouche s'empare à nouveau de son érection. Le sentant se détendre, j'ose un deuxième doigt, finalement plutôt bien accueilli.
-Sven, gémit-il.
J'hésite. C'est le moment de vérité. Ne vais-je pas lui faire mal ? Vais-je être capable de lui faire plaisir ?
-Sven... répéte-t-il de la même voix suppliante.
Remisant toutes mes questions au placard, je me relève. Harry quitte le bord du lit, et s'y allonge bien au milieu. Je me mets à quatre patte au dessus de lui, et me positionne face à son entrée intime. Je rentre l'extrémité de mon pénis, guettant la moindre réaction sur le visage de Harry. Ses yeux se ferment alors que ses mains se crispent sur les draps.
-Ca va ? je demande, ne pouvant réprimer mon angoisse.
Il ouvre ses yeux embués de larmes et me sourit.
-Oui, viens, dit-il.
J'avance encore un peu puis attends qu'il s'habitue pour poursuivre mon entrée.
Jamais je n'aurais imaginé faire un jour ce genre de chose avec Harry. Tout comme je n'imaginais pas voir un jour dans ses yeux des larmes de souffrance due à la pénétration. Dans ma tête, Harry était si beau, si viril, ce genre de situation m'était inconcevable.
Or je le trouve encore plus beau, plus sexy, plus désirable. Je prends ses mains crispées sur le lit et je passe ses bras autour de mon cou.
-Ce pauvre drap ne t'a rien fait, je murmure à son oreille. Venge-toi plutôt sur moi.
Il sourit. Je profite de son attention détournée pour le pénétrer entièrement. Une larme roule sur sa joue. Je l'arrête de la langue, comme si le fait de la faire disparaître annulait également sa souffrance. Ses bras me tiennent fermement. Je me sens tout puissant. J'ai le pouvoir de lui infliger la pire des douleurs comme de l'emmener au septième ciel.
Harry, merci de me donner cette confiance.
Mes lèvres glissent sur les siennes dans un baiser passionné. Sa langue me répond. Son corps se décrispe sous le mien. Bientôt, je sens ses jambes s'enrouler autour de mes hanches, comme s'il voulait complétement m'attirer en lui. Mon corps se met à bouger, tout d'abord maladroitement, puis l'instinct reprend le dessus.
Dans les beaux yeux noirs de mon partenaire, il ne subsiste plus que du plaisir. Je me force à aller doucement pour ne pas le blesser, mais ses jambes m'attirent contre lui, toujours plus vite et plus fort.
-Sven ! s'écrie-t-il alors que je sens sa semence couler sur mon ventre.
Sentant les spasmes de son corps m'enserrer, je ne peux retenir ma jouissance.
-Harry...
Un cyclone d'une intensité irréelle me prend dans son oeil, un feu d'artifice éclate devant mes yeux, le monde me paraît plus beau et coloré. Lorsque la tornade de l'orgasme me relâche enfin, je m'écrase sur Harry. Dans ses bras. Parce qu'il a toujours été là pour me réceptionner, et que ce genre de chose ne changera certainement jamais.


Chapitre 30

Harry est allongé sur le côté, presque sur le ventre. Et cette fois, c'est moi qui le tiens dans mes bras. Mais si les rôles sont inversés, ce n'est pas parce que nous les avons échangés depuis le début de la soirée. Non. C'est parce que mon vieil ami a le derrière trop douloureux pour être allongé sur le dos. Désolé, Harry, j'ai fait le plus doucement possible...
Un de mes bras est passé un autour de son cou pour qu'il puisse poser sa tête sur mon épaule, et l'autre trace des arabesques du bout du doigt sur son dos. Nous avons à peine repris notre souffle, et un silence léger s'est installé dans la chambre.
-Harry ?
-Oui...
-Tu ne m'as pas répondu, tout à l'heure.
-A quel sujet ? demande-t-il en se reculant afin de me regarder.
-Comment se fait-il que ta famille m'ait réservé un tel accueil ? Qu'est-ce que tu leur as raconté ?
Harry se gratte le front, les yeux perdus dans le vide, puis finit par répondre.
-A partir de mes dix-sept ans, mon père me faisait souvent la remarque comme quoi je ne ramenais jamais de petite amie. Ma soeur savait la vérité mais respectait mon intention de le cacher à nos parents. Puis vers vingt ans, nous avons emménagé ensemble, toi et moi, puisque nos petits concerts dans les bars nous rapportaient assez. Lorsque j'allais rendre visite à mes parents, toujours la même chanson... Alors j'ai fini par leur annoncer que j'habitais avec la personne que j'aimais. Ils ont été surpris par mon homosexualité, mais je leur ai dit que quand bien même je saurais comment faire, je n'avais aucune intention de changer mes sentiments. Ils ont fini par accepter le fait que j'aime un homme, et m'ont demandé de t'amener à la maison. Mais...
Ma main contourne son épaule et se met à jouer distraitement avec son piercing. Je poursuis sa phrase :
-Mais tu ne pouvais pas me demander de venir chez tes parents puisque nous n'avions aucune relation réelle.
Harry soupire.
-Oui, c'est à peu près ça. Tu ne reconnaissais pas mes sentiments, tu te serais demandé pour quelle raison tu devais rencontrer mes parents. Mais je leur assurais toujours que j'étais heureux et que tout se passait bien, ce qui était vrai en quelque sorte. Donc s'ils t'ont accueilli de la sorte, c'est simplement parce que tu me rends heureux.
-Heureux ? je demande. Je n'ai jamais rien compris, comment peux-tu dire que tu étais heureux ?
-J'étais heureux d'être avec toi. Heureux de pouvoir t'étreindre, même si je n'étais pas le seul. Heureux de pouvoir t'aimer, même si c'était en silence.
Harry prend ma main qui joue avec l'anneau suspendu à son téton, et la pose sur son coeur.
-Tu sais, quand je suis parti... même si tu n'avais rien compris, même si tu ne m'avais pas rendu mes sentiments, si tu étais venu me chercher, je serais revenu.
Il dépose un baiser sur mes lèvres et ajoute :
-Parce que je te l'ai déjà dit. Dark Diana peut me chasser autant qu'elle veut, je ne la fuirai jamais.
-Harry...

Un bruit dans le salon attire notre attention, et nous pouffons comme deux gamins qui viennent de faire une bêtise.
-J'espère que Nadia ou les enfants ne nous ont pas entendus, fait Harry avec le même sourire malicieux qu'il y a treize ans, son sourire de sale gamin.
A vrai dire, qu'ils nous aient entendus ou pas m'importe peu. J'ai fait l'amour à Harry. J'ai possédé son corps. Il s'est offert à moi comme personne auparavant. Je l'ai aimé, comme il me l'a demandé, et surtout, comme j'en avais envie depuis longtemps. Je crois que je me cachais derrière l'excuse "je ne veux pas le salir". En réalité, j'avais surtout peur de l'aimer.
-Ca va ? je demande, un peu inquiet.
-Oui oui, ne t'en fais pas, répond Harry avec un sourire.
Son souffle chatouille mon cou. Mes doigts jouent dans ses cheveux et sans même le voir, je peux deviner que ses yeux sont fermés et son visage serein. Ma main quitte son dos un moment, le temps de tirer les couvertures sur nos deux corps enlacés. Je sens des gouttes d'eau couler sur mon épaule. Je tourne la tête vers mon amant. Il me sourit malgré ses yeux embués de larmes.
-Ca va ? je demande à nouveau.
-Oui oui, c'est juste que je viens de bailler et quand je baille, j'ai les yeux qui pleurent.
-Menteur, je n'ai entendu aucun bruit de ce genre.
-Parce que je suis bien élevé et que je sais bailler discrètement, grogne Harry.
Malgré ses protestations, une nouvelle larme suit le sillon déjà tracé sur sa joue. Ses yeux brillent plus que du diamant. Ma main se pose sur son visage, tout d'abord pour essuyer ses larmes, puis pour le caresser, parce que j'ai envie de le toucher. Son nez droit, ses lèvres pleines, sa mâchoire volontaire, je remonte sur l'autre joue sur laquelle se promène une méche noire, puis son front haut qui se plisse lorsqu'il réfléchit, de son air trop sérieux.
Harry, je t'aime...
Je me tourne sur le côté, face à lui, et le serre davantage dans mes bras. Dans l'obscurité, mes lèvres trouvent les siennes. Je les mordille, puis les léche comme pour me faire pardonner. Sa bouche s'ouvre à moi, et j'ai l'impression qu'elle me dit que je peux la posséder, que je peux posséder tout ce corps, puisqu'il m'appartient. Sa langue vient à la rencontre de la mienne. Je l'invite d'un léger frôlement, puis nous partons tous les deux dans un ballet sensuel et envoutant, dans lequel la sauvagerie de notre étreinte est remplacée par la douceur et la tendresse.
Je me recule, légèrement essoufflé, et je murmure :
-Harry, je...
Merde ! Pourquoi les autres mots restent bloqués dans ma gorge ? Pourquoi ne veulent-ils pas sortir ?
Harry, je t'aime !
Je déglutis et je retente :
-Je...
Un sourire rayonnant illumine les traits de mon compagnon. Il me serre davantage contre lui, emmélant nos jambes, nos bras, nos coeurs.
-Moi aussi, répond-il en déposant un baiser sur mon front.
Pris au dépourvu, je referme mes bras sur lui et à défaut de confession, d'autres mots franchissent mes lèvres :
-Joyeux Noël, Harry.
-C'est en effet mon plus beau Noël. Le Père-Noël a fini par m'apporter ce cadeau que j'ai attendu si longtemps. J'ai bien fait de continuer d'y croire.
Un clin d'oeil puis :
-Et toi, avais-tu un cadeau que tu voulais ?
-Des milliers, même si je n'y croyais plus depuis longtemps.
Une famille accueillante. Quelqu'un qui m'aime et que je suis capable d'aimer. Un monde coloré et beau. Me réveiller le matin sans me dire "zut, je suis encore vivant."
-Et sur ces milliers de cadeaux, tu en as eu combien ? me demande Harry.
-Tous.
Et c'est grâce à toi. C'est toi mon Père-Noël. Je t'aime Harry. J'essayerai tous les jours. Jusqu'à ce que ces trois mots, si petits mais si lourds de sens arrivent à sortir de ma bouche. Oui, je te les dirai un jour. Attends-moi encore un peu, Harry, s'il te plaît...
Alors que je sombre peu à peu dans le sommeil, je sens un baiser léger comme une aile de papillon se poser sur mes lèvres. Puis un murmure parvenir à mes oreilles.
-Je t'aime, Sven...
-Harry, je t'ai...
Le marchand de sable me boude depuis trente ans. Ce soir, il est passé trop tôt. Dommage, j'y étais presque.
-Oui, tu m'as.
Non, tu n'as pas compris. Mais demain, Harry. Demain, j'y arriverai.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:27

Chapitre 31

Lorsque nous franchissons la porte de la maison des parents de Harry, Lucy nous accueille avec un immense sourire.
-Bonjour ! J'ai bien cru que vous ne viendriez pas, fait-elle avec un clin d'oeil éloquent.
Je baisse les yeux alors qu'Harry éclate de rire.
-Je ne suis pas encore prête, nous dit-elle ensuite. Stephan est parti devant avec papa, maman et mamy. Ca vous embête si je monte avec vous en voiture ?
-Comme si nous avions le choix ! répond Harry.
-Méchant petit frère ! dit Lucy d'un air amusé. Bon, je finis d'habiller les enfants et j'arrive. Ils étaient tellement excités avec leurs cadeaux qu'ils nous ont mis en retard.
Harry hoche la tête et me dit :
-Viens, je vais en profiter pour te montrer ma chambre d'adolescent.
Je suis Harry dans les escaliers. La vue sur son adorable postérieur me donne des idées, mais je me raisonne. Ce n'est ni le moment, ni le lieu.
Nous arrivons à l'étage, dans un couloir qui fait à peu près deux fois la largeur des escaliers. Une plante verte posée sur un guéridon égaye le coin sombre, opposé à l'entrée des marches. Des voitures, poupées, playmobiles et chevaux en plastique sont posés en vrac contre le mur. C'est sûrement ce que des enfants appellent "ranger". Cette pièce s'ouvre sur six portes. Je suppose qu'il y a la chambre des parents, la chambre de Lucy, celle de Harry, une salle de bains, une chambre d'amis, et peut-être un débarras ou un grenier.
Harry pousse la deuxième porte sur la gauche. Nous entrons dans la pièce, meublée d'un lit, une étagère, une armoire, et un bureau. Un synthétiseur est rangé dans un coin, ses pieds pliés appuyés entre le bureau et le mur. Sur l'étagère, des livres sont alignés les uns à côté des autres, quelques bandes dessinées, des maquettes d'avions et divers biblots. Un sac de voyage est posé sur le sol, probablement le sac qu'Harry a amené lorsqu'il est parti de notre appartement.
-J'ai encore plein de bazar à ramener chez nous, dit-il. Un jour, je prendrai le temps de trier. Oui, un jour...
Il sourit, désigne d'un geste de la main l'espace autour de lui.
-Enfin, voilà ma chambre.
Il s'appuie contre le bureau, les bras croisés, et fait d'une voix rêveuse :
-Tous les soirs, dans ce lit, je m'endormais en pensant à toi...
-Tu ne faisais que penser à moi ? je demande en insistant sur le mot "penser" afin de cacher mon émotion.
-Qu'est-ce que tu crois, râle-t-il sans toutefois parvenir à cacher son rougissement. Mon amour était pûr !
J'éclate de rire.
-Tellement pûr que tu m'as sauté dessus après à peine deux bières.
-Quatre bières, rectifie-t-il, et je t'ai juste embrassé. C'est toi qui m'as sauté dessus.
Il sourit et ajoute :
-Bon, j'avoue, parfois je pensais à toi tout en ayant la main droite occupée.
Je m'avance, hypnotisé par le petit sourire qui flotte sur ses lèvres. Presque assis sur le bureau, les jambes tendues devant lui, il décroise les bras. Une fois près de lui, j'appuie mon bassin contre le sien, ma poitrine contre la sienne, je l'entoure de mes bras. Son sourire disparaît, son visage devient grave, ses yeux me dévorent. Alors je l'embrasse. Parce que je suis attiré par lui comme par un aimant. Ses bras m'enlacent, sa bouche m'accueille, une de ses mains se pose sur ma nuque, l'autre sur mes reins, comme pour m'attirer plus près.
Merde, à peine un baiser et je suis déjà excité !
-Tu n'imagines pas le nombre de fois où dans mes rêves, je te voyais allongé sur ce lit, murmure-t-il à mon oreille.
D'un geste vif, je me libère de son étreinte et je m'étends sur le lit.
-Comme ça ? je demande avec un sourire en coin.
Harry me regarde, fait mine de réfléchir, tenant son menton entre son pouce et son index, la tête penchée sur le côté, puis répond :
-Je te voyais plus dénudé.
-Les garçons ! On y va ? lance Lucy depuis le rez-de-chaussée.
Je me relève, et en passant près de mon amant, je lui fais un clin d'oeil et je demande :
-Pûr, hein ?
Avant de quitter la chambre, je le vois prendre un paquet de petite taille et le mettre dans sa poche. Après tout, c'est Noël, il est normal qu'il ait des cadeaux pour sa famille. Celui-ci doit être de dernière minute.


Notre arrivée chez tante Eleonore se fait beaucoup plus calme que l'accueil qu'on m'a réservé la veille chez les parents de Harry. Pour ces gens, je ne suis qu'un ami de Harry, au mieux l'ex-chanteur de Dark Diana. Jusqu'au moment où ils se rendent compte qu'un simple ami n'a rien à faire dans un repas de famille. Sauf s'il est plus qu'un ami...
Tout le monde dit bonjour à tout le monde, je suis Harry dans cette cohue, saluant ces inconnus. Nous arrivons au niveau d'Edouard, le cousin de mon compagnon.
-C'est vrai qu'on t'a jamais vu avec une fille, fait Edouard à Harry, mais de là à penser que t'étais homo.
-T'inquiète, c'est pas contagieux...
Nous prennons l'apéritif dehors, comme le temps le permet. Les cadeaux se distribuent dans la bonne humeur, et les verres se servent plus que de raison. Certaines personnes parlent, puis se taisent subitement dès qu'Harry et moi apparaissons. Quelques sourires hypocrites, puis :
-Il fait beau, hein ? C'est agréable de prendre l'apéritif dehors...
Les épaules de Harry se raidissent de manière imperceptible. Il ne dit rien, mais je sais qu'il bout intérieurement. Heureusement, nous passons à table. A l'intérieur, tout le monde est un peu plus calme, et même si les conversations sont animées, ça n'a rien à voir avec l'extérieur.
Me sentant mal à l'aise au milieu de tout ces inconnus, je me rends à la cuisine pour aider Edouard et sa mère. Ce dernier me regarde et me demande :
-Au fait, Harry et toi, vous choisissez comment qui fait quoi ?
-A pile ou face, crétin, répond Harry qui arrive à ce moment-là.
Il semble plus énervé que jamais. Il sort sur le perron et s'asseoit sur un banc en poussant un long soupir. Je le rejoins et m'allume une cigarette, debout à côté de lui.
-Tu ne devrais pas faire attention à ce genre de remarques, je dis en posant une main sur son épaule.
Je le sens se raidir sous ma paume, et je retire ma main.
-Je peux rentrer chez nous, si tu veux...
Il pousse un autre soupir.
-Je me fiche de ce qu'ils pensent. Mais je ne veux pas qu'ils t'insultent, toi.
Je m'avance vers lui et j'attire son visage contre ma poitrine.
-Et moi, je me fiche royalement de ce qu'ils disent. Je suis avec toi, et seul cela compte.
Harry fouille dans sa poche et me tend le cadeau que je l'ai vu prendre dans sa chambre.
-Tiens, je voulais te le donner la prochaine fois que je te verrais. Mais hier, j'ai complétement oublié, j'étais tellement surpris de te voir à la maison que je n'y ai plus pensé.
Je prend le petit paquet, hésitant.
-Ouvre ! fait-il avec un sourire.
Je défais le papier d'une main tremblante. Une boite recouverte de velours noir apparaît dans mes mains.
-Qu'est-ce que c'est ? je demande.
-Ouvre-le...
J'essaye mais je ne suis pas vraiment doué. Harry soupire comiquement et me prend la boite des mains. Il l'ouvre et la tend ouverte devant moi.
Un bruit d'appareil photo nous fait tourner la tête. Lucy nous sourit.
-Vous étiez trop mignons, avec cette boite ouverte dans les mains, on aurait dit une demande en mariage.
Harry rougit, ce qui fait rire davantage sa soeur. Je prends la montre gousset, ornée d'une guitare. Je l'ouvre. Dans cette montre, la partie qui s'ouvre et couvre le cadran peut contenir une photo. Alors je me précipite vers Lucy.
-Pourrez-vous m'envoyer un exemplaire de cette photo s'il vous plaît.
-Je te les enverrai toutes, s'esclaffe-t-elle avant de rentrer.
Harry me regarde, un sourire aux lèvres. Je ne peux m'empêcher d'embrasser ce sourire. Il passe une méche de cheveux rouge derrière mon oreille et chuchotte :
-Tu as eu treize ans de retard. Maintenant que tu as une montre, j'espère qu'on arrivera à être synchros.
Je prends sa main, je la pose sur ma poitrine, puis je pose une main sur son torse. Chacun sent battre le coeur de l'autre sous sa paume.
-Puisque nous sommes synchros ici, il ne devrait plus y avoir de problème, je réponds.


Chapitre 32

Sur le retour, Harry conduit de manière brusque, et je me demande si la boite à vitesses de sa Clio va survivre jusqu'à notre arrivée. Nous déposons Lucy et les enfants, puis rentrons chez nous.
Il monte les marches quatre à quatre. C'est facile quand on a de grandes jambes. Moi qui suis de taille plus modeste, ai du mal à suivre. Il m'attend avec impatience et referme la porte derrière moi dans un claquement sonore.
-Du calme, t'énerver ne servira à rien, et ne réduira pas leur connerie. Et puis tu vas réveiller les enfants.
-Je sais, désolé...
Nous retirons nos vestes et nos bottes. Je m'empare de ma guitare et me perche en haut d'un tabouret. Harry me regarde, surpris.
-Qu'est-ce que tu fais ? demande-t-il.
J'égrenne quelques accords, un sourire aux lèvres, puis ma voix accompagne mon instrument.

Le ciel bleu sur nous peut s'effondrer
Et la terre peut bien s'écrouler


Son expression de colère s'apaise, un petit sourire nait sur ses lèvres. Je poursuis.

Peu m'importe si tu m'aimes
Je me fous du monde entier
Tant qu'l'amour inond'ra mes matins
Tant que mon corps frémira sous tes mains
Peu m'importent les problèmes
Mon amour puisque tu m'aimes...


Harry s'avance vers moi. Il me prend la guitare des mains et la pose sur le comptoir. Tremblant, il me serre dans ses bras, les yeux fermés. Puis avec un petit sourire, il demande :
-Je t'inspire tellement peu que tu es obligé de reprendre les chansons des autres ?
-Idiot, je réponds en l'étreignant en retour.
Ses mains se posent sous mes fesses et il me soulève sans effort apparant. Nous passons devant la porte de la chambre de Harry pour arriver dans la mienne, et nous entendons la petite voix de Reno.
-Dis maman, pourquoi Sven et Harry, ils dorment ensemble même s'ils sont deux garçons ?
-Hé bien, répond Nadia d'un air gêné, c'est parce que nous avons pris le lit de Harry...
Je saisis le visage de Harry dans mes mains et j'embrasse ses lèvres. Du bout du pied, il pousse la porte de ma chambre, la referme de la même manière. Puis il me pose sur le lit. Il s'allonge près de moi et me serre contre lui.
-C'est si bon de te tenir dans mes bras, fait-il à voix basse.
Pour toute réponse, je me contente d'un soupir de bien être. Puis je roule sur lui, un sourire aux lèvres.
-Que dis-tu de partir en vacances, dès que j'ai fini de tourner mon nouveau clip ?
-Tu es sûr que tu as le temps ?
Harry, pour toi, j'aurai toujours le temps...
-Oui, nous allons juste prolonger le nouvel an jusqu'au week end, qu'en dis-tu ?
-J'en dis que je me vois bien, seul avec toi, dans un chalet perdu au milieu des bois, sans électricité. Nous n'aurions pas d'autre choix que de nous réchauffer près d'un feu de cheminée. Et toi, tu grelotterais quand-même. Alors je te réchaufferais de la manière la plus ancienne et plaisante qui soit.
-Obsédé !
-Quoi ? Je te ferais juste chauffer de l'eau pour que tu prennes un bain.
-Oui, et moi je suis la Mère Michelle...
-C'est ça, répond Harry avec un sourire, tout en passant une main sur mes fesses. Quant à moi, je suis le Père Lustrucru. Et je vais te montrer qu'où que je trempe mon spaghetti, il ne ramollit jamais.
-Vantard.
-Tu veux des preuves ?
-Je ne demande qu'à voir. C'est bien beau de parler, mais il faut voir ce que ça donne en pratique...
Je roule sur le côté et je soulève le pull de Harry en disant :
-Attends, je vais t'aider.
Il s'en débarrasse d'un mouvement rapide, finit de se déshabiller, puis me regarde.
-Tu es en retard.
-J'attendais un coup de main, je réponds d'un ton faussement boudeur.
-Pour le coup de main, ça reste à voir, répond Harry en s'attaquant directement à mon pantalon. Mais un coup de langue, tu vas y avoir droit.
-Barbare, je dis d'une voix que j'essaye de maîtriser alors qu'il me prend dans sa bouche. Tu pourrais au moins me déshabiller correctement.
-Ca t'apprendra à me provoquer...
Je retire moi-même mon pull puis je pousse Harry en arrière pour lui sauter dessus. Ma force physique n'est pas de taille face à la sienne, mais il s'est toujours laissé faire, il est toujours si doux...
Harry... Si je n'avais jamais vu d'images d'hommes ailés, j'aurais pu croire que le mot "ange" avait été créé spécialement pour toi.
Je l'embrasse, caressant son érection de la mienne. Ma main droite joue avec son téton percé, l'autre descend le long de son dos à la rencontre de ses fesses appétissantes. Ses mains glissent également jusqu'à mon postérieur, et il glisse un doigt en moi.
-Pourquoi ? je demande surpris. Je croyais que tu préférais... être de l'autre côté.
Un sourire doux apparaît sur son visage. Il roule sur moi, soulève mes jambes, et me pénétre lentement. Une fois totalement entré, il dépose un baiser d'une douceur incroyable sur mes lèvres et répond :
-Hier, j'ai été heureux d'essayer... l'autre côté, comme tu l'appelles. Ca m'a fait immensément plaisir de le faire avec toi, vraiment...
-Mais j'ai été nul...
Harry lâche un petit rire.
-Non. C'est juste que ce que je préfère par dessus tout, c'est te faire plaisir.
Harry, tu n'es pas assez égoïste. A force de faire passer mes désirs avant les tiens, tu vas finir par te perdre. Mais je t'aime, Harry. Même si tu étais plus égoïste, je t'aimerais. Merci de me laisser le temps d'apprendre à le dire.
Je passe mes bras autour de son cou et je prends ses lèvres. Tout en répondant à mon baiser, il bouge en moi.
J'ignore si ça vient de la famille qui m'a adopté affectivement hier, si Harry est meilleur que d'habitude, ou si c'est parce que j'ai la certitude d'être pris par quelqu'un que j'aime et qui m'aime. Quoiqu'il en soit, mon corps me lâche et quelques coups de reins suffisent à mon amant pour me propulser directement dans les étoiles.

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NDA : Vous aurez bien entendu tous reconnu l'Hymne à l'Amour d'Edith Piaf...
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:28

Chapitre 33

-Ca y est, on est arrivés.
J'ouvre les yeux et je regarde par la vitre de la Clio. Nous sommes à l'intérieur d'un garage. Je tourne la tête et je scrute Harry. Il me sourit.
-Je ne voulais pas te réveiller, alors je allé chercher les clés du chalet que nous avons loué en te laissant dormir.
-Désolé, je n'ai pas été de très bonne compagnie durant le voyage.
C'est le moins qu'on puisse dire. J'ai dormi pendant les quatre heures de route qui menaient au chalet que nous avons loué, à la montagne. Hier, je suis rentré à minuit passé du dernier jour de tournage de mon nouveau clip, après presque une semaine à un rythme fou.
-Ne t'inquiète pas, me dit Harry avec un sourire. Nous sommes en vacances, c'est fait pour se détendre non ? Donc tu vas te reposer et faire ce qui te plaît.
J'étouffe un baillement et je sors de la voiture. Harry, toujours à faire passer mes désirs avant les siens...
Je récupère mes bagages et ma guitare dans le coffre.
-Nous irons louer tes skis plus tard dans la journée, ok ? dit-il.
-Mais tu sais, si tu veux skier, tu n'es pas obligé de m'attendre.
-Je sais. Et je me ferai quelques pistes tout seul. Mais je compte bien t'apprendre à skier.
-Si je me casse une jambe avant la tournée, Graham va me tuer.
Harry éclate de rire et récupère ses bagages et ses skis.
-Je veillerai à ce que ça n'arrive pas.
J'ai remarqué que son visage ne s'assombrissait plus lorsque je mentionnait mon manager, contrairement à avant. Sans doute parce qu'il ne me baise plus...
Il ferme le coffre de sa voiture, nous sortons du garage par une petite porte qui mène directement au salon. Un feu de cheminée nous y attend, rendant l'atmosphère chaleureuse. Au centre de la pièce trône une table de bois autour de laquelle sont disposées quatre chaises. Des cadres ornent les murs de bois, certains représentant des couchers de soleil, d'autres des saint bernards, toutes sur le thème de la montagne.
Nous nous rendons dans une des chambres, où nous rangeons nos vêtements dans la gigantesque armoire. Un immense lit au centre de la pièce indique clairement les intentions qu'avait Harry lorsqu'il a réservé.
-Tu veux le tester maintenant ? me demande-t-il avec son visage de sale gamin.
-Merci, j'ai assez dormi dans la voiture, je réponds avec un sourire angélique.
Harry pousse un soupir faussement déçu et lance :
-Bon, je vais skier alors...
Je m'empare de ma guitare et je quitte la chambre, d'un air peu concerné par ce qu'il a l'intention de faire. Je m'asseois sur un fauteuil, près du feu, et je me concentre sur la composition d'une nouvelle mélodie. Toutefois, une quinte de toux me prend et me force à poser mon instrument.
-Ca va ? me demande Harry.
-Oui, je réponds en me dirigeant vers la cuisine super équipée afin de me servir un verre d'eau. Entre l'hiver et la cigarette, il est normal que je tousse de temps en temps.
-Alors ne fume plus !
Je bois, et ma gorge irritée s'apaise. Je souris à Harry.
-Désolé mais finalement, je suis vraiment fatigué. Je vais tester le lit.
-Ca va ? demande-t-il à nouveau.
-Oui, juste un petit coup de barre après une semaine éprouvante. Ca ira mieux quand j'aurai fait ma sieste. Tu peux aller skier si tu veux.
-Tu es sûr ? me demande-t-il alors que je me déshabille.
-Oui, vas-y.
Tout en entendant ses pas décroître, je me rends compte que j'ai plus toussé que d'habitude au cours de ces deux derniers jours. Bah, entre la fatigue, le stress, et le froid de l'hiver, qui n'attraperait pas un rhume ?
Je me glisse sous les couvertures, et ma tête touche à peine l'oreiller que je m'endors.

A mon réveil, la première chose que je vois sont deux grands yeux noirs inquiets.
-Bien dormi ? me demande Harry.
-Oui, très bien.
Le marchand de sable m'a boudé pendant ces trentes dernières années. Serait-il en train de se rattraper ?
S'il te plaît, Monsieur le marchand de sable, laisse-moi profiter de ces quelques jours de vacances.
-Et toi, bien skié ? je demande en me levant.
-Oui !
Le sourire de Harry me fait chaud au coeur. Son visage et ses oreilles sont rougis par le froid et ses lèvres commencent à se gercer.
-La neige est super bonne, les descentes sont géniales.
Je fouille dans mon sac et applique du baume hydratant sur mes lèvres.
-En plus, le paysage est magn...
Je le coupe d'un baiser afin de lui faire profiter du Labello. Il sourit et ses lèvres brillantes sont trop attirantes pour que je me contente d'un seul baiser. Il me serre contre lui, puis me relâche, à regret.
-Gardons nos forces. J'ai l'intention de te faire l'amour toute la nuit, pour commencer la nouvelle année en beauté.
Il me fait un clin d'oeil. Je m'habille, passe une combinaison de ski, et lance :
-Alors sortons. Moi aussi, j'aimerais profiter du paysage magnifique.
Il va jusqu'à la cuisine et me ramène un verre dans lequel se dissout une pastille orange. Des vitamines.

Vêtus de nos bottes, bonnets, manteaux, gants, et lunettes, nous passons deux bonnes heures à faire les fous dans la neige. Nous ne nous éloignons pas du chalet, mais nos batailles de boules de neige et constructions de bonhommes de neige nous amusent comme deux gamins.
Parfois, je me dis que si j'agis et réagis comme un gosse, c'est parce que je n'ai pas eu le temps de profiter de mon enfance, comme si mon esprit était resté sur pause durant ces trente dernières années. Zut...
Je souris tout en espérant que Harry ne va pas faire les frais de ma crise d'adolescence prochaine...


Chapitre 34

Dans la salle d'attente du Dr. Hermann, je feuillette un magazine sans le voir. J'entends une adolescente qui chuchotte à sa mère :
-Hé, le type là-bas, je crois que c'est Sven.
Ben oui, à moi aussi il m'arrive d'être malade. Pour preuve, je me mets à tousser.
Mes vacances avec Harry se sont merveilleusement bien passées. Au réveillon du Nouvel An, il nous a préparé un petit plat tout simple mais délicieux que nous avons mangé assis sur un couverture devant la cheminée. En effet, pour nous, des chandelles ne suffisent pas, il nous faut au moins un feu...
Après le repas, j'ai fait l'amour à Harry. Il a protesté pendant un moment, prétextant qu'il voulait me faire plaisir et que le reste lui importait peu. Oui, il a protesté. Jusqu'à ce que j'admette, les joues en feu, que j'aimais le prendre. Et que je n'avais qu'une envie : recommencer. Je ne sais pas pourquoi ça m'a autant gêné de le dire. Peut-être parce que dans ma tête, prendre équivaut à aimer, et que j'ai encore du mal à dire ce genre de chose... Quoi qu'il en soit, il a rougit de manière adorable.
Durant près d'une heure, je l'ai torturé, ma montre gousset ouverte posée à portée de main. Je n'ai autorisé nos corps à se libérer qu'à minuit, moment du changement d'année. Je n'avais jamais vu Harry dans cet état, il était vraiment magnifique, avec ses joues rougies et ses yeux humides.
Puis j'ai pris une résolution, au moment ou nous jouissions. Je me suis promis de lui dire que je l'aimais. Il n'a que trop attendu.
Oui, les premières vacances de ma vie ont été vraiment merveilleuses. Seule ombre au tableau, cette maudite toux. Harry a même voulu écourter nos vacances pour m'emmener chez le médecin. Je lui ai dit que s'il partait, c'était sans moi. Son but étant de me conduire chez un médecin, partir sans moi n'avait aucun intérêt, il est donc resté jusqu'à la date prévue. Il skiait le matin, pendant que je dormais. Il me demandait à chaque fois si ça me gênait qu'il me laisse seul. Pour une fois qu'il pensait un peu à lui, je n'ai pas voulu ternir son plaisir en lui disant que j'avais de la fièvre.
Il m'a appris à skier. Je ne suis pas encore prêt pour les jeux olympiques, mais je me débrouille. Quand j'étais trop fatigué, je retournais me coucher ou je restais assis dans un café au bas des pistes, un chocolat chaud dans les mains, et je l'admirais pendant qu'il skiait.

La secrétaire médicale me ramène au présent en m'appelant. Avec sa blouse blanche et son sourire professionnel, elle me fait penser à une publicité pour un hôpital. Je me lève et je la suis dans le bureau du Dr. Hermann. Après quelques questions sur mes symptômes (toux séche, fièvre, fatigue) et un examen peu approfondi, il diagnostique une angine. Il me fait une ordonnance pour les médicaments, et une autre pour une prise de sang, comme je n'ai pas fait de check-up depuis longtemps. En effet, j'ai la chance d'être rarement malade, et ça fait au moins deux ans que je ne suis pas venu voir le Dr. Hermann.
Après un passage à la pharmacie, je rentre chez nous. Harry est assis sur le fauteuil, un livre à la main. Je remarque qu'il n'a pas beaucoup avancé depuis mon départ.
A mon arrivée, il se lève d'un bond.
-Alors ? demande-t-il.
-Une angine...
Il se laisse retomber sur le fauteuil, et paraît soulagé.
-Tu pensais déjà te débarrasser de moi ? je demande avec un sourire.
-Oui mais tant pis, ce sera pour la prochaine fois...
-Sven, tu veux bien jouer de la guitare ? me demande Maya.
-Il est fatigué, lui répond Harry.
Je regarde autour de moi.
-Où est Nadia ?
-Elle est allée voir si elle trouvait du travail quelque part, répond Harry.
-Et c'est toi qui joue la nourrice ?
-Il faut croire...


Au bout de trois jours, ma fièvre est complétement tombée, et même si ma toux persiste, je vais au laboratoire faire ma prise de sang avant de rejoindre les musiciens chez Graham afin de répéter pour l'enregistrement de mon album et ma tournée à venir.
-Tu es sûr que ça va ? me demande Graham lors de mon cinquième arrêt dû à une quinte de toux. Tu devrais peut-être reposer ta gorge encore un moment, non ?
Je me laisse tomber sur un tabouret.
-Je suis encore un peu fatigué, j'avoue en le regardant droit dans les yeux. Mais il est hors de question que nous soyons en retard à cause de moi.
Graham pose une main sur mon épaule, un sourire aux lèvres.
-Puisque tu ne peux pas chanter, tu n'as qu'à écrire. Allez, je te ramène chez toi.
-Je peux rentrer en bus...
-Pas question.
Arrêtez tous de me surprotéger. Je suis un grand garçon ! J'ai juste une angine, pas un cancer des poumons !

Je reste donc chez moi, bien au chaud, allongé sur mon lit, ma guitare d'un côté et mon bloc-notes et un stylo de l'autre. Parfois, je dors. Parfois, je compose. Parfois, j'écris. Et souvent, je tousse. Moi qui n'avais pas mal à la gorge, elle devient douloureuse à force de tousser. Pareil pour mes abdos. Harry va finir par croire que je fais du sport en cachette... Ma fièvre revient par moments, mais elle ne monte pas tant que ça alors je ne dis rien, je me contente de dormir. Inutile d'inquièter Harry pour une angine.


Deux jours après ma tentative de reprise infructueuse, je suis réveillé par la sonnerie de mon téléphone. Il est posé sur ma table de nuit. Je m'en empare, jetant un oeil au réveil par la même occasion. Il est déjà onze heures, Harry aurait pu me réveiller !
-Allô ?
-Bonjour, cabinet du Dr. Hermann.
Je reconnais la voix de la secrétaire médicale. Je tousse, puis :
-Bonjour.
-Nous avons reçu vos résultats d'analyse. Le Dr. Hermann aimerait vous voir dans la journée.
-Ah... C'est grave à ce point ? je demande amusé.
La secrétaire hésite, puis répond :
-Ce n'est pas à moi d'en juger. Pouvez-vous passer dans la journée ?
Elle paraît bien sérieuse...
-Vers quelle heure ?
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:29

Chapitre 35

Vers quatorze heures trente, je me prépare pour aller chez le médecin. Je ne voulais rien dire à personne, mais dès que je passe ma veste, Harry me demande :
-Où vas-tu ?
-Chez le Dr. Hermann. Il voudrait vérifier mon angine.
Je mens, je ne sais pas ce qu'il me veut, mais je ne veux pas qu'Harry s'inquiéte.
-Je t'accompagne, me dit-il.
-Je peux y aller seul.
-Tu es sûr ?
Je souris. Je fais un signe de main à Nadia et aux enfants pour leur dire au revoir, puis je prends mon blouson. Harry m'accompagne sur le pallier, à l'abris des regards, et referme la porte derrière lui. Je l'enlace, blottis mon visage au creux de son épaule.
-Oui, je suis sûr. Ca va aller, je peux prendre le bus.
-Très bien. Alors je vais aller chez mes parents faire du tri dans ma chambre.
Il prend mon visage dans ses mains, et m'embrasse avec la douceur qui le caractérise. Mes mains accrochées à ses épaules, je réponds à son baiser.
-A plus tard, je dis en me séparant de lui à contre-coeur.
-A tout à l'heure, il répond avec un sourire.
Je mets mon manteau et je descends à l'arrêt de bus.


Deux heures plus tard, je marche dans la rue sans voir personne. Après être passé chez le Dr. Hermann, qui m'a annoncé la pire des nouvelles, j'ai dû aller passer des radios et scanners en urgence. A présent, deux mots ne quittent plus mon esprit : SIDA et pneumocystose.
Le virus était à prévoir, étant donné le nombre trop élevé de partenaires que j'ai eus et le nombre trop bas de préservatifs que j'ai utilisés. Mais je ne voulais pas y penser. Un peu comme un enfant qui croit qu'on ne le voit pas quand il met ses mains devant ses yeux.
La pneumocystose, elle, est une infection opportuniste. Sa bactérie touche près des trois quarts de la population générale. Toutefois, quand on a un système immunitaire très affaibli comme le mien, cela conduit à une maladie pulmonaire et peut évoluer en pneumonie.
Je suis condamné, contagieux, et j'en veux au monde entier.
J'étais en pleine santé lorsque je ne pensais qu'à mourir. Et maintenant que je suis heureux et que je veux profiter de la vie, on m'annonce ça...
Lorsque j'arrive à l'appartement, je suis heureux de voir que Harry n'est pas rentré. Je m'enferme dans ma chambre, sans un mot, sans faire attention au regard interrogatif de Nadia. Je prends un sac, j'y fourre des vêtements au hasard tout en téléphonant à Graham.
Je ressors peu de temps après, me dirige vers la sortie.
-Sven ! appelle Nadia.
Je la regarde. Ses grands yeux noirs sont un mélange de tristesse et de surprise.
-Où allez-vous ? me demande-t-elle.
-Je pars. Je... J'aime quelqu'un d'autre, alors je m'en vais.
La jeune femme me sourit.
-C'est étrange. Normalement, quand on parle de la personne qu'on aime, on n'a pas un regard ni une voix aussi triste. Vous avez bien fait de choisir la musique parce qu'en tant que comédien, vous êtes nul !
Je plonge mes yeux dans les siens, et je demande :
-Vous ne direz rien à Harry ?
-Promis, je ne lui dirai pas que vous êtes un mauvais acteur...
-Je parle de ce que je suis sur le point de vous annoncer.
-Très bien. Si vous ne voulez pas qu'il le sache, je me tairai.
Je regarde les enfants, occupés à jouer avec quelques légos, et je soupire.
-Je suis malade, extrêmement contagieux. Je ne veux pas contaminer Harry ou les enfants.
-Nous allons vous soigner, fait Nadia d'une voix enjouée. Courage, Sven...
J'essaye de sourire et je réponds :
-Jusqu'à preuve du contraire, personne n'a jamais réussi à soigner le SIDA...
Nadia pose une main sur sa poitrine, sous le choc.
-Sven...
-Ce n'est pas grave, je vais bien, je mens en souriant.
-Pourquoi ne rien vouloir dire à Harry ?
-Je préfère qu'il prenne le temps de m'oublier tant que je suis vivant. Il souffrira moins. Il n'a déjà que trop souffert à cause de moi. Et en restant près de lui, je ne pourrai pas m'empêcher de l'embrasser, de le toucher. Je ne veux pas le tuer.
Nadia me sourit amèrement.
-Je pensais que vous aviez changé. Mais finalement, vous êtes toujours le même. Vous fuyez. Vous ne voulez tout simplement pas voir sa souffrance. Vous pensez que parce que vous lui dites que vous avez trouvé quelqu'un d'autre, il va vous oublier ? Vous êtes décidément stupide. Il vous a attendu pendant quinze ans, Sven !
Je prends mon sac d'une main, et ma guitare sous le bras, j'ouvre la porte, tournant le dos à Nadia pour lui cacher mes larmes.
-Justement, je ne veux pas qu'il m'attende plus longtemps pour rien, je réponds en quittant l'appartement.


Chapitre 36

Je suis à l'arrêt de bus, comme un idiot, les yeux rouges. Je tiens ma guitare serrée contre moi, comme s'il s'agissait d'Harry. On me regarde d'une drôle de manière.
Mes yeux scrutent la rue, dans l'attente du bus, dans la peur de voir Harry et surtout qu'il me voie. Toutefois, ma peur ne dure pas longtemps. Une 607 noire aux vitres teintées s'arrête à l'emplacement du bus. Graham en sort et il se précipite vers moi, sur le point de me serrer dans ses bras.
-Ne me touchez pas, je m'écrie en reculant.
Graham ne m'a jamais écouté. Jamais le mot "non" ne l'a satisfait. Il me serre contre lui, passant une main dans mes cheveux, alors que mes yeux déversent à nouveau des larmes.
-Ca va aller, mon garçon, ça va aller... Viens...
Il prend mon sac et ma guitare, les met dans le coffre. Je monte dans la voiture. Il me rejoint côté conducteur, et démarre. Durant tout le trajet, je ne fais que pleurer.
-Je... je ne vais pas vous déranger bien longtemps...
-Tu ne me dérangeras jamais. Calme-toi, Sven. As-tu dit à Harry que tu venais chez moi ?
Je pleure davantage. Des sanglots m'étranglent, je tousse.
-Calme-toi, me dit Graham en passant une main dans mon dos pour me réconforter. Calme-toi, nous parlerons plus tard.
A une intersection, alors que nous sommes arrêtés à un feu rouge, j'aperçois la Clio de Harry qui roule en direction de chez nous... Enfin, chez lui, maintenant... Heureusement, il ne semble pas prêter attention à nous.
-Harry...
-Calme-toi, répète Graham.
Quelques instants plus tard, mon téléphone sonne. Je regarde le cadran. C'est Harry. Je raccroche pour qu'il tombe directement sur le répondeur, et j'éteins mon téléphone.

Couché dans une chambre d'amis, un chocolat chaud dans les mains, j'essaye de me calmer. Graham est assis sur un fauteuil, près de moi, et attend que ma crise de nerfs s'estompe. Mes sanglots ont disparu, mais pas mes larmes. Je bois une gorgée de chocolat, une quinte de toux me prend au même moment. Je recrache tout par le nez. Graham se lève d'un bond, il me prend le bol des mains et patiemment, m'essuie le visage avec un linge. Il s'asseoit au bord du lit, me berce dans ses bras, et me dit à voix basse :
-Tu devrais dormir.
-Vous... vous auriez de la codéïne ?
-Tu es sûr de ce que tu fais ? me demande Graham d'un ton réprobateur.
-Codéïne ou pas, je vais mourir, vous savez...
-Tu devrais aller à l'hôpital, Sven.
-Pas avant d'avoir enregistré mon dernier album. Pas avant...
-Tu t'en sens capable ?
-J'arrive parfois à rester plus de cinq minutes sans tousser. Et puis nous pouvons enregistrer une chanson en plusieurs fois, non ?
-Oui... Oui nous pouvons...
Graham va me chercher un verre d'eau dans lequel une pastille unique est en train de se dissoudre. Je m'en emparre, m'accrochant à ce récipient comme un naufragé qui tient un morceau de bois pour se maintenir à la surface de l'eau.
Harry, je t'ai vu il y a moins de trois heures. Mais tu me manques déjà.


Je me réveille alors qu'il fait encore nuit. Je me lève et j'allume mon téléphone portable. Cinq messages. Et quinze appels en absence.
Harry, arrête de te torturer. Lâche-moi et va faire ta vie ailleurs. Tu mérites mieux qu'aimer un mourant.
J'efface les messages, puis je me recouche. Mon coeur bat à tout rompre. Je crève d'envie de savoir ce que disait Harry dans ces messages. Mais à quoi bon se torturer ? Tout ce que je gagnerais, c'est de pleurer encore, d'avoir envie de le voir, de me blottir dans ses bras protecteurs.
J'essuie mes larmes du dos de la main. J'espère que tu ne pleures pas autant que moi, Harry. C'est parce que je t'aime, que je t'ai quitté.
Je me lève, erre dans les couloirs de cette immense maison. Je me dirige vers l'entrée. Je sors. La porte se referme derrière moi. Alors je regarde le jour qui se lève. J'ai froid, mais je m'en fiche. De toute façon, je vais bientôt mourir, alors...

Assis sur le perron, en pyjama, pieds nus, je n'arrive plus à m'arrêter de grelotter et de tousser. Et en plus, j'ai oublié mes clopes dans ma chambre, la poisse.
Je tousse tellement que ma respiration se bloque. J'ai mal aux abdos, j'ai les yeux qui pleurent, ma gorge me fait mal.
La porte s'ouvre.
-Sven !
Graham, vêtu d'une robe de chambre, me porte dans ses bras et m'emmène dans ma chambre.
-Tu as l'intention de te suicider, espèce d'imbécile ? s'écrie-t-il.
-De toute façon, mourir maintenant ou plus tard...
-Oui... exactement comme tout le monde... Nous pouvons tous mourir maintenant... ou plus tard. La seule différence entre toi et moi, c'est que tu peux mourir d'un rhume ! Mais c'est sûr, si tu as décidé de mourir maintenant, ça change tout.
Il me dépose dans mon lit.
-Ca ne change rien ! Je vais crever de toute façon.
Un sourire amer apparaît sur ses traits.
-Excuse-moi...
-Pourq...
Je n'ai pas le temps de terminer la phrase que je prends un poing en pleine mâchoire. D'assis, je tombe en arrière sur mon oreiller. Je dévisage Graham comme si je le voyais pour la première fois.
-Tu ne t'es jamais demandé pourquoi il n'y a aucune photo nulle-part dans cette maison ? demande-t-il en s'asseyant sur le fauteuil.
-Parce que vous êtes un vieux pédé qui couche avec tout le monde mais ne garde aucun de ses amants.
Il sourit comme si je venais de lui faire un compliment.
-Il y a quinze ans, je travaillais dans un laboratoire pharmaceutique. Je le dirigeais, et j'avais souvent des voyages d'affaire. J'avais un fils. Sean aurait ton âge. Seulement, lui, n'a pas eu le droit de vivre plus longtemps.
Je déglutis.
-Que s'est-il passé ?
-Héloïse et moi avons divorcé alors que Sean avait dix ans. Il y a quinze ans, j'étais en voyage d'affaires. Sean devait me rejoindre sur place, pour que nous passions quelques jours de vacances ensemble. L'avion s'est écrasé dans l'océan. Attaque terroriste.
Graham serre un poing rageur. Ses yeux marron sont humides.
-Sean n'a pas eu une seule chance de survivre. Toi, tu as l'espoir de prolonger ta vie, et peut-être même guérir un jour. Quel est ton choix ?
Il se penche sur moi et braque ses yeux au fond des miens comme s'il y cherchait la réponse. Je le prends par le col de sa robe de chambre bleu foncé.
-Je ne veux pas mourir, je dis d'une pauvre voix éraillée par la toux.
Il essuie mes larmes, un sourire triste aux lèvres.
-J'appelle un médecin.
-Le Dr. Hermann ?
-Non, un pneumologue.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:34

Chapitre 37

Allongé sur mon lit, dans la chambre d'amis de Graham, je regarde les secondes s'écouler sur ma montre gousset. Chaque pas de la trotteuse signifie que j'ai gagné une seconde sur la mort.
Le pneumologue que Graham m'a emmené voir est plutôt positif. En prennant mes antibiotiques et les médicaments préscrits par le Dr. Hermann pour la trithérapie, je peux survivre. Pas vivre, non. Ce serait trop beau.
Comment pourrais-je vivre sans Harry ? Or je ne peux pas vivre avec lui non plus. Il est hors de question que je prenne le risque de le tuer. J'essuie distraitement mes larmes. Ce geste est devenu encore plus naturel que respirer, depuis une semaine. Et plus facile, aussi... C'est fou comme j'ai du mal à respirer.
Le pire, ce sont les effets secondaire de la trithérapie. On m'avait prévenu qu'avec ce traitement, il se pourrait que j'aie des maux de tête, des nausées, des vomissements, des accès de fièvre, des picotements ou brûlures aux mains et aux pieds, des diarrhées, des problèmes de peaux. De plus, je pourrais être fatigué et perdre l'appétit.
Pour ma part, je n'ai que la fièvre, les maux de tête, les nausées, la fatigue et la perte d'appétit. Il paraît que je suis chanceux.

Avec Graham, parfois, nous nous rendons en salle insonorisée avec les musiciens et nous enregistrons une chanson que j'ai écrite et composée. J'ai déjà fait mieux, mais mon manager semble s'en contenter. Peut-être parce qu'il ne veut pas contrarier quelqu'un qui pourrait être mort le lendemain...
Je saisis mon portable qui sonne. Je vérifie le cadran. Appel anonyme, sans doute l'assistante du Dr. Hermann. Elle appelle tous les deux jours pour prendre de mes nouvelles... Enfin, c'est ce qu'elle dit, mais je suppose que c'est pour vérifier que je suis toujours en vie.
-Allô ?
-Sven...
Je reconnais la voix d'Harry. Mon doigt glisse vers le bouton rouge pour raccrocher, mais il s'écrie :
-Attends, ne raccroche pas.
Sa voix est désespérée. Je ne vais pas pouvoir tenir plus d'une minute sans pleurer. Pourquoi, Harry ? Je suis parti, pourquoi me poursuis-tu ? Pourquoi ne vas-tu pas faire ta vie avec quelqu'un qui en vaut la peine ?
-Oui ? je demande de la voix la plus froide possible.
-Sven... Pourquoi... pourquoi es-tu parti ?
-Nadia ne t'a pas expliqué ?
-Elle m'a juste dit que tu avais un problème.
Sale pute !
-Ce n'est pas vraiment un problème. Du moins, pas pour moi. Je ne t'aime plus, c'est aussi simple que ça. J'aime quelqu'un d'autre. Et j'habite avec lui depuis une semaine. Donc je n'ai plus rien à faire avec toi.
Mes larmes coulent. Mes poumons se serrent. J'ai envie de tousser. Non, pas maintenant ! Ce n'est pas le moment. Trop tard ! Ma gorge s'enflamme, mes abdos me font de plus en plus mal à force d'être sollicités par la toux. Comme on me l'a appris, je m'asseois sur le lit, je me redresse afin de libérer ma cage thoracique. Ma toux s'estompe.
-Sven ? ça va ? me demande Harry d'une voix paniquée. Tu n'es toujours pas guéri de ton angine ?
J'essaye de rire. Ca me donne encore envie de tousser. Je déglutis en espérant que la salive qui passera contre ma gorge l'apaisera au moins le temps que je finisse cette conversation.
-Hé bien si, je suis guéri. Mais j'ai repassé mon angine à mon amant, et il me l'a à nouveau repassée il y a deux jours. Stupide, hein ?
Il ne répond rien.
-Harry... Oublie-moi, fais comme si je n'existais plus.
D'ailleurs ce sera le cas bientôt.
-Trouve quelqu'un qui en vaut la peine. Fais ta vie avec. Et surtout, sois heureux.
-Faire comme si tu n'existais plus ? s'écrie Harry. Quoiqu'il arrive, tu existeras toujours. Dans mon coeur.
Ma main se pose sur mon piercing. Les larmes dévalent sur mon visage, tombent sur ma main, flot salé incessant qui vide l'océan de mon coeur. Mais quelque part, je sais que lorsque cet océan sera vidé, la sécheresse sera encore pire.
-Bye, Harry. Ne rappelle pas, s'il te plaît. Tu vas m'attirer des problèmes si mon amant est jaloux...

Je lance le téléphone sur mon lit et m'empare de mon bloc-notes. Mon écriture est hésitante et mes larmes tachent le papier, mais je m'en fous. Fais comme si je n'existais plus, Harry. Avant d'apprendre à t'aimer, je ne pouvais pas pleurer, je me suis détourné de toi, je ne voyais pas à quel point j'étais blessé... Je ne connaissais pas la douleur que cela me procurerait de quitter cette vie. Mais qui sait, peut-être que nous nous retrouverons dans un autre rêve, sous un autre nom, dans une autre vie...
Harry, penser à toi me donne l'envie, la force de continuer. Je n'ai pas eu le temps de te dire que je t'aime. Je ne guérirai sans doute jamais, je ne pourrai pas te le dire maintenant. Mais dans notre prochaine vie, je te le dirai...

heaven's not enough
if when you get there..
just another blue
and heaven's not enough
you think you've found it
and it loses you

you've thought of all there is
but not enough
and it loses you in a cloud

"there" most everything is nothin'
that it seems
"where" you see the things you only wanna see

I'd fly away
to a higher plane
to say words I resist
to float away
to sigh
to breathe.... forget

and heaven's not enough
if when I'm there I don't remember you
and heaven does enough
you think you know it
and it uses you

I saw so many things
but like a dream
always losing me in a cloud

cause I couldn't cry
cause I turned away
couldn't see the score
didn't know the pain
of leaving yesterday really far behind
in another life
in another dream
by a different name
gave it all away
for a memory
and a quiet lie
and I felt the face
of a cold tonight
still don't know the score
but I know the pain
of leaving everything really far behind
and if I could cry
and if I could live what truth I did then take me there
heaven goodbye


______________________________________________________________________
NDA : Heaven's not Enough n'est pas de moi. Cette merveilleuse chanson est tirée de l'OST de Wolf's Rain. Ceux qui la veulent peuvent cliquer ICI.


Chapitre 38

Mon portable sonne toujours, mais mes yeux se sont arrêtés de couler. J'ai toujours aussi mal, mais je crois que mes glandes lacrymales sont asséchées. Harry me manque énormément. Alors pour m'occuper, j'écris, je joue de la guitare, en essayant d'être prêt pour la tournée, même si ce n'est qu'un rêve.
Je suis chez Graham depuis près de deux semaines. Je suis bien resté au chaud, j'ai suivi les conseils et traitements des médecins que j'ai consultés.
Toutefois, cet après-midi, nous sortons. Graham, après m'avoir demandé mon avis et surtout, si j'en étais capable, a accepté une invitation dans une émission dont les fonds seront reversés à la lutte contre le SIDA.
-Ca va ? me demande Graham pour la troisième fois en dix minutes.
-Oui, je réponds en essayant de sourire.
-Tu as pensé à prendre ton pulvérisateur ?
-Pour qui vous me prenez ? je demande amusé.
-Pour un gamin qui n'a jamais rien pu faire seul...
-Vous parlez comme...
Harry...
Harry, où es-tu en ce moment ?
J'ai envie de te serrer dans mes bras, d'entendre ta voix, passer mes mains dans tes cheveux, te voir sourire...
Tu me manques...
Mon coeur se serre et une quinte de toux se déclanche. Je me redresse afin de libérer mes poumons, j'inspire une longue goulée d'air, comme on me l'a expliqué, et je me calme petit à petit. Je croise le regard soucieux de Graham. Mais il ne dit rien.

Des répétitions ont eu lieu pendant l'après-midi. Le soir, a lieu l'enregistrement direct de l'émission. Une maquilleuse, pinceau à la main, retouche la poudre qu'elle a apposée à mon visage. En effet, d'après les cameramen, mon teint ressortait de manière cadavérique. La courroi de la guitare autour du cou, j'attends mon tour. Je sors mon pulvérisateur de ma poche et injecte le liquide dans ma gorge, dans l'espoir de ne pas être dérangé par la toux durant ma chanson.
Lorsqu'on m'appelle sur le plateau, j'avance, aussi droit que possible, aussi souriant que possible.
Ma guitare pèse des tonnes sur mon épaule. Mon sourire est encore plus lourd...
-Et maintenant, mesdemoiselles, celui que vous attendiez toutes : Sven !
Des applaudissement et des cris fusent du public.
-Sven, qu'est-ce qui vous a incité à nous rendre visite, ce soir ? me demande le présentateur.
Je déglutis.
-Je...
Merde, on a répété durant l'après-midi, j'avais préparé mon texte. Une larme coule le long de ma joue.
-J'ai un ami qui a appris récemment qu'il avait le SIDA. C'est dans ces cas-là qu'on se rend compte que... ça n'arrive pas qu'aux autres. Ca peut toucher notre entourage aussi...
Le présentateur me regarde. Il est aussi surpris que moi. Ce n'était pas ça qui était prévu. Pas du tout. J'essuie ma larme d'un geste machinal et je souris de mon mieux. Je n'ai jamais été très courageux, je ne vais pas commencer maintenant...
Le présentateur se reprend.
-Sven va donc nous chanter la chanson qu'il a spécialement écrite pour ce... cet ami : Heaven's not Enough.
Le public, ne se doutant de rien, applaudit de plus belle.
Alors je me tourne vers les musiciens. Nous jouons, je chante...
Je ne vois plus rien, perdu dans ma chanson. Tout ce que je sais, c'est que je dois continuer.
Pourquoi est-ce que je vois flou ? Pourquoi est-ce que mes jambes sont si faibles ?
Pourquoi est-ce que cette émission de merde est en direct ?

but I know the pain
of leaving everything really far behind
and if I could cry
and if I could live what truth I did then take me there
heaven goodbye...

J'ai à peine le temps de finir ma chanson. Emporté par le poids de ma guitare, je tombe en avant.


Lorsque j'ouvre les yeux, je suis dans une chambre aux murs verts et blancs. J'ai un masque à oxygène posé sur le nez et la bouche. Je dois être à l'hôpital. Que s'est-il passé ?
Ah oui, l'émission... mes nausées... mon évanouissement.
-Ah, tu es réveillé.
Je tourne la tête. Graham est assis à côté de moi. Son visage est pâle et ses yeux sont cernés.
-Comment est-ce que tu te sens ?
-Au mieux de ma forme, je réponds avec ironie.
Il me sourit.
-Je suis là depuis combien de temps ?
-Tu es là depuis hier soir. Tu es resté inconscient toute la nuit.
Il hésite puis :
-Des journalistes sont dans la salle d'attente. Ils veulent t'interviewer...
Il me regarde, poursuit :
-Il y a aussi Harry... Il a vu l'émission hier soir. Depuis, il est dans la salle d'attente. Il veut te voir. Il a frappé plusieurs fois à ta porte.
-Je... je lui ai pourtant dit que j'avais quelqu'un d'autre... Pourquoi est-ce qu'il insiste ?
-Parce qu'il t'aime depuis trop longtemps. Accepte de le voir, Sven. Il n'abandonnera pas.
-Je ne veux pas le rendre malade...
-Et s'il l'était déjà ?
J'ai l'impression d'avoir reçu un seau d'eau glacé en plein visage. Harry, malade ? L'éventualité à laquelle je ne voulais pas penser. Malheureusement, je suis moi-même la preuve que ce n'est pas en se cachant la vérité qu'on l'évite... Elle finit toujours par nous rattraper.
A ce moment-là, on frappe à ma porte.
-Sven ? Tu es réveillé ?
Harry...
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:37

Chapitre 39

-Sven, ouvre cette porte ! fait Harry.
Pour des raisons de sécurité, ma porte a été verrouillée. Les infirmières peuvent l'ouvrir avec une clé spéciale. Quant à Graham et moi, si nous voulons sortir, nous n'avons qu'à tourner la poignée.
-Sven, répète Harry d'une voix suppliante.
Je sens les yeux de Graham posés sur moi. Je lui retourne son regard.
-Vas-tu le laisser te voir ? me demande mon manager.
-Non... je... je veux réellement qu'il m'oublie. Vous... vous ne pourriez pas faire comme si vous étiez mon prétendu amant ?
-Jamais, répond Graham avec un sourire.
Il croise ses bras.
-Sven !! s'écrie Harry.
-Je comprends que tu veuilles l'éloigner de toi pour son bien. J'ai agi de même dans le passé. Je te soutiendrai si c'est ce que tu veux. Mais je ne mentirai pas à Harry pour toi. Il mérite mieux que ça.
-Vous avez agi de même... ?
-Je t'ai dit que ma femme et moi avions divorcé. En réalité, dès que je partais en voyage d'affaire, elle voyait son amant. Elle ne restait avec moi que pour l'argent. Un jour, je suis rentré plus tôt que prévu de voyage. Je l'ai vue avec cet homme. Je ne lui ai jamais dit que je l'avais vue, mais j'ai demandé le divorce, prétextant que ce mariage ne me convenait pas. Moins d'un mois après que le divorce soit prononcé, elle se mariait avec cet homme. J'ai perdu ma femme de mon plein gré. Pour qu'elle soit heureuse. Puis j'ai perdu mon fils cinq ans plus tard.
Il me prend la main.
-J'ai quitté mon job et j'ai erré dans les bars. Je vivais de mes placements bancaires, je ne faisais que boire. Jusqu'au jour où je t'ai vu dans un bar. Tu étais magique, avec ta guitare. Ton sourire était si lumineux, surtout lorsque tu te tournais en direction du batteur, derrière toi. Tu es devenu mon rayon de soleil.
Il serre ma main si fort que je gémis.
-Toi, je ne te perdrai pas !
Il se lève.
-Je vais parler à Harry. Je vais lui dire la vérité.
-Graham...
Je le vois quitter ma chambre. J'entends des murmures derrière ma porte. Puis un cri déchirant le silence de l'hôpital, un cri horrible, pleurs et fureur mélés.
-Sven !!!!! Non !
Harry frappe davantage à ma porte, à tel point qu'elle en tremble.
-Sven, crie-t-il d'une voix remplie de larmes. Sven, dis-moi que c'est faux ! Dis-moi que tu vas bien ! Dis-moi qu'il ment !
Harry, ne pleure pas, s'il te plaît...
Comme si ses larmes étaient reliées aux miennes, je les sens couler le long de mes joues.
-Sven ! Laisse-moi te voir !
-Monsieur, nous sommes dans un hôpital, fait une aide-soignante.
-Mais je veux le voir. Il est mon petit ami, s'écrie Harry.
-Dans ce cas, répond l'aide-soignante, vous devriez subir un test de dépistage, vous aussi.
-Elle a raison, Harry, je dis à travers la porte.
-Sven ?
-Harry, va faire ce test. J'accepterai de te voir quand tu m'annonceras que le test est négatif. Pas avant.
-Sven ! Je te préviens, tu n'as pas le droit de mourir ! Tu es malade par ta propre faute. Si tu meurs, je considérerai ça comme un suicide, et tu n'auras pas tenu parole. Ne me trahis pas. Ne trahis pas ta promesse d'il y a treize ans.
-Harry...
-Je reviendrai te dire que le test est négatif. Tu as intérêt à m'attendre parce que je t'en voudrai toute ma vie, sinon !
Je déglutis.
-Je serai là.
Je l'entends sourire. Puis :
-Sven ?
-Oui ?
-Je t'aime.
J'entends le bruit de ses pas décroître dans le couloir. Graham rentre dans la chambre. Il me serre dans ses bras.
-Ca va aller. Tout va bien se passer.
-Vous n'en savez rien...
-Non. Mais je l'espère de tout mon coeur.

Assise en face de moi, une jeune femme brune prend des notes sur un calepin. Journaliste pour un magazine un peu plus sérieux et moins racolleur que les autres, elle est la seule que j'ai accepté de recevoir.
-Et si j'ai bien compris, vous avez accepté de participer à cette émission, hier soir, pour un de vos amis atteint du SIDA.
Je capte le regard de Graham. Il me fait un clin d'oeil d'encouragement.
-Ce n'est pas tout à fait vrai. Hier soir, je n'ai pas eu le courage de dire la vérité. Je n'ai aucun ami atteint du SIDA... du moins, je l'espère. C'est moi qui suis malade.
-Cette carrière solo est liée à votre maladie ?
-Non, quand j'ai décidé de quitter D.D, j'ignorais encore tout de cette maladie.
-Quelque chose à ajouter ?
-Sortez couverts. Ca n'arrive pas qu'aux autres.
J'hésite. Puis je demande :
-Pourrais-je faire passer un message ?
-Je vous écoute, me répond la journaliste avec un sourire aimable.
-Si vous me reconnaissez, que vous m'ayez rencontré il y a un mois ou il y a dix ans, faites-vous dépister, je vous en prie.
La journaliste se lève et me tent la main.
-Merci Sven.
J'hésite. Elle rapproche sa main.
-Sven, vous n'êtes pas un pestiféré. Ne rejettez pas les mains qu'on vous tend. Dans tous les sens du terme...


Chapitre 40

J'avance dans un couloir désert. Je suis complétement perdu, je ne sais plus dans quelle direction aller. J'ignore où je suis. Tout est sombre autour de moi. Je ne trouve pas d'interrupteur. Une brise froide me gèle jusqu'aux os. Et mes jambes qui ne veulent pas me porter. Je m'appuie contre le mur, je poursuis mon avancée. Une silhouette est en face de moi, quelqu'un me tend les bras. Elle est loin mais je veux la rejoindre. Je glisse mais je me rettrape à une poignée de porte...
J'avance encore. La silhouette se fait de plus en plus distincte. Encore quelques pas et je distingue le visage de Harry.
J'essaye de l'appeler mais aucun son ne sort de ma bouche. Ce n'est pas grave, il m'a vu, il me tend les bras. Et je n'ai qu'une envie, m'y réfugier. Un pas après l'autre, je m'en rapproche. Il fait de plus en plus sombre, et par contraste, le visage de Harry est de plus en plus blanc.
Lorsque j'arrive à sa portée, je réalise qu'il est si pale parce qu'il est mort. Il ne me tend pas les bras, il est crucifié.

Je me réveille d'un bond et je me mets à tousser. Graham qui est à côté de moi se réveille en sursaut. Il appuie sur la sonnette pour appeler le personnel soignant. Puis il me redresse dans le lit pour me mettre en position assise.
-Sven, ça va mon garçon, murmure-t-il à mon oreille.
-C'est Harry, il...
Le reste de ma phrase ne veut pas sortir. Comment dire à voix haute que Harry est mort ? C'est tout bonnement impossible.
Une aide-soignante arrive, elle prend un masque à oxygène et le pose sur mon visage.
-Il faut arrêter de vous énerver, me dit-elle.
-Comme si je contrôlais mes rêves...
-Je vais demander au docteur de vous donner quelque chose pour vous calmer.
-Je veux rentrer...
-Si vous mangez bien demain et si vous toussez moins, le docteur vous laissera peut-être quitter l'hôpital après-demain.
Comme l'aide-soignante se retourne pour partir. Je lui prends la manche.
-Dites ? Vous avez les résultats des tests de dépistage de Harry ?
Elle me sourit.
-Je n'ai pas accès au laboratoire. Mais même si j'y avais accès, c'est confidentiel. Nous n'avons pas le droit de divulguer ce genre d'information.
-Harry...
Elle quitte la chambre. Je regarde Graham.
-Vous devriez rentrer chez vous et vous reposer.
-Je rentrerai en même temps que toi. Personne ne m'attend chez moi, tu sais.
-Votre lit, peut-être, je réponds avec un demi-sourire.


Le lendemain, Graham me ramène chez lui. Contre sa volonté. Et contre celle du médecin. Mais il est hors de question que je reste davantage coincé dans ces murs blancs. Dès que j'arrive, je saute sur mon bloc-notes.
-Repose-toi, me dit Graham.
-Reposez-vous vous-même, je réponds. Je vais très bien. Je suis prêt à enregistrer une nouvelle chanson.
-Tu n'en as plus d'écrite.
-Ce sera fait dès que vous vous réveillerez.
Graham soupire puis étouffe un baillement. Alors je le pousse en direction de sa chambre. Il ne me résiste pas. Ma force est devenue tellement insignifiante qu'il pourrait m'arrêter d'un doigt.
-Je te préviens, me dit-il, tu as intérêt à tout manger ce que je te donnerai sinon je vais devenir méchant.
-Je... je mangerai...
Je m'enferme dans ma chambre. Puis j'écris.
Je suis perdu. Je n'ai plus rien à perdre. Alors c'est décidé, je vais vivre comme je l'entends... jusqu'à ce que je tombe.
Je ne me suis jamais ouvert à personne. Harry, j'aimerais tant y parvenir avec toi. Mais je ne suis pas sûr de me souvenir comment faire...
Harry, est-ce que c'est bien si je me montre à toi ? Vais-je y arriver ? Vais-je parvenir à te regarder dans tes grands yeux noirs sans faiblesse ni honte ?
Est-ce que j'appartiens à quelque endroit ? Ou est-ce que je vais finir comme ça, complétement perdu, comme je suis maintenant ?
Harry, j'ai toujours été perdu sans toi. Mais si nous restons ensemble, n'allons-nous pas nous perdre tous les deux ?

Stray ! Stray !

In the cold breeze that I walk along
The memories of generations burn within me
Been forever since I cried the pain and sorrow
I live and die, proud of my people gaining

I'm here standing at the edge
Starin up at where the moon should be
Ohohohoh...

Stray !
No regrets 'cause I got nothin to lose
Ever stray !
So I'm gonna live my life as I choose
Until I fall..

Stray ! Stray !
Stray ! Stray !

In the white freeze, I never spoke of tears
Or opened up to anyone including myself
I would like to find a way to open to you
Been awhile, don't know if I remember how to

I'm here waiting on the edge
Would I be alright showing myself to you?
It's always been so hard to do..

Stray !
No regrets 'cause I got nothin to lose
Ever stray !
So I'm gonna live my life as I choose
Until I fall...

Stray ! Stray !
Stray ! Stray !
Stray ! Stray !

Is there a place left there for me
Somewhere that I belong
Or will I always live this way... ?
Always stray

No regrets 'cause I got nothin to lose
Ever stray !
So I'm gonna live my life as I choose
Cause all things fall

Stray ! Stray !
Stray ! Stray !
Stray ! Stray !

Stray...



______________________________________________________________________
NDA : Stray n'est pas de moi. Cette merveilleuse chanson est tirée de l'OST de Wolf's Rain (C'est l'opening). Ceux qui la veulent peuvent cliquer ICI.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:40

Chapitre 41

Graham regarde mon assiette vide, un sourire aux lèvres.
-Tu vois quand tu veux.
J'essaye de répondre à son sourire.
-Je me suis regardé dans un miroir tout à l'heure et... je ne suis pas beau à voir. Si... si je revois Harry un jour, je ne veux pas qu'il me voie ainsi.
-Harry t'aimera quelle que soit ton apparence.
Je soupire.
-Et c'est bien le problème... Son amour est si inconditionnel qu'il m'effraie. Quand on dit que l'amour rend aveugle, il en est l'exemple-même. Il ne voit que ses sentiments, il pardonne tout, n'exige rien...
-Tu préférerais qu'il ne te pardonne pas ?
-Non ! Je veux juste qu'il ne se laisse pas aveugler par ses sentiments.
-Tu dis qu'il n'exige rien. Mais à l'hôpital, il a parlé d'une promesse, il y a treize ans, il me semble. Il exige de toi de rester en vie, c'est déjà quelque chose, étant donné les circonstances.
Je souris en me souvenant du poing que j'ai reçu dans la joue, il y a treize ans, à ma sortie de l'hôpital.
-Il a également exigé que tu réagisses, si je ne m'abuse, lorsqu'il est parti, juste avant Noël. Si tu veux qu'il soit exigeant, à toi de le lui dire. Tu lui repprochais de ne pas parler, mais tu n'es pas réputé pour tes bavardages non plus...


Je m'asseois sur un tabouret. L'enregistrement de "Stray" m'a littéralement épuisé. J'aurais peut-être pu choisir un rythme adapté à mon état de santé.
-Sven, fait Graham dans mon oreillette, tu peux dire aux musiciens que j'aimerais les voir dans le studio ? Reste assis, nous arrivons dans une minute.
Je transmets le message, puis je bois pour adoucir ma gorge trop sollicitée. Les musiciens quittent la pièce. J'entends des pas derrière moi. Je me retourne...
Je lâche mon verre qui roule sur le sol jusqu'aux pieds de Harry. Il se baisse, ramasse le verre.
-Je suis allé te voir à l'hôpital tout à l'heure, mais on m'a dit que tu étais parti. J'ai supposé que tu étais ici.
Mais qu'est-ce qu'il fait ici ?
Il pose le verre sur un autre tabouret, puis dit :
-Ne m'en veux pas si je ne m'approche pas trop près.
Je souris.
-Je sais, je suis contagieux...
Il s'avance vers moi, un sourire aux lèvres.
-Imbécile, c'est surtout que j'ai envie de te mettre mon poing dans la figure.
-Comme il y a treize ans...
-Sauf que je préfère agir autrement, cette fois-ci.
Il me serre dans ses bras.
-Ne me touche pas...
Je parle sans aucune conviction dans ma voix. Son corps est si chaud, je m'y sens si bien. J'entends son coeur qui bat dans sa poitrine. Et sous sa chemise, je sens le petit anneau à son téton gauche.
J'ose lever les yeux vers lui. Son teint est pale, il a maigri. Harry, dis-moi que tu n'es pas malade, dis-le moi.
Il se baisse, prend mon visage dans ses mains. Ses yeux noirs brillent comme des étoiles.
-En allant à l'hôpital, j'en ai profité pour demander les résultats de mes tests. Je n'ai rien. Tu n'as plus le droit de m'interdire de te voir.
Sans me laisser le temps de répondre, il m'embrasse. Je le repousse. Je vois flou, les larmes embrument mes yeux.
-Arrête !
-Ne m'interdis pas de t'embrasser.
Du pouce, il essuie mes larmes. Il s'accroupit devant moi et me sourit.
-Tes chansons sont magnifiques mais elles sont complétement débiles. Tu n'as jamais été perdu, tu n'as jamais été seul. Tout ça, c'était dans ta tête. Tu ne pensais pas te débarasser de moi aussi facilement, quand-même ?
-Je n'ai aucun avenir.
-Tu peux vivre encore des années. Et moi je peux me faire écraser demain. Tu l'as dit toi-même dans "Moon on the Water", tu ne sais pas de quoi demain sera fait. Arrête de t'inquièter pour des choses qui peuvent ne pas arriver. Et puis peut-être que la semaine prochaine, on apprendra qu'un médicament a été trouvé... Tu n'en sais rien, et moi non plus. Alors reviens chez nous.
-Non.
-Ce n'était pas une question.
-Non ! Je ne veux pas prendre le risque de te rendre malade. J'ai eu tellement peur de t'avoir transmis la mort.
-On m'a transmis la mort dès qu'on m'a donné naissance, Sven. Vivre, c'est prendre le risque de mourir. Alors vivons ensemble.
-Ton sac est déjà prêt, fait Graham dans l'oreillette.
-Vieil idiot, je réponds dans le micro.
-De rien, dit Graham d'un ton amusé.
-Alors ? demande Harry en me tendant sa main.
Les paroles de la journaliste me reviennent à l'esprit.

"Ne rejettez pas les mains qu'on vous tend. Dans tous les sens du terme..."

Je plonge mes yeux dans ceux de Harry. L'amour, l'espoir, l'impatience et la peur s'y bousculent. Je lève la main et timidement, je la glisse dans celle de Harry.


Chapitre 42

J'entre dans l'appartement, un sourire aux lèvres. Rien n'a changé, tout est à sa place. Harry pose ma guitare et mon sac sur le sol, et me serre dans ses bras.
-C'est bon de te revoir, murmure-t-il à mon oreille.
-Où sont Nadia et les enfants ? je demande surpris.
-Ma mère est fatiguée de faire le ménage dans sa grande maison, répond Harry avec un clin d'oeil. Elle a embauché une femme de ménage la semaine dernière.
Il sourit puis me donne une enveloppe. Je l'ouvre. Elle contient une centaine de photos et un petit mot de Lucy.

"Je suis de tout coeur avec toi. Porte-toi bien. Et si tu fais pleurer mon frère, je te tue."

J'éclate de rire, puis je passe aux photos. Je prends le cliché sur lequel Harry tient la boite de la montre ouverte devant moi. Je le découpe en rond, et le glisse dans le couvercle de ma montre gousset qui ne me quitte jamais. Puis je regarde Harry.
-J'ai eu le temps de beaucoup réfléchir ces derniers jours.
-Oui ?
Il semble si sérieux que je ne peux m'empêcher de sourire.
-A partir de maintenant, tu me diras ce que tu veux. Il est hors de question que tu fasses toujours passer mes désirs avant les tiens. Si tu n'es pas d'accord, dis-le. Si tu es en colère, dis-le ! Ca fait environ treize années que je suis un petit con égoïste, il est temps que ça change !
-Mais je l'aime, ce petit con égoïste.
Je sens mes joues me brûler. Je dois ressembler à une pivoine. Harry sourit.
-Mais si tu insistes, je vais te dire ce que je veux.
Il me porte dans ses bras et m'emmène directement dans la chambre. Il me pose délicatement sur le lit et murmure :
-Prends-moi.
-Hé ! je m'écrie en sentant mes joues rougir de plus belle, je suis convalescent.
-Je te dis ce que je veux, mais si tu ne veux pas le faire... fait Harry d'un air innocent.
Je soupire. Pour une raison que j'ignore, je me sens aussi timide qu'une jeune mariée.
-D'accord, je dis d'une petite voix.
Harry s'agenouille près de moi, sur le lit. Il retire mon pull. Un sourire flotte sur son visage lorsqu'il voit le piercing que j'ai gardé. Il me serre dans ses bras et prend mes lèvres. Je m'accroche à son cou, me laissant envahir de sa langue, répondant à son baiser.
Harry, c'est si bon d'être dans tes bras.
Mon coeur bat à tout rompre alors que je tire sur sa chemise pour la sortir de la ceinture de son jean. Je défais les premiers boutons, il ne me laisse pas finir. D'un geste vif, il la passe par dessus sa tête. Je me blottis dans ses bras. Je l'embrasse. Peau contre peau, langue contre langue, coeur contre coeur.
Mes mains se posent sur sa braguette trop tendue, je la défais d'une main peu assurée. Il m'encourage d'un sourire.
Mes lèvres se perdent dans son cou alors que je retire son pantalon. Du bout de la langue, je taquine ses tétons, l'un après l'autre, puis je les mordille.
Rassuré par les soupirs de Harry, je passe une main sous son boxer et m'empare de son érection. Je le caresse lentement, de haut en bas, tout en mordillant les morceaux de chair rose qui semblent m'appeler. Haletant, Harry se tortille sous moi, mais ni ma bouche ni mes doigts ne le lâchent. De ma main libre, je retire complétement son sous-vêtement, puis retourne à ses tétons délaissés.
Ma main prend de la vitesse sur son pénis dur, jusqu'au moment où il pousse un gémissement plus fort que les autres. Je souris et léche mes doigts maculés de semence, uns à uns, en le regardant droit dans les yeux.
-C'était rapide, dit-il en m'enlaçant. J'ai l'impression que ça fait une éternité que tu ne m'as pas touché.
Je l'embrasse, répondant à son étreinte. Puis je réponds :
-Ca fait une éternité...
Il me déshabille et me caresse à son tour. Allongé sur le lit, je ferme les yeux. Ses mains. Ses longs doigts fins et habiles. Sa bouche...
Sa bouche ?
Je le regarde me protéger à l'aide de ses lèvres. Je soupire, autant de soulagement que de bien-être. Une de ses mains s'active entre ses jambes.
-Arrête...
Il me regarde, surpris. Je lui souris.
-Ce serait dommage que je vienne avant l'heure... Pour moi aussi, ça fait une éternité...
Harry éclate de rire. Il s'allonge, m'attire dans ses bras.
-Ca va aller ? demande-t-il lorsque je me positionne face à lui.
Pour toute réponse, je le pénétre lentement. C'est tellement bon d'être dans son corps. J'ai l'impression que je vais fondre. Je m'arrête, autant pour lui laisser le temps de s'habituer à moi, que pour reprendre contenance.
-Viens, murmure-t-il à mon oreille.
J'obéis. Mais le corps d'Harry, ses gémissements, me font un tel effet que je me retrouve bientôt au bord du gouffre. Je suis à deux doigts de basculer.
-Sven, s'écrie Harry.
Mon corps répond au sien, il m'emporte avec lui dans l'orgasme, douce chute de deux corps enlacés qui tombent au fond d'un puits d'amour et de tendresse.

Nous avons repris notre souffle depuis longtemps, mais Harry me garde dans ses bras, allongé sur lui, comme s'il avait peur que je reparte dès qu'il me lâcherait. Ses yeux sont fermés, un petit sourire erre sur ses lèvres. Ses mains se promènent sur mon dos, ma nuque, dans mes cheveux.
Je ne me lasse pas de regarder son visage, il semble si détendu, il est si beau. J'hésite à lui parler, de peur de le déranger. Mais...
-Harry ?
Il ouvre ses beaux yeux noirs. Son visage redevient sérieux.
-Oui ?
A mon tour, je souris. Je m'approche de lui jusqu'à ce que nos nez soient à quelques centimètres l'un de l'autre.
-Je t'aime.
Il sourit à nouveau, alors que ses mains se posent sur mon visage, et que ses lèvres prennent les miennes. Aussi longtemps que je vivrai, je veux voir ce sourire.
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Re: SDR - Tome 1 - Sex, Drugs & Rock 'n Roll

Message par Mili le Ven 18 Juil - 19:43

Epilogue

Je sens mes yeux se mouiller en voyant l'ovation du public. C'est la dernière date de ma tournée, dans ma ville. En effet, après trois mois, je suis de retour à la maison. Je respire un bon coup. Je tâte le pulvérisateur dans ma poche, mais je n'en ai plus besoin. Grâce à mes antibiotiques, et aux bons soins d'Harry et de Graham, ma pneumocystose a presque complétement disparu. Pas ce foutu virus, par contre. Mais j'ai espoir qu'un jour, peut-être, il pourra être éradiqué.

Le concert est sur le point de se terminer. Je fais signe à Maria, Roland et Nadia dans le public. Suzanne était trop fatiguée pour accepter les invitations, elle a préféré garder les enfants, mais a ordonné que nous lui rendions visite dès notre retour.
-Je tiens à remercier ma famille d'être venue me voir ce soir.
Le public se remet à hurler. Je patiente, puis je reprends :
-Merci à Graham, mon manager, pour tout ce qu'il a fait pour moi depuis le début.
Nouveaux hurlements.
-Et surtout, merci à l'homme que j'aime, qui me suit depuis treize ans, et qui est dans la salle ce soir.
Le public se retourne, cherchant où pouvait être l'homme qui me volait à lui. Je lâche un petit rire.
-Pas la peine de le chercher, il est caché derrière sa batterie.
Je me retourne pour le regarder. Harry secoue la tête, l'air de dire que je suis un irrémédiable idiot. Mais comme ce n'est pas nouveau, je me contente de lui faire un clin d'oeil.
-Et maintenant, place à la dernière chanson ! Parce que c'est maintenant ou jamais qu'il faut vivre ! Parce qu'aucun de nous n'est éternel ! Vivons pendant que nous sommes vivants !

This ain't a song
For the broken hearted
No silent prayer
For the faith departed
Iain't gonna be just a face in the crowd
You're gonna hear my voice
When I shout it out loud

It's my life
It's now or never
I ain't gonna live forever
I just want to live while I'm alive
It's my life
My heart is like an open highway
Like Frankie said
I did it my way
I just wanna live while I'm alive
It's my life

This is for the ones
Who stood their ground
For Tommy and Ginna
Who never backed down
Tomorrow's getting harder make no mistake
Luck ain't even lucky
Got to make your own breaks

It's my life
It's now or never
I ain't gonna live forever
I just want to live while I'm alive
It's my life
My heart is like an open highway
Like Frankie said
I did it my way
I just wanna live while I'm alive
It's my life

Better stand tall when they're calling you out
Don't bend,don't break ,baby,don't back down

It's my life
It's now or never
I ain't gonna live forever
I just want to live while I'm alive
It's my life
My heart is like open highway
Like Frankie said
I did it my way
I just wanna live while I'm alive
It's my life



______________________________________________________________________
NDA : It's my life n'est pas de moi. Cette merveilleuse chanson est de Jon Bon Jovi. Ceux qui la veulent peuvent cliquer ICI.


Voilà, c'est (enfin) fini ^^
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