*~Tetsuyaoi~*

Breathless

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Breathless

Message par Atsuna le Jeu 9 Oct - 20:26

Hello ! me revoilà avec une nouvelle fic (yaoi quand tu nous tiens *o*). Un peu (très) bizarre, je crois XD J'ai de nouveau (comme à chaque fois en ce moment) un avis assez mitigé et je m'en remets à votre sage jugement pour me dire si c'est bien ou non ^^

Encore un détail : les vers cités à chaque fois sous le titre sont tirés d'un sonnet de Shakespeare. Si vous voulez une traduction (qui sera malgré tout approximative parce que c'est loin de l'anglais moderne) faites-le-moi savoir. Smile


Chapitre 1 : my sweet autumn



That time of year you may in me behold
When yellow leaves, or none, or few do hang


Il faisait noir partout, depuis des jours, des semaines. Il faisait noir dans cette chambre qui puait la transpiration, les plaisirs de la chair et la cigarette. Et cela faisait des jours que, toujours aux mêmes heures, un rayon de lumière venait faire son chemin à travers ces immondices d'humain pour se poser timidement sur le grand lit aux draps défaits desquels sortait une pâle silhouette frêle, comme sortie d'un monde de songes oniriques et tendrement cauchemardesques.

Le corps frêle de cette chose semblait serrer contre son cœur les draps de son honneur que chaque jour on lui arrachait. Il s'en recouvrait ensuite dans un geste de pudeur, un peu comme un César condamné à mort se recouvrant des lambeaux de sa fierté avant d'être jeté aux lions. La vie semblait avoir quitté son corps androgyne, à peine soulevé par sa respiration faible mais régulière. Parfois aussi, ce corps était agité de sanglots timides qui résonnaient contre les murs nus de la grande pièce tout juste occupée par le lit double et une table.

La porte s'ouvrait toujours avec un grincement sinistre. Lorsque c'était la lumière naturelle et blafarde du jour qui entrait, la pauvre créature n'était visitée que pour recevoir son plateau repas quotidien. Plus tard, dans la journée, lorsque la lumière jaune et grésillante du néon pénétrait dans la tanière de l'animal, c'était un « client » qui lui rendait visite.

Combien de temps avait-il passé dans cet endroit nauséabond, son corps déjà presque à l'état de putréfaction, il n'en savait rien. Tout ce dont il se souvenait encore clairement était d'avoir été totalement consentant, d'avoir accepté de participer à cette atrocité. Depuis, les jours s'étaient écoulés les uns après les autres. Au départ, il avait fait l'effort de prendre une douche et de continuer à se soigner, même dans les ténèbres les plus complètes. Mais peu à peu la dépression l'avait gagné et il s'était oublié dans un sommeil presque constant comme l'on s'abîme dans la contemplation de ses malheurs. Il avait gardé les yeux grands ouverts sur la plaie qui s'ouvrait à chaque fois un peu plus dans sa poitrine, révélant son cœur palpitant aux yeux indiscrets, avides, des « clients ».

Peut-être trois semaines, un mois. Peut-être plus.

Il avait cru qu'avec la promesse de liberté, le courage ne lui manquerait pas. Tenir le coup lui avait semblé si simple.

Sa dernière solution pour survivre avait consisté en la vente de son corps. Il avait pensé que ce ne serait pas très différent de ce qu'il avait déjà expérimenté en la matière. Seulement, il n'avait pas imaginé qu'il aurait à subir cela. Tous les jours. Avec des femmes ET des hommes. Sans rien faire d'autre de sa journée. Sans même sentir les rayons du soleil sur sa peau déjà diaphane, à présent presque translucide.

Il ne restait plus que lui, son corps refroidi par tous ces êtres qui lui avaient volé sa chaleur, et sa plaie palpitante par laquelle entrait en lui le poison de la vie, mélange de désespoir distillé dans la désillusion saupoudrée de dégoût.

La porte s'ouvrit dans son grincement habituel, faisant frissonner la petite chose sous son drap qui, à une époque, avait été blanc. Il n'eut même pas besoin de jeter un œil par dessus la couverture pour savoir que la nuit était tombée, la lumière jaunâtre et tremblotante s'infiltrait partout, illuminant trop vivement les ténèbres. Tendant l'oreille, il attendait de percevoir les doubles bruits de pas sur le tapis élimé de la chambre. Il sentit son cœur s'accélérer dans sa poitrine alors qu'une seule personne semblait avoir fait son entrée dans la pièce, avançant d'un pas léger, presque inaudible.

Puis, il y eu sa voix.

Cette voix unique qui lui avait si longuement tenu compagnie durant ses nuits sans sommeil, dans sa vie d'avant, dans son monde d'Avant.

« Artus ? » l'appela la voix, doucement comme l'on apprivoise un animal blessé.

Il ne bougea pas d'un poil retenant sa respiration alors que l'autre approchait toujours à pas lents et calmes. Artus ne voulait pas qu'il le voie, ah ça non ! C'était bien trop humiliant... Il ferma les yeux un peu plus fort et se recroquevilla sous ses draps, priant désespérément de pouvoir y disparaître tant il se sentait désemparé, minable, sali, honteux.

Cependant, bientôt les pas furent tout proches, tout comme la voix qui continuait de l'appeler timidement.

« Artus, réponds-moi, » suppliait la voix.

Une main vint se poser sur son front brûlant, qui le fit frémir de peur, d'appréhension. Cet homme qui avait toujours été son rocher, son point de repère inébranlable était devenu un danger, comme tous les autres, parce qu'il le trouvait charmant, comme tous les autres, et parce qu'il lui avait fait ces choses, qu'il voudrait certainement recommencer, comme tous les autres. Jusque là, il n'avait jamais trouvé que faire l'amour avec un homme était quelque chose de mal.

A présent, tout était différent.

A présent, il avait peur.

L'homme soupira profondément, la main toujours sur le visage d'Artus qui, timidement, avait commencé à battre des paupières.

« Va-t-en, Symmaque » parvint-il à murmurer de sa voix rauque, méconnaissable.

Mais l'homme ne fit pas mine de s'en aller. Au contraire, il vint s'asseoir sur le bord du lit, dans un froissement de tissus, et resta là un instant sans rien dire. Les mots semblaient lui manquer. Il contemplait silencieusement ce visage ravagé, qui laissait transpirer toute la souffrance de cette âme si fragile qu'il n'était pas parvenu à protéger de l'horreur de l'humanité.

Les yeux d'Artus enfin grands ouverts, il se tourna vers Symmaque, sans trop savoir ce qu'il verrait dans son regard. Pitié ? Honte ? Réprobation ? Tendresse ? Amour ? Son cœur battait à tout rompre, comme s'il tentait de s'échapper par la plaie béante purulente sur son torse alors que les yeux d'Artus glissaient timidement sur le corps de Symmaque, remontant peu à peu vers son visage.

Il lui semblait que cela faisait des semaines, des mois entiers qu'il n'avait pu admirer les traits de son amant ; ses magnifiques yeux en amande d'une douce couleur vert d'eau apaisante, ses longs cheveux comme une rivière d'argent cascadant sur ses épaules graciles, son nez finement arqué, ses pommettes hautes et toujours légèrement rosies comme si le vent soufflait continuellement dessus, sa bouche, le temple de ses délices.

Artus se sentait troublé au delà du concevable par de telles pensées. C'était comme s'il redécouvrait ce visage qu'il avait tant aimé, ce visage si parfait qui ne faisait que lui rappeler les joues bouffies, les yeux porcins et l'odeur plus que musquée de certains, les os saillants et les formes trop pointues d'autres. Il referma brusquement les yeux. Ô grand Dieu, comme il désirait oublier tout cela !

« Artus, on rentre à la maison. C'est terminé, » lui souffla doucement Symmaque sur un ton qu'il voulait réconfortant. Ensuite, il prit le pauvre corps devenu rachitique d'Artus dans ses bras et le souleva du lit, sans aucune difficulté, emportant les draps sales avec lui. La malheureuse forme dans ses bras se recroquevilla, secouée de légers sanglots, et s'accrocha au cou de Symmaque dans un geste désespéré, comme s'il risquait de le laisser tomber, de l'abandonner en chemin.

Artus garda les yeux fermement clos comme si sa vie en dépendait, jusqu'à ce qu'ils aient quitté l'énorme bâtiment dans lequel il avait été « séquestré ». Une fois à l'extérieur, le sommeil l'engloutit comme s'il n'avait plus dormi depuis des jours, bien que ce ne fusse le cas. Blotti dans les bras de Symmaque, il se sentait enfin à l'abri.


*
* *


Une sorte de masse cotonneuse entourait sa tête, diminuant ses capacités auditives. Le silence qui semblait régner un instant plus tôt était à présent troublé par ce qui semblait un murmure. Artus se sentait comme plongé dans une masse lumineuse qui, malgré son intensité, faisait du bien à son coeur transpercé et apaisait ses yeux brûlants. Une odeur de lilas envahissait ses narines, odeur qu'il respirait avec délectation.


Une douce chaleur avait pris possession de son corps, maintenue autour de lui par une substance douce et liquide en même temps, qui frôlait sa peau meurtrie avec douceur. Le murmure reprit et il se retourna promptement pour le chasser, cependant un tel geste ne semblait à même de le faire fuir.


Il s'étira, non sans réprimer un bâillement et, résigné, laissa ses paupières papilloter. Combien de temps avait-il dormi, où était-il ? Tout cela restait encore vague dans son esprit embrumé. Cela dit, la douleur se rappela à son bon souvenir, ramenant par là même toute une série d'images qui le firent frissonner de dégoût.


« La chaton est réveillé, » fit une voix douce juste à côté de lui, le faisant sursauter. Il se retourna pour se retrouver littéralement nez à nez avec Symmaque qui l'observait d'un air attendri. « J'ai cru que tu avais l'intention de dormir cent ans. »


Artus ouvrit la bouche. Aucun son n'en sortit. Tout se mélangeait dans sa tête et il ne savait plus exactement comment il était censé se comporter avec Symmaque. Dans le regard vert d'eau, il ne voyait à présent qu'une infinie tendresse, si forte, si profonde qu'il crut que son cœur allait y sombrer à jamais. Étrangement, cela lui faisait mal.


« Désolé, » coassa-t-il en baissant la tête piteusement. L'imbroglio de ses idées commençait peu à peu à s'éclaircir.


« Pourquoi donc ? » demanda Symmaque en s'installant plus confortablement sur le grand lit dans lequel il était allongé, à côté de lui. Les draps en soie couverts de symboles étranges et d'une profonde couleur carmin glissèrent des épaules dénudées d'Artus qui s'empressa d'y replonger immédiatement. Son corps était devenu horrible et il le savait. Il ne fallait pas que Symmaque le voie, pas dans cet état-là.


« Je ne sais pas, » répondit-il, les sourcils froncés. « Je n'aurais pas dû, je ne savais pas ce que... » Il fit une pose et releva les yeux vers Symmaque qui le fixait avec grand intérêt. « C'était la dernière, la meilleure solution que j'ai trouvée. » Il sentit les larmes envahir ses yeux comme les vagues de toute sa douleur refoulée. Il ne voulait pas pleurer devant Symmaque. Pas pour quelque chose qu'il avait décidé de lui-même.


Symmaque soupira discrètement, désemparé devant la réaction du jeune homme, bien qu'il s'y soit attendu et préparé. L'évidence lui apparut que c'était à lui de parler pour rassurer Artus.


« Je suis désolé d'avoir mis tant de temps à te retrouver, » commença-t-il. « Je veux dire... J'avais lu ta lettre annonçant ton départ, et précisant que je n'avais pas à m'inquiéter. Pourtant j'ai eu ce sentiment que tu ne savais pas ce que tu faisais. Je crois ne m'être pas trompé. »


Artus secoua négativement de la tête, le visage obstinément baissé.


« J'ai passé des heures, des journées entières à retourner tout le quartier en demandant à tous les passants ci personne ne t'avait vu. J'ai désespéré de te retrouver plus d'une fois, tu sais. Finalement, même Artémis s'est sentie obligée de me donner un coup de main. Et c'est elle qui a retrouvé ta trace...Mais je ne comprends pas, Artus. Pourquoi là ? Pourquoi avoir fait ça ? » Sa voix se brisa alors qu'il terminait sa phrase. L'angoisse des derniers jours avait été si insoutenable qu'il avait cru ne jamais pouvoir y survivre. « Je croyais que tu avais confiance en moi... »


Une phrase. Un murmure. Comme le battement des ailes d'un papillon. Le doute qui s'était peut-être lentement distillé dans son sang.


Artus se sentit flancher. Confiance ? Bien sûr qu'il avait confiance en Symmaque, comment pouvait-il en douter. « Tu ne savais pas que...? » murmura-t-il, incertain. Il releva les yeux et croisa le regard interrogateur de Symmaque. « Je n'ai pas envie d'en parler, » finit-il par murmurer, lui tournant ostensiblement le dos.


Nier était probablement plus simple. Oublier, tourner la page, s'enfoncer dans le déni et recommencer à zéro. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu'il passerait par là...


Le silence prit possession de la grande pièce qui lui avait été auparavant si familière, seulement brisé par le son de leurs deux respirations. C'était un de ces silences lourds, tendus et désagréables qui faisait frissonner d'impatience, grincer des dents tant la tension était forte.


Cependant Artus ne bougea pas, n'ouvrit pas la bouche pour parler. A présent, il sentait que si cet orifice s'ouvrait, seul le venin qui courait dans ses veines en sortirait. Il noierait Symmaque sous des reproches injustes. Pourquoi n'avait-il pas mieux cherché ? Pourquoi n'avait-il pas été là ? Pourquoi était-il arrivé trop tard ?


Artus savait qu'il n'avait pas le droit de lui reprocher tout cela.


Symmaque sembla abandonner la partie. Il se leva, non sans un soupir de déception non dissimulée. « Tu peux prendre une douche si tu en as envie. Et il reste encore un peu de pâtes préparées par Artémis. Elle voudrait te voir aussi, si tu en as envie. »


Il s'éloigna, ses pas résonnant avec régularité sur le parquet ciré de la chambre. Arrivé devant la porte, il hésita un instant. Quelques mots lui brûlaient les lèvres mais il avait peur qu'Artus ne soit pas prêt à les entendre.


Un instant d'hésitation durant lequel son coeur battit deux fois.


« Tu nous as manqué, Artus, » finit-il par chuchoter, sans même s'inquiéter de savoir si le jeune homme l'avait entendu.


Il y avait énormément de non dits, beaucoup de choses à mettre au clair et à expliquer. Mais Symmaque avait aussi appris au fil des mois, des années, qu'il fallait laisser Artus parler quand il le désirait.


Il referma la porte de la chambre et partit en direction de la cuisine où l'attendaient tous les autres membres de la « famille ». Il avait enfin retrouvé son amant, sa perle rare, cependant ne restaient dans son cœur que les vestiges d'une joie passagère balayée par une amertume, une peur de ne jamais pouvoir le retrouver tel qu'il était. Son regard se perdit un instant dans la grisaille au dehors alors qu'il passait devant la grande baie vitrée du couloir. Dehors, le froid était en train de bâtir son empire, arrachant avec l'aide du vent, les feuilles jaunies ou rougeoyantes des arbres, frêles silhouettes figées au milieu d'un monde trop agité.


Les sourcils de Symmaque se froncèrent au dessus des deux lacs de ses yeux. Il ne versa pas une larme, cela dit son cœur se serra douloureusement alors qu'une évidence se présentait à lui.


Artus était l'automne.


Et le vent ne faisait que commencer à souffler...
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Chapitre 2

Message par Atsuna le Lun 20 Oct - 17:26

chapitre 2 : first snow



Upon those boughs which shake against the cold,Bare ruin'd choirs, where late the sweet birds sang.



- POV Symmaque -


De la cuisine émane une douce odeur de café. Ça me rappelle la bonne vieille époque où, après une longue nuit harassante de travail, Artus me préparait son café dont lui seul à le secret. L'odeur envoûtante et amère envahissait tout l'appartement et toute velléité de sommeil me quittait pour un temps.


Sauf que cette fois-ci, ce n'est pas le café d'Artus.


J'entends déjà Artémis me dire qu'il faut que je me reprenne, qu'Artus s'en remettra, etc. Mais à l'instant, ça me semble juste impossible. Depuis qu'on la retrouvé, toute la fatigue que j'avais accumulée m'a submergé, pourtant je suis toujours debout. J'ai juste envie de m'allonger, fermer les yeux et pouvoir me laisser aller à penser que tout va bien à présent, que tout est rentré dans l'ordre.


Je pousse la porte de la cuisine sans grand entrain, et baisse la tête piteusement. Ils ont tous leur regard rivé sur moi, sauf peut-être Mérope qui doit s'en foutre royalement comme à son habitude.


D'ailleurs, ça sent la cigarette, mais je ne me sens vraiment pas d'humeur à lui faire le moindre commentaire. Il a toujours été, de nous tous, le plus effronté, vindicatif, le plus rebelle.


Artémis me force à m'asseoir. Elle a ce sourire contrit signifiant « je compatis à ta douleur » qu'elle avait cessé d'employer avec moi, parce que je lui avais reproché plus d'une fois, de me traiter comme un gamin. Elle me répondait avec un sourire franc, à l'époque, qu'à ses yeux, je resterais toujours un gamin. Je ne réalise même pas qu'elle m'a servi une tasse de café avant de la voir apparaître juste sous mon nez. Personne n'a encore rien dit et l'ambiance est à couper au couteau. Ils attendent que je parle mais je n'en ai pas envie.


« Alors ? » demande Artémis de sa voix douce. « Comment il va ? »


« Mal. » Je grimace à cause de la gorgée de café que je viens d'avaler, bien trop chaude. Pourtant je m'obstine, ça m'empêche de devoir prendre la parole et j'ai le sentiment que ça me réveille un peu aussi.


« J'ai toujours dit que traîner cet hybride derrière toi ne t'apporterait que des ennuis, grand frère, » lâche Mérope de son ton moqueur. Il s'allume une nouvelle cigarette dans un geste inutilement provocateur. Il a toujours été comme ça, à faire des choses que je voyais d'un mauvais œil, juste sous mon nez.


Je serre le poing. « Artus n'est pas un hybride... » Je reconnais à peine ma propre voix, rauque, éraillée.


« Éteins cette cigarette, Mérope. C'est vraiment pas le moment de la ramener avec tes sarcasmes, » siffle Andromaque sur son ton menaçant et glacial, habituel. Je voudrais la remercier, elle qui n'a pas l'habitude d'intervenir dans nos querelles, pourtant même ça me paraît trop dur.


Et Mérope rit à m'en coller des frissons... Je le vois du coin de l'œil, appuyé nonchalamment contre le plan de travail, tirer sur sa cigarette comme si le monde pouvait crever à ses pieds. Ma mâchoire se serre bien malgré moi.


« Cela dit, il faut appeler un chat un chat. Et son animal de compagnie est un hybride. Je n'y suis pour rien si personne d'autre n'est capable d'énoncer la vérité... »


« Je t'interdis de parler de lui comme ça, » je souffle en me levant. Qu'est-ce donc que je sens bouillonner dans mes veines ? De l'impatience ? Non, de la colère. Une colère si forte d'ailleurs que je sens mes mains en trembler. Je plante mon regard dans ses yeux d'un bleu polaire contrastant avec ses cheveux noirs. Il sourit. Dieu, s'il existe, sait à quel point je voudrais lui faire ravaler sa fierté, le prendre par le col de sa chemise noire, le balancer contre le mur et le frapper. Mes oreilles en bourdonnent. Pourtant il ne bouge pas d'un poil, me fixant de son air arrogant.


Personne n'ose intervenir. Leurs regards passent de l'un à l'autre, ils ne savent pas à quoi s'en tenir. Jusqu'à aujourd'hui, j'avais toujours fait mine de ne pas entendre ses provocations mais là, il va trop loin. Il le sait. Je sais qu'il le sait.


« Un hybride vénal et stupide, je maintiens, » continue-t-il, ignorant les regards flamboyants d'Andromaque et d'Artémis. Oreste qui était resté en retrait jusqu'à présent fait un pas en avant, pourtant sa carrure imposante et son air menaçant ne font pas flancher cet idiot de Mérope qui continue sur sa lancée. Et mon sang qui continue de bouillir...


« Il faut avouer qu'il a fait fort en jouant la catin pour eux. Il leur devait certainement quelque chose de gros, tu ne crois pas, Symmaque ? »


« La ferme ! » je hurle. Je ne me suis jamais senti autant dépassé par ma colère. J'ai toujours pensé qu'elle pourrait rester à l'intérieur. Mais Mérope vient de réveiller le monstre et je ne sais pas dans quelle mesure je parviendrai à le retenir... Je vais lui faire bouffer ses paroles stupides.


Deux pas et je suis en face de lui, je l'attrape par son chemisier et le soulève jusqu'à avoir ses yeux à hauteur des miens. Ma respiration est saccadée à tel point que j'ai l'impression que mes poumons vont exploser. Comment peut-il l'insulter comme ça ?


« Ne dis pas un mot de plus. Tu ne sais rien de lui, tu ne le connais pas. Alors à ta place, je me regardais dans un miroir avant de l'insulter comme ça. »


Il ne dit rien, se contente de sourire.


Bon sang je le hais, je le hais, je le hais ! Mon poing serré est déjà prêt à le frapper, à déformer ses traits de putain de gamin insolent.


« Symmaque, le modèle même du calme et de la maîtrise de soi, qui perd son sang froid. C'est à marquer dans les annales, » dit-il avec assurance. Et dans son regard, pas une once de peur.


C'est lorsque je sans les bras musculeux d'Oreste entourer ma taille que je comprends. Il savait qu'Oreste m'empêcherait de le frapper, c'est pourquoi il n'a pas hésité à me cracher son venin à la figure.


« Ne t'emporte pas pour lui, Symmaque. Tu sais qu'il ne pense pas ce qu'il dit. » Oreste essaie de me calmer, pourtant, je vois bien dans les yeux moqueurs de Mérope qu'il pensait chaque mot qu'il a prononcé. Et je sais que c'est parce qu'il a raison que j'ai eu si mal. Je me ramollis dans la poigne rassurante d'Oreste et ferme les yeux pour combattre l'envie de pleurer qui m'envahit. Comme je voudrais qu'il ait tort !


Je sens Artémis se rapprocher. Elle pose une main maternelle sur ma joue comme elle faisait toujours lorsque la mélancolie m'envahissait. Les yeux fermés, j'entends Mérope s'en aller, sans un mot de plus et d'un coup, je me sens plus calme. Mon sang a fini de bouillonner, il n'y a plus rien contre quoi me défouler. Juste le vide, et la certitude que ce que je croyais vrai, certain, rassurant, est sur le point de s'effondrer.


J'ai besoin de savoir. Il faut qu'Artus me dise tout...


- POV Artus -


La porte se referme doucement, presque sans un bruit, et moi je reste là, roulé en boule sous les draps de soie rouge. Un sanglot se bloque dans ma gorge alors que je me souviens. De tout dans les moindres détails. Je voudrais tout oublier mais chaque image reste douloureusement imprimée sur ma rétine, toute horrible qu'elle soit. Aurais-je pu me préparer à... à ça ?


Le pire c'est que dans tout cela, je n'ai pas un instant pensé à Symmaque. Pas un seul instant... Jusqu'à ce que je me retrouve dans cette horrible pièce. A partir de là, je n'ai cessé d'espérer qu'il viendrait me chercher, qu'il allait me retrouver, qu'il me pardonnerait. Je n'avais même pas pensé qu'il serait blessé par ma conduite.


Et pour me justifier, je ne cessais de me répéter que je n'avais pas le choix, contrairement à ce que me répétait sans cesse Artémis.


Ils ont tous, surtout Symmaque, été si gentils, si accueillants avec moi, et moi je ne leur ai jamais fait montre de reconnaissance. J'ai pris encore et encore sans compter ni donner en retour. J'en voulais toujours plus.


Symmaque, il ne me le pardonnera jamais. J'en suis sûr.


Cette certitude est probablement ce qui m'achèvera au vu de la douleur qu'elle m'inflige. J'ai abusé de sa confiance et lui, il pense que je ne lui ai pas accordé la mienne.


C'est vrai. J'avais peur. De ce qu'il dirait, de ce qu'il ferait. J'avais peur qu'il m'empêche d'agir comme j'avais cru bon de le faire. Peut-être que je ne lui ai rien dit parce que je savais à quel point mon projet était inadmissible, stupidement dangereux. Je ne savais pas à qui j'avais affaire... Je n'ai réalisé que trop tard que je m'étais engagé sur la mauvaise voie. Il n'y avait plus de retour en arrière pour moi.


Des éclats de voix me sortent de mes sombres pensées. Est-ce de ma faute s'ils se disputent à présent ? Faites que ce ne soit pas de ma faute... La peur me prend aux tripes à nouveau. Et s'ils décidaient de me jeter à la rue, de m'oublier, de m'abandonner ?


Je vois des vêtements posés au pied du lit et je prends, pour la première fois depuis longtemps, une décision. Il faut que je sache de quoi il retourne, bien que l'idée de sortir de cette chambre, de leur faire face ne me réjouisse pas.


Encore la voix de Symmaque qui fait trembler les murs. Je ne l'ai jamais vu s'énerver, pourtant je suis certain qu'à l'instant, c'est lui qui déchaîne sa colère. Sûrement sur les autres, à défaut de pouvoir crier sur moi.


Tremblant, j'enfile les vêtements déposés à mon attention : un vieux jeans que je n'avais pas porté depuis des années et un t-shirt noir. Ça fera l'affaire pour aujourd'hui. Je mets malgré tout le pull noir qui accompagnait le reste, pour couvrir mes bras décharnés et charcutés. Charcutés, c'est le mot.


Une angoisse encore plus grande me prend aux tripes tandis que le calme se fait dans l'appartement, froide et insidieuse angoisse. La tempête serait-elle déjà finie ? Étrangement, de savoir cela ne me soulage pas. Je sors dans le couloir et avance à pas timides en direction du salon. Le ciel est gris dehors, et les arbres sont déjà dénudés. Lorsque je suis parti d'ici, le soleil brillait avec force et les arbres, vigoureux, dansaient sous les assauts du vent. Il ne reste rien de l'été que quelques pauvres lambeaux. Tout comme dans mon cœur. Les vestiges d'une joie passée. Les os d'un cadavre dépouillé par quelque corbeau affamé.


Mais ici, dans ce qui fut mon havre de paix, rien n'a changé. Tout est identique à mes souvenirs, comme le portrait d'un quelconque peintre talentueux qui aurait représenté la réalité à la perfection, omettant d'y glisser le moindre sentiment. La réalité crue telle qu'elle apparaît aux yeux de n'importe qui. Un tableau vide, sans vie, et qui aurait pris la poussière à force de ne pas être assez regardé.


Alors que je m'apprête à entrer dans la cuisine, Mérope en sort, un sourire mesquin plaqué sur le visage. Lorsque ses yeux se posent sur moi, son air s'adoucit et il m'adresse un vague « salut » avant de disparaître par la porte d'entrée sans attendre son reste. Il avait une cigarette entre les lèvres, me dis-je au moment où la porte se referme sur lui.


Je reste un instant figé sur le pas cette porte derrière laquelle ils se trouvent tous. Mon cœur bat à tout rompre alors que je pose une main timide sur la poignée. Une seule question tourne et retourne encore dans ma tête : et s'ils me rejetaient, que deviendrais-je ?


Timidement, j'entrouvre la porte.


« .. c'est un hybride. »


Mon cœur s'arrête. J'ai peur d'avoir entendu ce que je viens d'entendre. Je voudrais croire que j'ai perçu la mauvaise partie de la phrase, prononcée par Symmaque lui-même, mais c'est le désespoir qui me gagne. C'est terminé. Il fallait que ce jour arrive où il ne me considérerait comme rien de plus qu'un demi-Atlante. Je ne suis qu'à moitié comme eux.


Ma main retombe mollement le long de mon corps.


C'est terminé. Il ne veut plus de moi... J'ai l'impression que mon cœur est en train de chuter dans une abysse sans fond, tellement lentement. Mes oreilles sont pleines d'un bourdonnement continu. C'est terminé. Il va me mettre à la porte de chez lui et jamais plus je ne le reverrai. C'est ma punition pour avoir été égoïste.


Mes genoux rencontrent le sol, mes joues sont baignées de larmes enfin libérées. J'ai la main sur la poitrine comme pour retenir mon cœur de s'échapper par la plaie qui n'a même pas commencé à se refermer. J'ai mal, je le sens, pourtant j'ai l'impression que ce n'est pas moi. Ce n'est pas moi qui pleure. Ce n'est pas moi qui ai mal, non. Ce n'est pas moi.


« Artus, » m'appelle une voix vaguement familière.


Non, laissez-moi là, je ne veux pas souffrir. Laissez-moi à genoux et oubliez-moi ! Si vous m'oubliez, j'y arriverai peut-être moi aussi. Tout mais ne plus ressentir ce vide en moi grandir et encore grandir pour tout absorber, comme un énorme trou noir aux lèvres avides qui sucent la vie de chaque parcelle de mon corps.


« Artus, qu'est-ce qui se passe ? Tu as mal quelque part ? »


Symmaque.


Va-t-en. Tu me hais alors va-t-en, je t'en supplie. Laisse-moi dépérir. Après tout j'étais déjà un corps en putréfaction alors laisse les vers du désespoir glisser sous ma peau et me dévorer de l'intérieur.


Il me prend dans ses bras, pourtant je continue de sangloter sans pouvoir m'arrêter.


« Ça doit être le choc, » explique la sage Artémis, toujours terre à terre.


Oh oui, et quel choc... Laissez donc la Mort emporter ma dépouille. Ça fait déjà si longtemps que je lui ris au nez qu'elle se fera certainement une joie de m'ouvrir ses bras, de brandir sa faux.


Je repousse Symmaque de mes deux mains et sèche mes larmes promptement. Depuis qu'il est arrivé comme un sauveur, j'ai l'impression que jamais je ne pourrai ressentir autre chose que du désespoir ou de la honte. Je n'ai de toute manière pas l'espoir de revoir le chaleureux soleil d'été un jour...


Je sens son regard troublé sur moi, pourtant je me redresse et c'est comme si un courage résigné m'envahissait.


« Ne vous inquiétez pas, l'hybride s'en va. »


Amertume chérie, garde-moi contre ton sein. Toi seule est amante fidèle, même pour les adultères.


Je fais volte-face, prêt à aller récupérer mes affaires afin de m'en aller. Je ne leur poserai plus aucun problème, ils n'auront plus à se soucier de moi. Je m'en vais et tout le monde y trouvera son compte...


N'est-ce pas ?
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chapitre 3 : sunset

Message par Atsuna le Sam 25 Oct - 21:09

Chapitre trois : sunset






In me you see the twilight of such dayAs after sunset fades in the west,






- POV Symmaque -


Mérope est parti il y a un instant, pourtant je ne me sens pas apaisé, loin de là. Ses mots continuent de tourner encore et encore dans ma tête au même rythme que le va et vient des vagues de doutes qui me submergent. Il a éveillé en moi des questions que j'avais préféré longtemps ignorer.


Est-ce que ma relation avec Artus est légitime ? Est-ce que je peux encore lui faire confiance aujourd'hui ? Oui, et surtout cette question : comment a-t-il pu me cacher une telle chose ? J'avais toujours pensé qu'il me faisait confiance au moins autant que moi je croyais en lui.


Si j'avais su...


« C'est la première fois que je te vois t'énerver comme ça, » me dit Artémis, incrédule, en mettant ma tasse de café entre mes mains tremblantes.


« Il a tout de même osé dire que c'est un hybride, » je crache, accueillant malgré tout avec une certaine reconnaissance le liquide chaud et amer.


Même s'il avait raison, l'affirmation de Mérope m'a fait mal. Je sais qu'Artus n'est pas tout à fait comme nous, qu'il ne fait pas tout à fait partie de la famille, pourtant la différence ne s'était jamais vraiment ressentie. Il est encore jeune, c'est vrai, mais tellement discret et, en apparence seulement, si peu curieux que l'on en vient à oublier qu'il y a un tas de choses qu'il ignore.


Il ne vient pas d'Atlantis, comme nous. Il n'a pas de souvenirs de notre terre natale.


« Il n'avait pas à le dire de cette manière, même si c'est la vérité. » Je fronce les sourcils et agrippe ma tasse avec force.


Le bruit de chute qui suit mes paroles me fait presque sursauter et je retiens ma tasse de justesse. D'un même mouvement, Artémis et moi nous précipitons hors de la pièce. Et c'est là que je le vois à genoux en train de sangloter.


Bon sang, ne me dites pas que Mérope a levé la main sur lui sinon plus rien ne me retiendra d'aller lui dire deux mots et lui montrer mon poing de près !


« Artus, qu'est-ce qui se passe ? Tu as mal quelque part ? » Ma voix exsude mon inquiétude, pourtant il ne répond pas. Mon cœur se serre et la seconde suivante je le tiens dans mes bras sans trop savoir ce que je fais.


« Ça doit être le choc. »


Je jette un regard d'incompréhension à Artémis. Artus n'est pas du genre à réagir à retardement et je sais qu'il a déjà eu le contrecoup des derniers événements cette nuit alors qu'il dormait. Je suis certain qu'il y autre chose. Mérope aurait-il dit quelques mots déplacés que cela ne m'étonnerait pas. Je voudrais tellement qu'il arrête de pleurer juste une seconde, ou qu'au moins il tourne son visage vers moi, m'adresse un mot. Au lieu de ça, il me repousse sans ménagement et se redresse.


A mon plus grand étonnement, c'est un poing rageur qui essuie les larmes sur ses joues alors qu'il crache amèrement des mots que je ne peux qu'interpréter de travers.


« Ne vous inquiétez pas, l'hybride s'en va. »


Il se retourne et je suis trop baigné dans l'incompréhension pour faire le moindre geste. Aurait-il croisé Mérope qui, non content de m'avoir fait sortir de mes gonds, voulait très théâtralement pousser Artus à s'en aller ? Je ne comprends pas pourquoi il me jette ce regard plein d'amertume et de... Déception ? Qu'ai-je donc fait que je n'aurais pas dû ?


Artémis se met en travers de son chemin et le retient d'une main, elle qui est toujours prête à calmer les coeurs et réconcilier les âmes.


« Artus, je ne sais pas ce que t'a dit Mérope mais... »Elle fronce les sourcils. « Personne n'a demandé à ce que tu partes. »


Il s'arrête brusquement et je le vois, de dos, tourner la tête vers elle. Je n'ai toujours pas bougé d'un pouce, obnubilé par les battements anarchiques de mon cœur et l'angoisse qui me dévore de l'intérieur mêlée à un sentiment de froid intense.


« Pourquoi tout le monde s'en prend toujours à Mérope, » dit-il rageusement. « C'est lui, » il me pointe du doigt, « qui l'a dit à l'instant. Je ne fais que reprendre ses mots. »


Je me recroqueville sous l'attaque même si je ne comprends pas exactement ce qu'il me reproche. Je me sens flancher, il suffirait que je ferme les yeux une seconde pour m'écrouler. Comme en réponse à une demande muette, les bras protecteurs d'Oreste viennent me soutenir.


« Je crois que tu n'a pas entendu toute sa phrase, » dit Artémis dans un souffle entre le soulagement et le doute. Elle a les sourcils froncés et je sens qu'elle a saisi un détail qui m'a échappé. Artus laisse s'échapper un rire sec et froid.


« Non, j'ai très bien entendu. Il a dit 'c'est un hybride'. J'ai pas besoin d'en entendre plus... »


Il se défait de la poigne d'Artémis qui me regarde, comme si c'était à moi de parler. Mais j'ai perdu l'envie de me battre. Ça fait trop longtemps, je suis trop fatigué et il y a trop de mensonges. Ce serait bien plus simple de le laisser s'en aller, même si j'en souffre. Ce sera mieux pour lui aussi.


Il disparaît au coin du couloir menant à la pièce qui fut notre chambre.


Oui, il sera loin, ce sera mieux.


Je me sens transpercé de part en part, mais ça n'a pas d'importance.


Son bonheur avant tout.


Oui, ton bonheur, Artus, c'est tout ce que je voulais. Peu importe le prix, je te l'offrirai. Même si pour ça je dois disparaître de ta vie.


Artémis me surprend d'une gifle magistrale. Ses yeux sont devenus légèrement rougeoyants et la colère durcit ses traits. Je me surprends à penser qu'elle est vraiment belle, ma sœur. Et qu'elle frappe bien fort, aussi, pour un corps si frêle. Ma joue me brûle mais je soutiens son regard. J'espère y trouver un partie des réponses que je cherche mais je n'y vois que de l'incrédulité et de la déception.


« Alors tu comptes le laisser filer ? Juste à cause d'un putain de malentendu ? Symmaque, il n'a entendu que la fin de ta phrase ! Il est persuadé que, à tes yeux, il n'est qu'un... Un hybride ! Tu ne vas tout de même pas le laisser penser ça ? »


Je baisse les yeux piteusement. J'ai déjà renoncé à lui au moment où il a franchi cette porte, il y a de cela un mois. Alors le fait de l'avoir retrouvé en vie est déjà un énorme soulagement pour moi. J'ai cessé d'espérer trop de la vie parce que, pour avoir vécu plusieurs centaines d'années, je sais qu'elle prend bien plus qu'elle ne donne.


Andromaque sort de la cuisine, comme s'il ne s'était rien passé, un air satisfait et supérieur plaqué sur son visage hautain. « Je ne te savais pas si lâche, bien que ton attitude habituelle par rapport à Mérope ne vienne que me conforter dans cette idée. »


C'est sa manière de me dire 'bouge-toi sinon il va te filer entre les doigts'. Je le sais, mais je ne bouge pas d'un poil... Jusqu'à ce qu'Oreste me remette gentiment sur mes pieds.


« Va lui parler, » me conseille-t-il de sa voix unie.


Artémis m'encourage d'un sourire et Andromaque, juste à côté d'elle, me met au défi du regard.


Quelques pas à faire, aller de l'avant et dire quelques mots. Juste ça, pour tout arranger comme d'un coup de baguette magique. Il me suffit juste d'avancer et de lui dire la vérité, et il me sourira à nouveau, il oubliera. C'est ce que j'espère, sincèrement, alors que je passe la porte de la chambre quelques minutes plus tard.


Un sourire, amer malgré tout, fleurit sur mes lèvres alors que je le vois gesticuler dans tous les sens pour jeter pèle-mêle ses affaires dans un grand sac. Ses cheveux noirs coupés plus court que dans mon souvenir lui font comme un halo sombre et éthéré autour de son visage d'ange. Il a les sourcils froncés et les lèvres pincées, les yeux encore humides et rougis d'avoir pleuré.


J'ai le coeur qui se serre.


Mais je reste sur le pas de la porte alors que j'ose enfin lui parler.


« S'il-te-plaît, ne t'en vas pas. »


- POV Artus -


A peine plus qu'un murmure.


Je me tourne vers la porte, la main à mi-chemin entre l'armoire et ma valise. Et là, j'ai envie de hurler que le monde est injuste...


Mon cœur fait un bon dans ma poitrine, préférant rester à l'intérieur bien au chaud finalement, plutôt que de s'échapper par la plaie béante. Tout aussi béante que le serait ma bouche si je n'avais pas un tant soi peu de maîtrise de moi.


Pourquoi me paraît-il si beau en cet instant ?


Je suis déconcerté de voir ses cheveux d'habitude bien ordonnés retomber sur ses épaules, comme s'il venait de se battre contre lui-même, passant et repassant ses mains dans ses rivières d'argent. Ses yeux sont comme deux lacs agités par une tempête intérieure que je ne saisis pas et ses bras son ramenés contre son torse dans un geste de protection. Il me semble qu'en cet instant c'est lui l'homme à la plaie béante par laquelle ce cœur palpitant qu'il retient aurait déjà fait le saut de l'ange depuis belle lurette s'il n'y avait pas eu la barrière ses bras.


Il a l'air tellement malheureux en cet instant que je dois combattre de toute mon âme l'envie de l'entourer de mes bras et poser ma tête contre son torse tout en lui murmurant quelques mots rassurants.


Je n'ai pas envie de céder.


L'hybride s'en va, il devrait s'en réjouir.


Il s'avance et une peur qui m'était jusqu'alors inconnue prend possession de mon corps. Elle me fige sur place et me raidit.


Il est là, juste à quelques pas de moi, et il baisse les yeux...


« Excuse-moi, je... » Il s'arrête et relève la tête. « Je crois qu'Artémis avait raison, c'est juste un malentendu. »


Je voudrais m'indigner contre lui et son air dépité, désolé, désarmant. Je voudrais lui dire que c'est injuste, que j'ai très bien entendu ce qu'il a dit. Mais les mots restent bloqués dans ma gorge et une petite voix au fond de moi m'assure que pour une fois, c'est mieux comme ça.


Il essaie de s'expliquer, je ne comprends pas tout ce qu'il dit. Ses bras s'agitent à gauche à droite et sa voix se fait pressante, anxieuse. Puis il s'arrête, et me regarde. Je n'ai rien écouté de ce qu'il a dit...


« Oh, bon sang, Artus. Ce que je veux dire ce que je t'aime et je n'ai aucune envie que tu partes. Excuse-moi si j'ai fait des conneries, si je... Si j'ai mis autant de temps à te retrouver. »


Je flanche. Complètement.


« Pourtant tu m'as bien traité d'... »


« Mais tu crois que j'aurais remué ciel et terre pour te retrouver, uniquement dans le but de te cracher ça à la figure ? »


Il est indigné. Et moi, j'ai peur de comprendre que depuis les vingt dernières minutes, j'étais complètement à côté de la plaque. Il me prend dans ses bras sans même que j'aie remarqué qu'il s'était approché. Ses bras réconfortants m'entourent fermement et sa tête plonge dans mon cou. Son corps tout contre le mien, je réalise brusquement que j'avais tort de penser qu'il puisse ne pas m'aimer.


J'ai l'impression que la plaie se referme un peu alors qu'il continue de me répéter inlassablement qu'il est désolé.


J'ai honte.


Parce que c'est lui qui souffre par ma faute, et c'est lui qui s'excuse pour mon égoïsme.


Parce qu'il me dit qu'il m'aime et que je n'ose pas lui dire à quel point je l'aime aussi.


*
* *


Mérope referma la porte d'entrée du 'Pandémonium' derrière lui et jeta un regard circulaire sur la pièce, encore vide à cette heure. Jack, le barman, essuyait ses verres avec minutie, le regard dans le vague et l'air passablement fatigué. Il y avait rarement des clients à cette heure, cependant la pub du bar était qu'il restait ouvert 24/24h, tous les jours de l'année.


Machinalement, Mérope glissa une cigarette entre ses lèvres et l'alluma à l'aide de son briquet fétiche tandis qu'il allait vers le bar de sa démarche assurée.


Il aimait les effets grandioses et les entrées magistrales, les capes qui volaient avec grâce et les cannes claquant sur le sol, les chapeaux hauts de forme, les vieilles calèches, bref tout ce qui faisait vieux et classe. D'un mouvement fluide et calculé de la main, il fit voleter son long manteau et s'assit juste en face de Jack, lui crachant sa fumée à la figure.


Le barman quitta sa contemplation aveugle du mur qui lui faisait face pour reporter son attention sur Mérope qui, comme à son habitude, avait collé sur le visage un petit sourire cynique de ceux qui savent des choses. Si Jack fut étonné de voir un client dans son bar à cette heure, il n'en montra rien.


« Qu'est-ce que tu bois aujourd'hui ? » demanda-t-il presque automatiquement. Il reposa son essuie sur le bar et mit un cendrier sous le nez de Mérope dont la cigarette était en train de perdre quelques cendres.


« Un double scotch. Et un renseignement. »


Jack ne fit aucun commentaire sur le fait de boire un scotch à seulement dix heures du matin. Après tout, c'est ce qui faisait tourner son affaire, les ivrognes et autres piliers de bar. Il sortit donc un verre et une bouteille de liquide ambré, ainsi que quelques glaçons.


« Quoi comme renseignement ? »


Le sourire de Mérope s'élargit quelque peu alors qu'il écrasait sa cigarette soigneusement juste à côté du cendrier.


Jack était quelqu'un de bien. Fondamentalement. Mais il n'avait pas été gâté par la vie et sa joie de vivre s'était atténuée pour muter en indifférence totale. Que le monde crève, il n'en avait rien à faire, et que l'on ne vienne pas lui parler de ses problèmes personnels.


« Je voudrais juste que tu me dises si tu as vu quelqu'un. »


Jack posa le verre de scotch devant Mérope, à côté de son mégot encore fumant, et reprit son activité d'essuyage.


« Qui ? »


« Aphrodite et son cornu de Baal. »


« Qu'est-ce que j'y gagne ? »


« Ce que tu veux... »


Mérope prit une gorgée de scotch, plus pour la forme, sans quitter Jack du regard. Ils savaient tous les deux que la 'compensation' n'était qu'accessoire mais Jack tenait à rester équitable avec tous les clients. Une information n'était jamais gratuite, même pour les habitués.


« Ils était là hier soir. Avec Laurent. »


Mérope se serait très certainement étouffé s'il avait eu la bouche pleine de scotch. Un léger rire d'incrédulité s'échappa d'entre ses lèvres.


« Et il a fini en un seul morceau, le Laurent ? »


Jack lui jeta un regard entre la désapprobation et l'amusement.


« Je crois qu'ils étaient en pleine négociation. Puis il y a eu ce coup de fil qui l'a mise hors d'elle. Pas belle à voir quand elle s'énerve... » Jack grimaça.


Mérope acquiesça alors que le souvenir de sa seule rencontre avec Aphrodite lui revenait en mémoire. Elle était presque aussi effrayante qu'Andromaque lorsque la colère l'envahissait. Il vida son verre d'une traite et se remit debout.


« Juste par hasard ; tu n'aurais pas saisi le sujet de leurs négociations ? »


Jack tendit la main, fixant Mérope droit dans les yeux.


« Tu ne perds pas le Nord, » murmura Mérope en levant les yeux au ciel, toujours souriant. A croire que rien ne le mettrait jamais de mauvaise humeur. Il glissa une main dans la poche intérieure de son long manteau et en sortit un petit sachet contenant deux pilules bleues.


« Une âme égarée. Il n'ont pas donné de nom. »


Mérope lui mit le paquet dans le creux de la main que Jack s'empressa de refermer sur sa récompense, puis il fit théâtralement demi-tour et s'en alla.


« Reviens quand tu veux, » lui dit Jack depuis le bar.


Mérope lui répondit d'un signe de la main et disparut derrière la grande porte de métal.
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