*~Tetsuyaoi~*

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Message par Atsuna le Sam 27 Sep - 20:40

Voilà, je poste une première fic en avant-première ici. (C'est la faute à Tetsu ><) Je ne suis pas très sûre de moi pour celle-ci, elle est différente de tout ce que j'avais fait jusque là et j'ai longtemps hésité à la poster quelque part. Cela dit, j'espère qu'elle vous plaira. Bonne lecture !

Mon Encre.


J'ai toujours pensé que le meilleur endroit pour écrire était ce bureau sombre et envahi de fumée de cigarette que je ne quittais presque jamais, assis devant mon écran d'ordinateur, les rideaux clos et une cigarette coincée entre les lèvres. Je pensais aussi que pour écrire, avoir vécu n'était pas nécessaire, qu'il suffisait de rêver.

Ma soeur n'arrêtait pourtant pas de me répéter que je devais vivre un peu, sortir de cet univers chimérique que je m'étais créé et rencontrer d'autres êtres humains.

D'autres êtres humains...

Ridicule puisque j'avais cessé d'être un humain depuis longtemps. Ou du moins était-ce ce que je pensais, jusqu'à ce que cette personne n'apparaisse dans ma vie, chamboulant tous mes préjugés, renversant mes rêves pour m'en créer d'autres, brisant mon coeur en mille morceaux alors que je le pensais déjà détruit.

J'aurais dû être heureux de faire sa connaissance.

Au contraire, ça m'a complètement brisé.

A présent, lorsque je jette un regard sur le passé, sur cette époque qui fut probablement une des plus agréablement douloureuses de toute ma vie, je souris. Même si c'est avec amertume, je souris en repensant à certains moments exceptionnels, certaines phrases amusantes, certains instants presque magiques. Mis à part ces détails, tout reste plongé dans une pénombre compacte, étouffante, de laquelle je ne pourrai probablement jamais me défaire tant elle est omniprésente dans ma vie.

Un léger rayon de soleil avait passé la barrière de mes nuages, mais à présent, il est parti. Je ne peux plus me délecter de sa douceur, profiter de sa caresse matinale, sourire avec légèreté. Parce qu'il est reparti comme il est arrivé.

Et ce n'est qu'une fois qu'il a entièrement disparu que j'ai compris... J'ai enfin réalisé que sans vivre, on ne peut pas vraiment écrire, nourrir ses rêves.

J'ai compris que je l'avais aimé plus que quiconque sur cette terre, plus que je n'aimerais personne après lui.


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Re: Mon Encre.

Message par Atsuna le Sam 27 Sep - 20:42

Chapitre 1 : Le chaos a un sourire d'ange

La vie d'un écrivain solitaire comme moi était plutôt répétitive. J'écrivais tard dans la nuit car c'était le seul moment où mon esprit semble assez libre pour pouvoir s'exprimer pleinement, comme si je me nourrissais de la faible lueur protectrice des étoiles, du regard bienveillant et doux de la lune, ou encore de mes peurs et de mes espoirs.

Ce dimanche où le téléphone sonna, me ramenant à la réalité, il faisait froid et je ne trouvais pas l'inspiration. Je m'étais donc avachi dans mon canapé, une cigarette entre les lèvres, et je fixais sans le voir l'écran de télévision sur lequel défilaient toutes sortes d'idioties. Le monde m'horripilait.

Ce fut donc sans regret que j'éteignis le poste et me levai pour aller répondre à l'importun qui me dérangeait si tard dans la nuit. Il faisait trop sombre dans le hall, pourtant je n'allumai pas la lumière. Je la détestais trop pour pouvoir la supporter dans mon univers. D'un geste absent, j'attrapai le combiné et répondis.

« Allô ? » Ma propre voix me parut totalement inconnue, si distante. Je ne parlais pas assez souvent que pour réaliser, cependant, qu'elle était plus rauque que d'ordinaire.

« Seijiro, tu daignes enfin me répondre ! »

Je ne pus me retenir de sourire au ton autoritaire qu'employait toujours ma soeur, Sakura, lorsqu'elle s'adressait à moi. Par réflexe, je sortis une nouvelle cigarette de son paquet et la glissai entre mes lèvres avant de lui répondre.

« Et toi, tu sembles enfin avoir compris que je dors encore à quatre heures de l'après-midi. » J'allumai ma cigarette et exhalai un nuage de fumée grise, m'appuyant contre le mur. Je l'entendis soupirer à l'autre bout du fil.

« Je t'appelais pour te demander un service... »

« Ca change. D'habitude tu appelles juste pour me faire la morale. Ton geste me touche beaucoup, » rétorquai-je avec un magnifique sourire sarcastique dont elle ne put malheureusement pas profiter.

« Le fils d'une amie est inscrit au lycée où tu donnes cours, » continua-t-elle comme si elle ne m'avait pas entendu. « Mais ils n'ont pas les moyens, ni de déménager, ni de lui payer un appartement à Tokyo. Donc, je sais que l'idée ne te plaira pas mais, tu as une grande maison et ce serait vraiment génial si tu pouvais l'héberger. Ce serait... »

« Pardon ? Tu me demandes de laisser vivre chez moi un gamin dont je ne sais rien du tout ? » J'écrasai ma cigarette avec force dans le cendrier alors qu'elle était à peine entamée. « Je ne suis pas les services sociaux et j'ai besoin de mon espace vital pour écrire. C'est hors de question. »

« Ne raccroche pas ! »

Je suspendis mon geste non sans un soupir résigné.

« J'y gagnerais quoi, dans cette histoire ? » Je me rallumai une nouvelle cigarette.

« J'ai promis à cette amie que je lui trouverais une solution... Je n'ai aucune envie que son gamin se retrouve à la rue. Tu sais, il est gentil et sait se faire discret. Il est intelligent donc je pense qu'il comprendra bien que tu aies besoin de ton espace. Et puis, tu ne perds rien à essayer un mois. Si ça ne va pas, on trouvera une autre solution. »

Je fronçai les sourcils, plaçant ma main libre sur mon front. Je sentais déjà venir la migraine. Je rallumai une nouvelle cigarette sur laquelle je tirai comme un homme désespéré. Qu'est-ce que j'y gagnais ? Pas grand chose, finalement. Cela dit, j'avais un pressentiment au sujet de cette histoire. Bon ou mauvais, là se trouvait la question. Après avoir exhalé deux nouvelles volutes de fumée grise, je rouvris les yeux, écrasai ce qui restait de ma cigarette et passai une main dans mes cheveux pour me préparer à répondre.

« Très bien. J'accepte de voir ce que ça donne. Pour une semaine. »

« Merci, Seiji, je savais que tu comprendr... Comment ça, une semaine ? »

« A prendre ou à laisser. »

« D'accord... Il arrivera demain dans l'après-midi. Sois présentable. »

Je raccrochai. Plutôt mauvais, le pressentiment, en fin de compte. Je ne savais même pas son âge ni son nom. Après un nouveau soupir, je chassai mes doutes d'un geste nerveux de la main et me décidai à rejoindre Morphée. Aucune chance pour que je termine mon dernier chapitre ce soir.

Aucune chance pour que je sois présentable le lendemain...

*
* *

Lorsque mes yeux s'ouvrirent le lendemain matin, je fus bien obligé d'admettre que, quelle que soit l'heure de son arrivée, mon futur colocataire ferait une crise cardiaque en me voyant. Je sentais mes yeux sortir de ma tête douloureusement et une migraine insupportable me vrillait le crâne de part en part. Morphée m'avait fuit une bonne partie de la nuit alors que je n'aspirais qu'à la douceur de son étreinte et je me réveillais plus éreinté que reposé.

La douche n'aida en rien cet état de fait mais me permit cependant de ne pas céder à la panique. Un autre être vivant allait entrer dans ma sphère de vie, un autre être humain allait respirer mon oxygène, s'asseoir sur mon canapé, manger à ma table, utiliser ma cuisine, se laver dans ma salle de bain, dormir dans le lit de ma chambre d'ami, et tout cela pendant au moins une semaine complète !

Je ne cédai pas à l'angoisse.

Une fois habillé d'une chemise et d'un pantalon, je dus faire le tour de la maison, et constatai avec horreur que rien n'était en ordre. Ma soeur aurait surement ri en se demandant à voix haute comment je pouvais vivre là dedans.

Mais je ne vivais pas...

J'écrivais.

C'était probablement la première fois de ma vie qu'il n'y avait pas une femme de ménage pour mettre de l'ordre à ma place (j'avais congédié la dernière, elle m'empêchait d'écrire). Et je n'aurais jamais imaginé que faire le grand nettoyage puisse être aussi fatigant. Mais j'arrivai malgré tout à un résultat raisonnable où le désordre n'était désormais plus visible, tant qu'on laissait les armoires closes...

Lorsqu'enfin on sonna à la porte, je venais de fermer la dernière armoire de la cuisine. Je me dirigeai d'un pas lourd vers la porte d'entrée, le coeur battant un peu plus vite que d'ordinaire. J'avais le sentiment que l'impression que je donnerais à ce gamin était devenue la seule chose qui importait sur cette terre. Que penserait-il de moi ? C'était comme si j'avais tout à prouver en cet instant.

Je me sentis brusquement assailli de souvenirs que je croyais avoir relégués au fond de mon esprit. Je marchais dans le hall d'entrée comme j'avais marché dans ce couloir. Je m'approchais de cette porte au-delà de laquelle se trouvait ma vie pour l'année à venir. Je n'en avais pas envie mais c'était comme si cet instant faisait partie de ma destinée. Chaque pas martelait le rythme des battements de mon coeur et finalement, j'avais la main posée sur cette poignée de porte.

Je me décidai enfin à allumer la cigarette que j'avais glissée entre mes lèvres, puis j'ouvris la porte.

« Bonjour, Hirano-san ! »

Je crus tomber à la renverse. Le gamin qui se trouvait face à moi venait de m'adresser une courbette suivie d'un grand sourire innocent. Je ne pus m'empêcher de le détailler rapidement. Il n'était pas bien grand et ses cheveux noirs retombaient en désordre sur ses épaules. Ses yeux étaient étonnamment verts bien qu'il ait un physique des plus japonais.

« 'Jour, » lâchai-je distraitement. Dehors, je vis la voiture de ma soeur disparaître dans l'allée. Parfait, je n'aurais pas à supporter ses remarques désagréables. J'exhalai un nuage de fumée, les yeux toujours rivés sur le garçon dont j'ignorais le nom, et m'effaçai dans le couloir pour le laisser entrer.

« Ma mère m'a dit que vous étiez écrivain mais je n'ai jamais entendu votre nom, » dit-il sur un ton pensif en se saisissant de ses deux sacs.

Avant même de m'en rendre compte, j'étais en train de rire discrètement. Je déteste rire. Brusquement, je me repris, lui jetant un regard accusateur qu'il ne remarqua même pas.

« J'écris sous un pseudonyme. » Je tirai une nouvelle fois sur ma cigarette, refermant la porte derrière lui. « Ta mère n'a pas peur de te laisser vivre avec quelqu'un qu'elle ne connaît pas ? » demandai-je innocemment.

« Elle a confiance en Sakura-san, » répondit-il simplement.

Mais Sakura était bien différente de moi, malgré nos liens de sang. Je haussai les épaules et partis vers la cuisine suivi de près par l'autre.

« Au fait, elle ne m'a pas dit ton nom, » lançai-je sans me retourner. J'écrasai ma cigarette en passant devant le meuble du téléphone.

« Aizawa Kenichi. Et vous n'avez pas peur de vivre avec quelqu'un que vous ne connaissez pas? » me lança-t-il sur un ton moqueur.

Je levai les yeux au ciel. Même une semaine, cela me paraissait bien trop long. Je pouvais toujours lui répondre honnêtement en lui disant que j'étais terrorisé, que ça aurait été le cas également même si je l'avais connu de longue date. A la place, je me contentai d'ouvrir la porte de la cuisine en annonçant l'utilité de la pièce.

Faire la visite de ma propre maison fut encore plus ennuyeux que ce que je pensais. Lorsque nous passâmes devant mon bureau, je précisai que cette pièce lui était interdite d'accès. Il eut juste un regard curieux et hocha positivement de la tête. J'espérais juste qu'il retiendrait cette unique contrainte que je lui imposais. Mon bureau était mon temple, le seul endroit que je jugeais vraiment inviolable.

Arrivé devant la porte de ce qui serait sa chambre pour au moins la semaine à venir, je décidai de mettre les dernières choses au clair.

« Tu rentres quand tu veux, tu vas où tu veux, te manges ce que tu as envie, tu vas dormir quand ça te chante. Je ne compte pas m'occuper de toi, c'est clair ? Et voilà ta chambre. »

Je lui ouvris la porte d'une main et repartis vers mon bureau. Il était encore trop tôt pour que je trouve l'inspiration mais rester en sa présence me mettait les nerfs à vifs. En temps normal, je me serais contenté de me laisser aller dans mon canapé devant une émission stupide avec une cigarette mais brusquement, avec l'arrivée de Kenichi, j'avais l'impression que la seule pièce qui restait sécurisante était mon bureau, le seul endroit où il ne pourrait jamais entrer, où je ne voulais surtout pas qu'il entre.

Je n'avais pas fait deux pas que la lumière se fit dans mon couloir d'habitude si sombre. Je me retournai promptement vers lui et allai éteindre la lumière, les sourcils froncés.

Je détestais que l'on change mes habitudes.

Il me jeta un regard interrogateur, tendant à nouveau la main vers l'interrupteur.

« N'allume jamais cette lampe, » me contentai-je de lui dire avant de repartir vers mon bureau. J'avais besoin de solitude, immédiatement.

« Pourquoi ? » vint-il me demander. « Vous cachez quelque chose ? C'est pour ça que vous écrivez sous un pseudonyme ? En fait vous un tueur en série et... »

Je m'arrêtai au milieu du couloir, à deux pas de la porte de mon Temple, et je souris malgré moi.

« Et les lutins du père Noël ont un bonnet rouge, » rétorquai-je sérieusement.

Kenichi me fixa un instant, les yeux grands ouverts et la bouche bée, puis brusquement, il partit dans un fou rire monumental, pleurant presque tant il n'arrivait plus à respirer. Je levai les yeux au ciel et partit m'isoler dans la seule pièce encore sûre de cette maison.

De l'autre côté du battant de bois, je l'entendis se calmer et répéter ma réponse plusieurs fois de suite tout en s'éloignant. Me collant à la porte, je m'autorisai enfin à respirer pleinement. C'était comme si, depuis son arrivée, j'avais retenu ma respiration. Je savais, j'étais certain que jamais je n'aurais dû accéder à la demande de ma soeur. Parce que ce Kenichi, même avec son sourire gentillet, ne m'apporterait probablement que des ennuis.
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Re: Mon Encre.

Message par Atsuna le Sam 27 Sep - 20:42

« Déjà le vent emportait les ses larmes à l'horizon. Son sourire avait disparu pour toujours et jamais, ô grand jamais, elle ne s'en remettrait. Akira posa une main réconfortante sur son épaule et »

« Hirano-saaaan ! »

Quelques coups secs furent frappés à ma porte. J'écrasai rageusement ma cigarette dans mon cendrier déjà trop plein mais ne répondis pas. Je posai un doigt sur la touche « effacer » et supprimai cette dernière phrase puis cliquai sur « sauvegarder ».

« Hirano-san! » insistait Kenichi de l'autre côté de la porte.

Je me laissai aller contre le dossier de ma chaise en soupirant. Quand on me coupait dans mon écriture, j'avais toujours ce sentiment que l'on m'extirpait du monde auquel j'appartenais, qu'on m'arrachait à moi-même. Ce sentiment étrange provoquait comme des picotements dérangeants le long de mes bras et de ma colonne vertébrale jusqu'à la racine de mes cheveux. En général, je réalisais aussi à quel point mes yeux, et par là même ma tête, me faisaient souffrir.

Et je détestais ça.

« Hirano-san, j'ai fait de la soupe miso ! Elle va être froide ! »

« C'est pas vrai, » marmonnai-je. Il n'avait surement rien écouté de tout ce que je lui avais dit. Je me levai de ma chaise, m'étirai longuement, attrapai mon paquet de cigarettes et me dirigeai promptement vers la porte. De toute manière, je serais incapable de reprendre l'écriture immédiatement.

J'ouvris la porte et me retrouvai nez à nez avec ses yeux verts. J'arquai un sourcil inconsciemment. Il était plus grand que ce que je pensais. Et il portait un tablier rose. Celui que Sakura m'avait offert au dernier noël familial auquel j'avais assisté, ce qui remontait à presque cinq ans.

« Je t'avais dit de te débrouiller pour manger, » grommelai-je. J'étais au sortir de l'écriture comme au sortir de mon lit : d'une humeur exécrable.

« Oui mais je ne suis vraiment pas doué pour les quantités, » m'expliqua-t-il avec un sourire contrit. « Et puis ça fait des heures que vous êtes occupé. J'ai pensé que vous auriez faim... »

Bon sang, voilà qu'il jouait les bons Samaritains. Je fronçai les sourcils tout en refermant la porte de mon bureau derrière moi.

« Ne te fatigue pas. Je ne mange jamais à cette heure-ci, » dis-je en partant déjà vers le salon.

« Dites, Hirano-san, » commença-t-il sur un ton plus timide que celui qu'il employait d'habitude. Je me retournai, piqué par la curiosité, et attendis qu'il poursuive. Il sembla que mon regard l'encouragea à continuer et il lâcha sa phrase d'une traite, comme une bombe. « Vous êtes toujours aussi désagréable? »

« Toujours, » répondis-je avec indifférence.

« C'est dommage, » me dit-il, l'air déçu. « Vous avez l'air d'être quelqu'un de bien. »

Je lui jetai un regard désabusé et m'en allai sans un mot de plus. Etais-je quelqu'un de bien ? Voilà une question que je ne m'étais jamais posée. Je n'avais rien fait d'extraordinaire dans ma vie, je n'étais pas un grand auteur visionnaire et mes romans ne se vendaient bien que parce que j'avais trouvé un style qui plaisait. Je ne cherchais pas à faire changer le monde, je me contentais de vivre comme un ermite, écrivant pour ne pas dépérir.

Il me semblait quelque peu exagéré de dire que j'étais « quelqu'un de bien ». Non, je n'étais pas ce genre de personne.

Je me laissai tomber lourdement dans le canapé et tâtonnai sur ma droite à l'endroit où se trouvait habituellement la télécommande. Je soupirai en constatant qu'elle n'y était plus puisque je venais de ranger le salon quelques heures plus tôt. Je me relevai donc en soupirant pour aller la récupérer dans le tiroir de la table basse sur laquelle reposait ma vieille télé.

J'entendais Kenichi s'affairer dans la cuisine mais il n'en sortit pas pour s'installer sur la table de la salle à manger. Je soupirai à l'idée que je l'avais peut-être offusqué par mon attitude totalement désagréable. Je profitai du fait que j'étais sur mes deux pieds pour ouvrir la fenêtre. Il faisait sombre dehors et la lune pointait déjà le bout de son nez, entourée d'une nuée d'étoiles scintillant timidement.

Une fois installé confortablement, une cigarette collée aux lèvres, j'allumai la télévision et changeai de chaîne jusqu'à tomber sur un documentaire.

Ce que j'aimais le plus, c'était fermer les yeux et n'écouter que d'une oreille distraite, les jambes tendues devant moi et la tête posée contre le mur. Je finissais souvent par m'endormir pour une heure ou deux, parfois plus si je manquais vraiment de sommeil. Après ça, j'étais d'attaque pour repartir dans mon univers onirique.

Je fermai les yeux. La cigarette se consuma seule dans le cendrier.

Le sommeil, pareil à la douce caresse d'un amant, vint effleurer mon esprit.

*
* *


Je fronçai les sourcils en grognant lorsqu'une atroce lumière vint agresser mes pauvres pupilles à travers mes paupières. Clignant des yeux, je pus distinguer une silhouette dans l'encadrement de la porte, une main encore posée sur l'interrupteur.

« éteins ça tout de suite, tu veux ? » grommelai-je en masquant mes yeux d'une main encore tremblante de sommeil.

La lumière s'éteignit et je lâchai un soupir de contentement.

« Vous vivez toujours dans le noir, comme ça? » me demanda l'innocent Kenichi qui débarquait dans ma vie sans rien savoir de moi.

« Oui, je déteste la lumière, » me sentis-je obligé de répondre en me penchant vers la table de salon pour me saisir de mon paquet de cigarettes. Les gestes habituelles m'amenèrent à exhaler un petit nuage gris devant moi. Je me laissai aller dans mon canapé. J'avais de nouveau mal à la tête.

« Ah, je sais ! En fait tu es un vampire ! » me dit-il en riant.

Je me tournai vers lui, un sourcil arqué en signe de surprise. Avais-je rêvé ou venait-il réellement de me tutoyer ? Il sembla se poser la même question parce que brutalement, il reprit son sérieux, ouvrit la bouche pour dire quelque chose, et finalement, m'adressa un sourire désolé.

Comment lui en vouloir quand il faisait cette tête-là ? Bon sang, si je me mettais à penser comme ça, bientôt il mettrait réellement ma vie sans dessus dessous. Je fis un geste évasif de la main et fronçai les sourcils en constatant que mon mal de crâne ne faisait qu'empirer. Je me mis à tirer sur ma cigarette comme si c'était la dernière, sans trop comprendre pourquoi.

« Vous ne devriez pas fumer autant. Et il reste de la soupe si jamais vous en voulez quand même. »

Je vis sa silhouette menue quitter la pièce et bientôt, ses pas légers résonnèrent dans la cage d'escaliers.

Quinze minutes et trois cigarettes écrasées plus tard, je dormais profondément dans le fauteuil.
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Re: Mon Encre.

Message par july le Dim 28 Sep - 12:09

sincèrement je pense que ton début de fic et très bien , j'attends vraiment la suite avec impatience ^^
en attendent , j'ai ta pelote de laine pour m'occuper ;p^^
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Re: Mon Encre.

Message par TetsuYaoi le Dim 28 Sep - 15:13

Pas mal du tout! Tu as un bon style et j'aime ta façon de manier la plume à la première personne. Personnellement j'ai plus de mal à la première qu'à la troisième. J'aime la façon dont tu fais passer les sentiments de ton personnage comme l'ambiance générale du texte, on se sent aspiré, "dedans".

C'est un chapitre intéressant, poste la suite bientôt que je puisse voir l'évolution de tout ça ^^

Alors tu vois que tu pouvais la poster cette fiction hein! Il n'y a pas de quoi avoir honte ou peur, au contraire.

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Re: Mon Encre.

Message par music67love le Dim 28 Sep - 17:46

Ouah! C'est vraiment très bien écrit, j'aime beaucoup! Ca aurait été dommage de ne pas la publier ^^
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le début des ennuis a les cheveuxd en pétard (chapitre 2)

Message par Atsuna le Mar 14 Oct - 19:24

Merci pour vos gentils petits mots ^^ j'y aurai mis le temps mais voilà le chapitre 2 tout prêt tout chaud d'aujourd'hui. J'espère qu'il vous plaira aussi :p bonne lecture ! ^^

Le début des ennuis a les cheveux en pétard


Le lendemain matin, ce fut la sonnerie stridente du réveil qui me tira de mon sommeil. Avec un grognement, je posai une main sur l'objet de malheur pour l'éteindre et constatai avec consternation qu'il était 8h du matin. Trop tôt.

La porte d'entrée claqua avec force, me faisant sursauter. Encore dans les brumes du sommeil, je me redressai d'un coup dans mon lit, des scénarios des plus loufoques tourbillonnant dans mon esprit.

Un instant j'avais presque oublié la présence de Kenichi... Je me laissai retomber sur mon matelas en lâchant un soupire épuisé. Mais, le doute s'insinua en moi. Je tournai une nouvelle fois la tête vers le réveil qui annonçait huit heures et cinq minutes. Les cours commençaient à huit heures, non ? Ça voulait dire qu'il était déjà en retard, dès son premier jour...

Je passai une main lasse sur mon visage, dépassé par mes propres pensées.

Non, je ne venais pas de m'inquiéter de savoir s'il arriverait à l'heure au lycée ! Je me levai et arrivai je ne sais trop comment à la salle de bain... Où j'eus le deuxième choc de la journée : il y avait une autre brosse à dents sur le bord de mon évier. Sans compter tous les objets qui traînaient sur le bord de ma baignoire – flacons de shampoing, après-shampoing, savon et même un canard en plastique jaune... Et pour couronner le tout, le sol était trempé.

Je m'appuyai contre le chambranle de la porte en croisant les bras et fixai, atterré, l'ouragan qui passait dans ma vie. Il semblait sur le point de perturber mon univers entier...

Je pris une douche rapide et m'habillai tout aussi vite. Le mardi était la journée que j'aimais le moins, le seul jour de la semaine où je donnais cours le matin. Dix minutes plus tard, je me trouvais assis devant le volant de ma voiture, une cigarette entre les lèvres, lorsque mon téléphone sonna. Excédé, j'attrapai mon portable, saisis ma cigarette dans l'autre main et répondis.

« Sakura... » Je soufflai un petit rond de fumée grise.

« Ca s'est bien passé, hier ? »

« Moi aussi je suis content de t'entendre. »

Je mis la clef dans le contact et démarrai la voiture.

« Oh, Seiji... Allez, dis-moi ce que tu penses de Kenichi. »

J'ouvris ma fenêtre et jetai ma cigarette à moitié entamée. Ce que je pensais de Kenichi...

« Collant, » répondis-je avec une grimace.

« Je vois... Je parie que tu ne lui as pas adressé la parole de toute la soirée. Tu pourrais faire un effort malgré tout. »

« Oui, oui. Au revoir. »

Je raccrochai sans même attendre sa réponse. J'aurais pourtant dû m'attendre à ce que ce soit elle qui m'appelle, surtout à une telle heure de la journée. Il fallait toujours qu'elle s'immisce dans ma vie privée... Quand j'étais adolescent, c'était tout à fait compréhensible si l'on tenait compte de ma tendance à toujours tout oublier. Mais à présent j'avais vingt-sept ans et je pensais être suffisamment responsable.

Malgré la distance qui nous séparait, j'avais souvent l'impression qu'elle s'attendait à ce que je devienne celui qu'elle voulait que je sois. Par tous les moyens, elle tentait d'amener du changement dans ma vie et mes habitudes. Et c'était totalement insupportable. Je n'essayais même pas de la raisonner.

Finalement, je savais pertinemment que, même si nous avions vécu les mêmes choses, jamais elle ne me comprendrait. Elle avait un caractère de battante, elle avait du mordant et savait ce qu'elle voulait. Avancer dans la vie ne lui faisait pas peur. Tandis que moi, il lui arrivait encore souvent de me comparer à un enfant apeuré qui ne connait rien du monde.

Mais elle n'avait pas eu à vivre seule avec notre mère...

Comment faire pour ne pas avoir peur du monde qui nous entoure avec une femme autoritaire qui ne cesse de répéter que les Hommes sont cruels, vilains, qui ne cesse de répéter que le monde est dangereux ? Elle m'avait éduqué dans la peur d'entreprendre, dans le doute constant. A présent, j'étais incapable de faire un pas en avant à moins d'être sûr que le sol ne s'effondrerait pas.

J'avais peur et je me sentais pathétique.
*
* *

Durant les trois jours qui suivirent, nous ne nous croisâmes plus que quelques rares fois le matin, quelques fois un peu plus fréquentes le soir. Cependant, jamais je ne trouvai la force de lui adresser ne fut-ce qu'un mot. Et il me regardait toujours de cet air rempli d'espoir, comme s'il s'attendait à ce que, cette fois au moins, je lui parle.

Je n'y arrivais tout simplement pas.

Cela aurait dû me soulager parce qu'ainsi, j'avais presque l'impression de vivre encore seul. Mais en réalité, cette incapacité à entrer en contact avec lui me faisait étrangement mal. Je m'en voulais, d'une certaine manière.

Il m'arrivait de penser que, s'il avait trouvé des gens plus charmants que moi pour l'accueillir, peut-être ne ferait-il pas cette tête. Peut-être serait-il de bonne humeur.

Et puis, même mon havre de paix n'avait plus rien de reposant. Cette pièce où j'avais pendant quelques années réussi à trouver l'inspiration en toute circonstance était à présent devenue le prolongement du désert dans lequel s'était abîmé mon esprit. Je n'arrivais plus à écrire. Trois malheureux jours et voilà que je perdais tous mes moyens.

J'étais perdu, rendu aveugle par la trop grande quantité de sable qui voletait autour de moi, m'emprisonnant dans un tourbillon infini de minuscules grains. Ces grains qui plus tard nourriraient mon imagination.

C'est ainsi que le samedi, je pris ma décision. Il devait s'en aller.

Lorsque je me levai, le soleil était déjà haut dans le ciel, bien que masqué par un grand nombre de nuages sombres, prometteurs d'une averse, ou peut-être d'un orage. Je souris à cette vue qui me semblait si représentative de la situation dans laquelle je me trouvais. La pression s'était accumulée durant les trois derniers jours et enfin elle s'en irait.

C'est donc le coeur léger que je rejoignis la cuisine pour y prendre quelque chose à manger. Je m'attendais à y voir le désordre habituel, la vaisselle traînant dans l'évier, la table non nettoyée, comme d'habitude. A la place, je trouvai une pièce bien nette et proprette qui n'avait plus rien de ma cuisine. Ce fait n'avait rien de dérangeant en lui-même, pourtant il remua mon estomac.

J'ouvris mon frigo et constatai avec effarement qu'il était rempli de choses que je n'y avais jamais mises. Je pris un plat de nouilles de la veille et m'empressai de refermer la porte du frigo. Quelques minutes et une assiette réchauffée plus tard, je me dirigeais vers mon salon dans le but de traînasser dans mon fauteuil devant la télé que je ne regarderais, comme d'habitude, que d'un œil distrait en lisant le journal de mon autre œil.

Évidemment, je n'étais pas au bout de mes surprises.

Kenichi se trouvait dans mon fauteuil et regardait un de ces stupides dessins animés (que j'affectionnais moi-même secrètement) du genre de Gundam. Il se trouvait encore en pyjama de ce que je pouvais apercevoir de ses vêtements sous sa couverture légère. Dès que j'eus passé la porte, il se tourna promptement vers moi et m'adressa un sourire timide. Un instant, je fus tenté de faire demi-tour et repartir dans ma tour d'ivoire.

Cependant, les mots de ma soeur me revinrent en mémoire.

Je parie que tu ne lui as pas adressé la parole de toute la soirée. Tu pourrais faire un effort malgré tout.

Je soupirai malgré moi et me forçai à aller m'asseoir auprès de lui, faisant mine de l'ignorer royalement. Mais dans les faits, il en était tout autrement. Savoir qu'il était à côté de moi, qu'il pouvait m'adresser la parole et encore pire, me toucher me répugnait profondément... Ou du moins en avait-il toujours été ainsi avec n'importe qui alors je ne voyais pas en quoi cela changerait avec un adolescent inconnu...

« Hirano-san ? »

Je levai les yeux au ciel et m'empressai d'avaler les nouilles que je venais d'engouffrer avant de me tourner vers lui, plus par politesse que par intérêt.

« Je me demandais... » Il baissa les yeux piteusement, chipotant de ses mains nerveuses le bord du drap qui le recouvrait. « Ca a l'air de vraiment vous ennuyer que je sois là. Donc je... Suppose que je peux déjà refaire mon sac. »

Et je crois que c'est là que tout dérapa. Ou peut-être rien que le fait qu'il ait passé la porte une semaine plus tôt avait déjà chamboulé toute ma vie. Mais aujourd'hui quand j'y repense, je ne sais si je dois regretter ou non... Il s'est tourné vers moi avec cet air désemparé et là, je me suis juste trouvé incapable de lui dire qu'en effet, sa présence m'indisposait.

A place, je lui répondis « non » sans même avoir pris le temps de la réflexion.

J'aurais pu rester indemne si ensuite il ne m'avait pas sourit joyeusement, s'il ne m'avait pas soufflé un « merci » éberlué, si mon bol de pâtes n'avait pas fini au sol et surtout, oui surtout, s'il ne s'était pas jeté dans mes bras...

« Mais qu'est-ce que... ? » m'écriai-je, alarmé, tandis que le rire léger de Kenichi envahissait la pièce Je devais sûrement faire un horrible cauchemar, ce n'était pas possible autrement. Il pesait de tout son corps sur moi, secoué d'un rire euphorique incompréhensible. Il me fallut un instant pour me reprendre avant d'être capable de le repousser – ce que je tâchai de faire sans trop de violence – et de lui jeter un regard interrogateur. « L'idée de rester ici te réjouit tant que ça ? »

Son rire s'arrêta immédiatement, mais là où j'aurais dû être soulagé (le rire est quelque chose que je trouvais particulièrement agaçant), à la place je ressentais un vide, comme si l'on venait de m'ôter quelque chose de précieux... A peine plus qu'une petite boule au fond de la gorge mais assez pour m'inquiéter. Quelque chose n'allait vraiment pas chez moi.

« Ben, vous êtes quelqu'un de facile à vivre, et franchement, je préfère être ici qu'avoir mes parents sur le dos tous les jours. »

Je souris. C'était donc ça. Me laissant aller contre le dossier du fauteuil en évitant soigneusement de plonger mes pieds dans mes nouilles répandues sur le sol, je sortis une cigarette et l'allumai distraitement. Un chose était certaine, je n'avais pas encore tout à fait réalisé ce qu'impliquait le fait de le laisser vivre chez moi. Et j'étais loin de pouvoir m'imaginer comment pourrait finir cette histoire.

« Au fait, je suppose que si tu as nettoyé ma maison de fond en comble cette semaine, c'était pour m'inciter à te permettre de rester ici ? » lui demandai-je après avoir tiré sur ma cigarette.

Ses joues prirent une adorable couleur rouge tandis que ses yeux verts fuyaient mon regard en coin, et bien malgré moi, je ris. Il me fallut quelques secondes pour me reprendre : rire était abominable. Ça déformait les traits du visage, c'était un son rude et sauvage, animal. Je n'étais rien de tout cela et n'avais aucune envie de le devenir.

« Nettoie donc ça avant que je me fâche, » lançai-je donc plus sévèrement, accompagnant mes paroles d'un mouvement du menton en direction de mon repas étalé par terre.

Je crus un instant qu'il allait obtempérer immédiatement – il avait l'air prêt à tout pour que je le garde -, cependant il me jeta un regard de défi avant de rétorquer « je crois que le 's'il-te-plaît' ne serait pas de trop ».

Mon regard froid le dissuada visiblement de persister parce qu'il se levait déjà au moment où je lui lançai un 's'il-te-plaît' mâché en raison de la cigarette toujours glissée entre mes lèvres. Il s'en alla vers la cuisine d'une démarche assurée, mon regard le suivant contre ma volonté. Il portait un bas de jogging gris légèrement trop large et un t-shirt noir délavé, et bien que cette tenue ne soit pas d'une grande classe, je ne pus m'empêcher de penser que tout devait lui aller, à lui, rien qu'à voir la façon dont il portait son pyjama.

Ainsi, le soir même, lorsque ma sœur m'appela, je lui assurai que Kenichi pouvait tout à fait rester chez moi. Et non, je n'y voyais aucun inconvénient. Et bien sûr que j'allais bien. Et ses parents pouvaient être rassurés, je veillerais à ce qu'il ne rentre pas trop tard et qu'il étudie sérieusement...

Attendez, j'avais vraiment promis ça ?


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chapitre 2 partie 2

Message par Atsuna le Mar 14 Oct - 19:24

Oui, tout à fait, je ne savais pas ce qui m'avait pris d'accepter comme ça. La réponse la plus évidente serait sûrement de dire que la solitude me pesait, que quelque part, la présence de Kenichi avait quelque chose de rassurant pour moi.

Pas du tout. Je n'avais jamais été aussi angoissé depuis que je vivais dans cette maison. Parce que, bien entendu, il avait pris des libertés telles que de regarder la télé jusque tard le soir, filant se coucher juste avant que je fasse ma pause-abrutition de deux heures du matin. Il lui arrivait aussi souvent de partir trop tard pour le lycée, de ne pas rendre ses devoir à temps, et j'en passe. Bien entendu, l'intégralité du corps enseignant était au courant qu'il vivait chez moi et je dus me résoudre à faire quelque chose pour arranger le problème avant de recevoir des menaces de mort ou autres stupidités.

Je n'avais jamais fait la morale à qui que ce soit jusqu'à ce jour, pourtant je me retrouvai dans la cuisine en face de lui, deux semaines après son arrivée, à essayer de lui expliquer qu'il fallait qu'il soit un peu sérieux s'il ne voulait pas être renvoyé chez ses parents. J'avais tant voulu qu'il parte et là, je lui donnais des conseils pour qu'il puisse rester... Non, je crois que j'appréciais tout de même sa présence bien qu'elle provoquât chez moi toutes sortes de malaises que je ne pouvais m'expliquer.

Un samedi matin comme un autre, où j'aurais pu faire la grasse matinée tranquillement...

« Ecoute, Kenichi, si tu ne travailles pas plus sérieusement, tu ne seras pas le seul à avoir des problèmes. Les autres professeurs me regardent déjà de travers, alors si en plus tu n'obtiens pas de bons résultats,... » Je laissai ma phrase en suspens pour prendre une gorgée de café, un des rares petits bonheurs de ma monotone de vie.

Il soupira en croisant les bras et jeta un regard distrait par la fenêtre, comme s'il cherchait ses mots. J'avais aussi remarqué qu'il était plus pâle et que des cernes étaient apparues sous ses yeux. Bien que je n'ose me l'avouer, cela m'inquiétait, et pas uniquement parce que l'on risquait vraiment de me poser des questions ridiculement gênantes. Je me souvenais encore de Yamada-san, une collègue, qui était venue me voir la veille pour me parler des rumeurs qui circulaient (oui, déjà) à mon sujet. Et ce n'était que le début... 'Ai-je vraiment une tête de pédophile psychopathe ?' avais-je demandé amèrement. Yamada-san n'avait définitivement pas trouvé ça drôle...

« Tu es content de ne plus être avec tes parents et c'est normal que tu aies envie de profiter de la liberté que t'offre la vie chez moi... Mais tu sais, les gens peuvent être de mauvaises langues et ce serait malheureux que tu gâches nos avenirs à tous les deux avec ces idioties. Il te suffit juste de rentrer tôt, travailler, manger correctement, et dormir. Je ne te demande pas la lune... »

Il ne répondait toujours pas.

Etais-je passé à côté d'un détail ?

Je vidai ma tasse dans un silence religieux, Kenichi étant toujours perdu dans la contemplation du ciel gris de l'hiver. Et c'est seulement lorsque je posai ma tasse dans l'évier qu'il sembla sortir de sa léthargie.

« Hirano-san... Est-ce que je peux vous poser une question d'ordre personnel ? » me demanda-t-il d'une voix rêveuse. Il tourna son regard vers moi. C'était un regard d'une telle intensité que je dus m'asseoir immédiatement au risque de tomber à la renverse. Ses sourcils était froncés par dessus ses yeux vers d'occidental qui reflétaient un trouble que je ne comprenais pas.

Je dus penser à respirer à nouveau pour pouvoir lui répondre simplement d'un hochement de la tête.

« Avez-vous déjà été.. amoureux ? » demanda-t-il avec hésitation.

« Amoureux ? » Je clignai des yeux, incrédule. Mon coeur venait de faire un bon inexpliqué et, bien malgré moi, je me souvins d'une vieille histoire que je croyais profondément enfouie tout au fond de ma mémoire. Je dus fermer les yeux sous l'intensité du choc.

« Désolé. Je n'aurais pas dû poser cette question, c'était tout à fait déplacé. Excusez-moi, » murmura-t-il.

« Oui, » me contentai-je de souffler. Il y a des choses qu'il vaut parfois mieux oublier. Et cette personne en faisait partie. Même encore aujourd'hui j'ai bien du mal à évoquer ne serait-ce que son prénom tant les derniers instants de cette relation n'ont été qu'une suite d'échecs et de reproches. Ça faisait mal d'y repenser, pourtant je n'en voulais pas vraiment à Kenichi ; après tout, il n'était pas censé savoir.

« Pourquoi cette question ? » finis-je par demander avant qu'il ne passe la porte.

Il se retourna vers moi et haussa les épaules. « J'aurais juste voulu savoir, avoir quelques conseils... Mais je comprends que vous ne vouliez pas en parler. »

Puis il disparut dans sa chambre. Je ne devais plus le voir de la journée. Il me laissait là avec son interrogation, des souvenirs bien trop douloureux et le sentiment dérangeant de ne pas comprendre quelque chose qui était tout juste hors de ma portée.

Un coup de sonnette me sortit brusquement de ma douloureuse rêverie. Je me dégageai comme je le pouvais de ma torpeur et allai ouvrir au facteur. Il me tendit, sans même m'avoir dit bonjour, un paquet et un accusé de réception à signer, puis s'en alla aussi vite qu'il était arrivé, me laissant dans le même état d'hébétude.

Je repartis vers mon salon, tournant et retournant le paquet entre mes mains. Elles tremblaient depuis que j'avais reconnu une certaine écriture que j'avais pensé ne plus jamais revoir. La première chose que je fus une fois assis fut de m'allumer une cigarette. Il devait y avoir une bonne raison pour qu'Il m'envoie du courrier alors qu'il ne me donnait plus de nouvelles depuis deux ans.

Le papier était épais et semblait contenir un livre ou un cahier avec une couverture en carton épais. Je fronçai les sourcils alors que j'ôtais le papier avec nervosité.

C'était un album photo noir. Mais pas n'importe lequel. Il glissa d'entre mes mains pour tomber lourdement au sol dans un bruit mat, et je ne remarquai pas la lettre qui glissait d'entre ses pages. La tête entre les mains, j'essayais de garder mon calme.

Pourquoi diable avait-il fallu que Masaru resurgisse dans ma vie le jour même où Kenichi me posait cette maudite question ?

Je tirai avec acharnement sur ma cigarette, comme si elle était capable de me donner la moindre réponse, mais mon coeur battait toujours aussi vite, mes mains étaient toujours tremblantes et moites, et ma respiration erratique. J'écrasai ma cigarette et fermai les yeux un instant pour me forcer à respirer plus calmement.

Masaru avait insisté pour garder l'album, alors le fait qu'il me le rende maintenant devait vouloir dire que, lui, il avait tourné la page. Ma gorge se serra à cette pensée. Il était probablement parvenu à passer à autre chose. Cette idée aurait dû me réjouir et pourtant au contraire, cela ne faisait que me montrer à quel point il était plus courageux que moi.

D'une main hésitante, je me décidai à saisir l'album, ainsi que la lettre que je venait de remarquer. Je passai, nostalgique, un pousse sur la couverture sombre, les yeux rivés sur le rectangle de papier sur lequel était écrit mon nom.

Courage.

J'ouvris l'enveloppe et en sortis un papier légèrement froissé. Le connaissant, il avait dû longuement hésiter avant de me l'envoyer. Peut-être même avait-il failli la jeter à la poubelle... Il me fallut la lire deux fois avant d'être sûr d'avoir compris. Il m'invitait cordialement à sa pendaison de crémaillère et en profitait pour s'excuser platement de ne plus avoir donné de nouvelles ces deux dernières années. Bien sût, il prenait aussi poliment de mes nouvelles...

Des banalités, en bref.

Et étrangement, je ne ressentis strictement rien. Pas même un pincement au coeur. Je ne savais pas trop à quoi je m'étais attendu, cependant cette lettre n'y correspondait pas. Je déposai la lettre à côté de moi et fixai un instant l'album. Je n'avais aucune envie de l'ouvrir, par contre j'eus une autre idée : une jour, je brûlerais ces souvenirs une bonne fois pour toute puisqu'il semblait que même Masaru n'en avait pas eu le courage.
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Re: Mon Encre.

Message par music67love le Mer 15 Oct - 14:26

Hé ben... Hino a envie que Kenichi reste finalement ^^ Tant mieux, tant mieux.
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